Markobi, avant d’entrer sur la scène de La France a un incroyable talent, à quelles réactions vous attendiez-vous de la part des jurés ?
Je pensais surtout à boire de l’eau parce que j’avais pris une gourde. Ce n’est pas une connerie (rires). Parce que des fois, on a la gorge sèche et c’est chiant. Du coup, j’avais pris une mini gourde et il n’y avait presque plus d’eau dedans. J’avais peur de ne pas en avoir assez, mais du coup, j’ai bu ça. C’était un peu stressant quand même.
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Justement, vous jouiez un personnage qui ne laissait rien transparaître de ses émotions. À quel point étiez-vous stressé ?
J’étais super stressé et ils me l’ont demandé, je crois. Comme les gens pensent que je joue peut-être un mec stressé, ça me protège car ils ne savent pas trop en réalité et du coup, moi, ça m’arrange (rires).
Hier, vous nous disiez que votre art est modulable. C’est d’ailleurs ce que vous avez fait face aux jurés qui sont restés subjugués face à votre prestation. Que ressentiez-vous à ce moment- là ?
En fait, il n’y a rien qui s’est passé comme prévu dans mon truc (rires). Donc à chaque fois, je réfléchissais à comment gérer la merde qui était arrivée. Pendant tout le numéro, j’étais en train de réfléchir à comment faire en sorte que la merde ne se voit pas.
Je pensais que vous plaisantiez quand vous disiez que "Rien ne s’est passé comme prévu" sur le plateau. C’est quand même aussi un art de réussir à cacher vos vraies émotions, non ?
En fait, moi, j’ai travaillé toute ma vie pour que les gens voient pas que je n’ai pas travaillé. Ça veut dire, en gros, qu’avec le stress, c’est caché. Les gens ne savent pas si je stresse vraiment ou pas. C’est pareil si je foire ou pas, les gens ne voient pas. Pour le coup, le foirage a fait que c’était bien mieux. Mais en gros, les gens ne savent pas trop. Même moi, je ne sais pas trop à vrai dire (rires). Même si moi, je ne sais pas, c’est compliqué pour que les gens sachent, on est d’accord ?
Pourquoi avoir choisi les cartes ? J’ai vu que vous étiez primé dans cette catégorie- là, mais je me dis qu’il y a tellement de "branches" en magie.
Justement, je ne les ai pas vraiment choisies. Je vous disais hier que quand j’étais petit, mon cousin m’a montré des trucs à la plage, il m’a appris des tours avec des cartes. C’est un peu comme ce pote de primaire avec qui vous devenez pote, mais vous ne l’avez pas vraiment choisi. C’est à peu près pareil avec les cartes (rires).
Vous faites autre chose que des tours avec des cartes ?
Je fais de la magie avec tout ce que je peux toucher. La magie, ce n’est pas une discipline. Avant d’être une discipline, tout le monde rêve. Tous les gens rêvent. Un vrai magicien, doit prendre ces rêves et essayer de les matérialiser dans le vrai monde. C’est ça l’essence de ce qu’on devrait faire et il n’y a pas beaucoup de gens qui le font.
Est-ce que vous aviez un objectif particulier en participant à l’émission ?
Je voulais déjà kiffer et que tout le monde soit content mais sinon, je dirais que le grand public voit que c’est cool. Le grand public, ne me connaît pas, alors ça permet qu’il me connaisse. Je ne vous parlerai d’ailleurs pas sans ma participation à La France a un incroyable talent.
Pourquoi ce personnage décalé ? Est-ce que vous avez commencé immédiatement comme ça ou ça vous est venu au fil du temps ?
Oui, ça m’est venu immédiatement, mais on va dire que c’est plutôt du "je m’en foutisme". Je dirais que c’est comme une chemise hyper serrée que j’ai déboutonnée au fil du temps. Souvent, les gens croient que le plus dur, c’est de travailler, mais le plus dur, c’est d’arrêter de travailler. Le plus dur, c’est d’être eux-mêmes. Les gens ne savent pas trop être eux-mêmes. Tout le monde est habillé en costard, a des formalités. En fait, aujourd’hui, pour surprendre les gens, il faut faire des choses pas surprenantes du tout. Vous voyez un mec qui se balade tout nu dans la rue, c’est choquant. Pourtant, il est plus "normal" qu’un mec habillé, vu que les habits, ce n’est pas naturel (rires).
