Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Aïcha, je suis chirurgienne gynécologue, chanteuse et je travaille à Bordeaux.
Comment le chant se manifeste-t-il dans votre travail ?
Je l’utilise régulièrement depuis quelques années au bloc opératoire principalement lorsque j’opère mes patientes. Au moment où l’anesthésiste va les endormir, je chante pour les détendre et permettre un endormissement plus en douceur. Ça fait un petit moment que je le fais et il m’arrive de le faire également en consultation.
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Ça peut parfois être surprenant, comment vos patientes réagissent-elles ?
Je leur propose souvent au bloc opératoire quand je vois qu’elles sont stressées donc les premières réactions souvent c’est : ‘oui, je veux bien que vous chantiez mais si c’est pour qu’il pleuve, c’est pas la peine’ (rires). Elles étaient souvent très surprises avant janvier 2023. Maintenant, les choses ont changé puisque ça a été médiatisé et que la plupart des patientes sont au courant que je chante. Ce n’est plus vraiment une surprise pour elles.
Vos conditions de travail sont souvent difficiles, la musique vous permet-elle de rendre moins pénible votre métier ?
La musique a des vertus pour le patient et pour le personnel. Pour ma part, j’opère toujours en musique et je ne suis d’ailleurs pas la seule à le faire, beaucoup d’autres confrères le font. Ça permet franchement de détendre l’atmosphère au bloc opératoire où ce n’est pas vraiment l’endroit le plus cool… À titre personnel, chanter me fait du bien surtout que j’ai un travail pas simple puisque je fais de la gynécologie mais je suis spécialisée en cancérologie, donc je traite beaucoup de patientes qui ont un cancer. C’est une manière de décompresser et ça me permet de garder un petit cocon de bien-être et c’est ce que j’offre aussi à mes patientes et au personnel avec lequel je travaille.
Quel est votre objectif premier avec votre participation à La France a un incroyable talent ?
On se dit que c’est une émission à grand public, qu’il y a une belle exposition, que c’est bon enfant. On ne le fait vraiment pas dans un esprit de compétition, on souhaite juste montrer à tout le monde cette cause qu’on défend et montrer que le système de santé est beau malgré toutes les difficultés… On y est vraiment allé pour prendre du plaisir et donner du plaisir à tout le monde.
Y a-t-il un message en particulier que vous souhaitiez faire passer ?
Si le public se rend compte que malgré toutes les difficultés avec lesquelles on travaille, toutes les critiques qu’il y a sur le système de santé, on arrive nous, soignants, à mettre notre coeur pour leur faire du bien, pour leur redonner le sourire, c’est génial. On veut vraiment montrer que les soignants sont de belles personnes qui mettent l’humain au centre de leur métier.
Vous avez interprété Unstoppable de Sia. Comment avez-vous choisi cette chanson ?
Je la chante régulièrement au bloc opératoire. C’est une patiente qui m’avait parlé de cette chanson. Elle souhaitait que je la lui chante et c’est donc, aussi, un clin d’oeil. Il y a également le message de la chanson qui nous représente très bien, cette idée qu’on ne peut pas nous arrêter et qu’on peut tout faire malgré tout.
Vous avez ému aux larmes le jury. Comment vous-sentiez vous à ce moment-là ?
C’était un réel shot d’émotions… On ne s’attendait pas forcement à cette réaction là de tout le monde. À ce moment-là quand je chante et que je les vois commencer à pleurer je me dis ‘houlala il ne va pas falloir que tu pleures aussi. Regarde à droite, regarde à gauche, ne pleure surtout pas’ (rires). C’était vraiment génial et j’ai bien pleuré après.
Puis, le public et les 4 jurés se lèvent. C’est la standing ovation, vous réalisiez ce que vous viviez ?
Franchement ? Non. On a reçu tellement d’amour, tellement de belles choses que sur le moment on était tellement heureuses de voir ces émotions, d’avoir pu partager ça et de voir qu’au-delà de la prestation vocale, le message dernière a bien été compris. On ne réalisait pas vraiment ce qu’il se passait. J’écoutais le jury mais j’avais l’impression de ne pas être là (rires).
Éric Antoine a qualifié votre art de "chant médicinal". Qu’en pensez-vous ?
La musique a ses vertus-là, ça a été prouvé qu’elle avait d’excellentes vertus pour la guérison, pour le vécu péri-opératoire donc c’est pour ça que j’utilise ma voix comme un instrument de musique. Je pense qu’il a raison quand il dit ça parce que quand on soigne quelqu’un, on soigne son corps mais aussi son esprit et je le fais donc avec ma voix.
Hélène Segara s’est confiée sur ses dernières années passées à l’hôpital. C’est assez intime, avez-vous été émue ?
Beaucoup d’émotions, oui… L’entendre dire tout ça, parler de son vécu, ça nous rappelle que beaucoup de personnes vivent ça actuellement… C’est touchant de voir qu’on arrive justement à toucher des gens comme ça. C’était vraiment un moment très très fort. On n’a pas vu Hélène Segara en tant que star, en tant que célébrité mais en tant que femme et c’est beau.
Elle vous explique ensuite qu’elle va vous donner son Golden buzzer. Vous aviez imaginé ce cas de figure ?
On était venues dans l’optique de passer notre message. On se disait ‘au pire, on s’en va’. Quand je chantais et que j’ai vu Marianne James, Hélène Segara et Éric Antoine pleurer je me suis dit que potentiellement ça pouvait arriver. J’étais surprise, certes, mais au vu de leurs émotions, je sentais qu’il se passait quelque chose. En montant sur scène en tout cas, on ne s’attendait absolument pas à ça !
Stressée pour la suite ?
Honnêtement, oui (rires). Je me dis qu’on a quand même eu un Golden buzzer, ce qui n’arrive pas à tout le monde. On se doit donc d’être à la hauteur. On n’est plus dans la même configuration des auditions. On ne veut pas décevoir donc il faut qu’on travaille d’arrache-pied.
Le single de la prestation des Soignantes dans l’émission est déjà disponible sur toutes les plateformes et le clip officiel en ligne sur YouTube.