Indochine, une révolution musicale (France 3) – Nicola Sirkis pas fan de la parodie des Inconnus : « la moitié de la France se foutait de notre gueule »

Publié le 19 avril 2024 à 8:02
© Stéphane RIDARD
Retour sur l’épopée d’un groupe avant-gardiste et transgénérationnel, qui a su aborder les questions de société avec poésie et sensibilité.

Débuts 

À 20 ans, Nicola Sirkis monte, avec son frère Stéphane, un groupe baptisé Les Espions. « On ne savait ni chanter ni jouer de la guitare, avance-t-il. Et puis, en regardant The Clash, on s’aperçoit qu’avec deux accords et deux cordes de guitare, on arrive à faire des chansons. » En 1980, Nicola se présente à une audition où il fait la connaissance de Dominique Nicolas, bassiste. Fasciné par l’univers de la romancière Marguerite Duras (L’Amant, Un barrage contre le Pacifique…), Nicola Sirkis suggère le nom d’Indochine pour le groupe. Rejoint par le saxophoniste Dimitri Bodiansky, il commence à écrire des textes.

Premier tube 

Quelques accords de guitare inspirent à Nicola un texte sur Bob Morane, le héros créé par l’écrivain belge Henri Vernes. Ce titre, L’Aventurier, arrive aux oreilles du directeur du Rose Bonbon, une salle de spectacles parisienne. Indochine donne ainsi son premier concert le 29 septembre 1981. Le single L’Aventurier ne sortira qu’en 1982, sur l’album du même nom. Avec 500 000 exemplaires vendus, c’est un carton !

Sans tabou 

En 1985, Indochine publie le single Canary Bay, inspiré par un club lesbien de Londres qui, sous la plume de Nicola Sirkis, devient une île imaginaire où s’aiment les femmes. Indochine poursuit sa quête de liberté et ce rêve d’un monde nouveau avec 3e sexe, qui sort alors que l’abolition des discriminations liées à l’homosexualité entre en vigueur. "L’idée de départ, c’était le titre du film Masculin féminin, de Jean-Luc Godard", explique Nicola Sirkis

La fin d’une époque 

En 1990, Indochine casse son image avec Le Baiser, ou l’adieu de Nicola à la femme dont il vient de se séparer. Ce morceau marque également le divorce avec les médias. Des humoristes comme les Inconnus raillent la niaiserie supposée de leurs chansons à travers  leur sketch Isabelle a les yeux bleus. « Quand j’ai découvert cette parodie, mon frère avait des problèmes, avec l’accouchement de sa femme. Et puis la moitié de la France se foutait de notre gueule. J’ai trouvé cela un peu cher payé… » En septembre 1994, les membres du groupe se séparent à l’issue d’un concert à Wattrelos, dans le Nord de la France.

Drame 

« Stéphane et moi avons toujours eu envie de continuer le groupe. Nous étions persuadés que nos oeuvres étaient intemporelles. Mais nous étions traités comme des serpillières par les maisons de disques… » Indochine se transforme en duo. Nicola écrit les textes, et Stéphane les musiques. Mais ce dernier, affecté par les critiques, entame une descente aux enfers. Il se réfugie alors dans les paradis artificiels et décède, à 39 ans, d’une hépatite foudroyante, le 27 février 1999.

Renaissance 

Face au deuil, Nicola s’entoure de nouveaux musiciens et sollicite des auteurs et compositeurs inédits. Parmi eux, Mickaël Furnon, le leader du groupe Mickey 3D. « J’ai commencé à jouer trois accords, et le texte est venu très vite », confie ce dernier. Cette chanson, intitulée J’ai demandé à la Lune, marque la renaissance d’Indochine. « On me demande toujours de quoi elle parle, raconte l’auteur de ce tube. Je suis incapable de le dire. Tout le monde peut y mettre ce qu’il pense, finalement. »

Indochine, une révolution musicale, vendredi 23 avril à 21h10 sur France 3

Par
Thomas Gaetner