Des racines et des ailes (France 3) – Quand la Joconde était cachée au château de Montal

Publié le 12 février 2025 à 14:44
© 3ème Œil Productions - France Télévisions
Comme son voisin corrézien, le département du Lot est une terre où nombre de forteresses sont porteuses de l’Histoire de France… et de la petite histoire.

Un drôle de pigeonnier

En acquérant, il y a plus de trente ans, un terrain sur la commune de Dégagnac, Françoise Barbier-Damiette ne s’attendait sans doute pas à se retrouver responsable d’un château, dont les premières traces remontent au XVe siècle : « Un jour, nous avons décidé (avec son mari, ndlr) d’acheter ici une petite butte arborée pour passer des vacances. Et camper, en fait. Or, en haut de la colline, on voit une ruine de pigeonnier. À côté, on envisage de construire une toute petite maison. En creusant, on va découvrir, une pierre après l’autre, ce château. » Il aurait été enfoui il y a plus de deux cents ans par un homme de confiance du comte auquel l’édifice appartenait. Cela, pour éviter sa destruction sous la Révolution. Aussi, depuis trois décennies, la famille Barbier-Damiette et des bénévoles s’attellent à mettre au jour la bâtisse, aujourd’hui désensevelie à cinquante pour cent. Un monument qu’ils se disent prêts à dégager entièrement : « On est animés d’une flamme depuis 1993 », déclare fièrement Françoise.

L’art de la résistance

Pour le photographe Florent Lamontagne, attaché au patrimoine culturel de sa région, et pour ceux qui cherchent à le sauver, le château de Saint-Laurent-les-Tours, édifié en surplomb de la ville de Saint-Céré, est un château « résistant ». « Pendant huit siècles, il a tenu tête aussi bien aux Anglais qu’aux protestants, et même aux Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale ! » Logique, donc, que l’édifice ait été acheté en 1945 par le peintre, céramiste et maître-tapissier Jean Lurçat, un résistant notoire. Ce proche d’André Malraux, ami de Picasso et de Matisse, aurait dit un jour : « Nom de Dieu ! J’veux crever si un jour ce château n’est pas à moi ! » Il y installera son atelier de tapisserie, dont certaines sont exposées dans ce qui est devenu un musée. Décédé en 1966, l’artiste repose dans le petit cimetière voisin, au pied de sa forteresse bien-aimée

Une cachette pour la Joconde 

C’est pour honorer la mémoire de son mari et de leur fils, tous deux décédés durant les guerres italiennes menées par le roi François Ier, que Jeanne de Balsac d’Entraygues ordonne la transformation du château de Montal, situé à Saint-Jean-Lespinasse. Ce chef-d’oeuvre de la Renaissance hébergera, en juin 1943, beaucoup d’autres merveilles artistiques. C’est là, en effet, que furent cachés La Joconde et des trésors du Louvre, par milliers. Un an plus tard, tous ces biens faillirent disparaître à cause des bombardements alliés. Heureusement, des villageois eurent l’idée de tracer d’immenses lettres majuscules dans le pré jouxtant le bâtiment, formant les mots « musée du Louvre ». Un moyen ingénieux d’alerter les aviateurs.

Des racines et des ailes, mercredi 12 février à 21h05 sur France 3

Par
Frédéric Lohézic