Après votre prestation, vous avez dit "Je fais des trucs, ce n’est pas vraiment incroyable". Est-ce que vous pensez vraiment ce que vous avez dit ?
Les tours de cartes, c’est chiant quand même. Ce n’est pas un tour de cartes que les jurés ont kiffé. C’est justement le fait de s’en foutre des cartes. Ils ne se rendent peut-être pas compte. Tout le monde ne se rend peut-être pas compte, mais ce qui a été applaudi, c’est le détachement.
Avez-vous un rêve en particulier ?
Je suis déjà champion du monde (rires).
Quand on a atteint ce niveau-là, qu’est-ce qu’il reste après ?
Je n’ai pas de rêve, je suis là, mais le rêve, c’est justement d’être là. On est tous en vie, mais on ne s’en rend même pas compte. Si on était mort, notre rêve, ce serait d’être en vie. On est déjà dedans, donc il faut juste s’en rendre compte.
Marianne James vous a qualifié de "belle tête de con". Est-ce gratifiant ?
Ce n’est pas dans le top 40 des plus beaux compliments que j’ai eus dans ma vie (rires) mais on applaudira sans doute la bienveillance avec laquelle elle l’a dit.
Est-ce que vous pensiez pouvoir obtenir un Golden Buzzer, voire le Platinum Buzzer ?
Le Platinum, j’avais oublié qu’il existait donc au final c’est cool mais je n’en savais rien, je m’en foutais même donc bon…
Sugar Sammy vous a dit que vous êtes le meilleur magicien qu’il a vu depuis des années. C’est quand même assez flatteur venant de lui, non ?
Justement, il dit que je suis le meilleur magicien parce que je suis le seul qui n’a pas fait de magie. En gros, la magie, c’est chiant. Les gens, ils le font et ils oublient de vivre. Quand ils font de la magie, ils sont là, ils oublient leur vie et ils font leurs trucs. C’est chiant. Quand je dis "les gens", je ne parle pas de tout le monde bien sûr mais il y a beaucoup de magie chiante. Sugar Sammy, lui, a vu en moi quelqu’un qui n’en avait vraiment rien à foutre. C’est d’ailleurs un peu ce qu’il fait aussi dans son métier. Il faut s’en foutre pour être performant. Si le mec est focalisé sur son texte, il est nul. Il a vu ça et c’est ça qui lui a plu je pense.
Comment avez-vous fait pour garder votre sérieux ?
En relâchant les yeux, en s’en foutant et en arrêtant de réfléchir. Je m’étais mis en off, je m’étais mis en sourdine. J’ai déconnecté la partie trop consciente. J’ai laissé l’ordinateur faire derrière. Parce que quand on a beaucoup fait des trucs dans sa vie, il y a un ordinateur qui fonctionne en mode automatique. J’ai quand même dû reprendre le volant à quelques moments parce que ça a merdé plusieurs fois. Mais je suis quand même resté un peu en automatique pour que ça ne se voit pas.
Vous obtenez donc ce fameux Platinum Buzzer tant convoité. Vous allez directement en finale. Est-ce qu’on peut dire que c’est "magique" ?
On vous accorde quand même la vanne (rires). Est-ce que c’est magique ? Non, du coup. C’est comme ça. C’est bien, mais ce n’est pas magique. Ce qui serait magique, c’est… Ouais, bon, je n’ai pas d’exemple là, mais en gros, c’est cool. C’est moins de travail pour moi donc ça m’arrange. J’avais pas du tout envie de me faire chier. Et voilà, la vie a dû entendre ce souhait.
Qu’est-ce qu’on peut attendre de vous pour la suite ?
Je pense qu’il ne faut s’attendre à rien (rires). Par contre, je recommande aux familles qui me regarderont d’acheter des paquets de chips pour regarder mon prochain numéro.