« Dehors pendant 4h par moins 25 °C… » : Ils nous racontent les secrets de tournage des émissions de voyages de France Télévisions (ENQUÊTE)

Publié le 22 janvier 2024 à 14:57
France 5
Ceux qui travaillent dans l'ombre de nos émissions de voyage préférées ont accepté de se confier à Télé 7 jours...

Nicolas Boero, caméraman et réalisateur de Des Trains Pas Comme Les Autres (France 5)

"Nous disposons d’une très grande liberté dans le choix des destinations avec Philippe Goulger et Alex Badin. La particularité des tournages de cette émission, c’est qu’on part léger. On suit nos envies mais on est tributaire de la météo et des horaires de trains. On ne se concerte malheureusement pas avec les autres émissions de voyage de France Télévisions. On devrait, sans doute… Avant de partir, un enquêteur travaille depuis Paris pour nous défricher le terrain, nous proposer quelques idées de sujets que l’on pourra tourner sur place. En général, quand on part, il y a moi ou Alex, Philippe, un « fixeur » (une personne vivant sur place et connaissant le pays) pour nous aider sur place, un ingénieur du son, et parfois un chauffeur quand nous sommes sur des destinations compliquées. Cela fait quatre à cinq personnes pour une émission. Sur place, nous restons quatorze jours auxquels il faut ajouter deux ou trois jours pour le voyage jusqu’au pays où l’on va tourner. Quatorze jours, c’est suffisant pour une émission. Quand nous tournons, il y a très peu de « déchet. » Partir pour Des Trains Pas Comme les Autres, c’est comme quand vous, vous partez en voyage, avec une itinérance plus ou moins bien balisée. Dans les trains, nous tournons avec de « vraies » gens alors que les rencontres en dehors sont le plus souvent organisées par notre fixeur. Côté petits secrets, c’est vrai que parfois on ne demande pas vraiment d’autorisation de tournage. On essaye d’être le plus spontané possible. Parfois, les gens nous demandent s’ils peuvent intervenir. En général, quand on entre dans le train, il y a une annonce générale pour expliquer notre présence et nos caméras. Comme l’émission est diffusée partout dans le monde (via TV5), Philippe est très souvent reconnu. Je n’ai pas souvenir d’une seule agression. Dans mon sac, j’emmène de l’anti-moustique, de la crème solaire, de bonnes chaussures de randonnée, de l’aspirine, mon IPhone avec des séries téléchargées via Netflix pour m’occuper pendant les longs trajets. Je ne crois pas non plus qu’on nous ait volé quoi que ce soit. Je fais très attention. J’emmène toujours deux caméras, je filme si besoin avec un appareil photo très léger que j’ai « customisé » pour recevoir des sons. J’emmène aussi un petit drone qui se glisse dans un sac à dos. Et des batteries."

Alain Goury, producteur d’Échappées Belles (France 5)

"Nous avions placardé une immense carte du monde au rez-de-chaussée sur laquelle on mettait des épingles de couleur pour symboliser les différentes destinations sur lesquelles nous nous étions rendus. Mais on a fini par ne plus avoir assez de place pour mettre de nouvelles épingles. Le plus important pour moi en tant que producteur, c’est la sécurité de nos équipes en tournage. J’essaie toujours que les plannings soient les plus réalistes possibles. Chaque saison, nous tournons 35 émissions, dont 18 en France."

Alex Badin, caméraman et réalisateur de Des Trains Pas Comme Les Autres (France 5)

"Sur les tournages, Philippe emmène toujours un fer à repasser pour ses chemises. Il aime bien. Heureusement, parce que l’on n’aurait pas le temps de courir à la laverie et de chercher quelqu’un qui pourrait repasser ses vêtements. Cela lui permet de maintenir une sorte de code vestimentaire, ou d’uniforme sur la destination. Quand on part, on essaie de se simplifier la vie au maximum. L’idée, c’est de partir avec des gens avec qui on aimerait aller en vacances. On est quand même ensemble du matin au soir pendant deux semaines. Ça crée des liens. On ne part pas sur une destination sans préparer un minimum, donc on sait globalement ce que l’on va faire et qui l’on va rencontrer, mais on se laisse toujours la possibilité d’un écart. Philippe parle plusieurs langues, l’anglais, le portugais, et l’espagnol, et on a souvent un fixeur qui parle forcément la langue locale. Tout cela nous aide beaucoup pendant le tournage. On peut improviser. On a l’habitude. Et Philippe a le contact facile. D’ailleurs, ça se voit, ça se ressent à l’écran. Les plus gros problèmes sur place, ce sont les retards de train. Une fois, au Canada, nous avons eu deux jours de retard et nous avons attendu dehors pendant quatre heures par moins 25 °C. On ne faisait pas les malins. Pour cet été, les destinations sur lesquelles on travaille sont notamment la Bavière, le Laos, et l’Algérie…"

Mathilde Faivre, rédactrice en chef de Faut Pas Rêver (France 3)

"Aujourd’hui, Faut Pas Rêver, cela représente cinq émissions tournées par an. On ne nous impose pas de rester en France. Nos deux présentateurs sont très différents. Caroline De Salvo est beaucoup dans l’action, et n’hésite pas à se mettre en scène, à faire du parapente ou monter dans une montgolfière. Philippe Goulger (qui présente aussi Des Trains Pas Comme les Autres) a une autre façon d’attirer la sympathie et d’intéresser les téléspectateurs avec des petits détails et une approche plus posée. Les deux se complètent très bien. En ce moment, nous faisons évoluer l’émission avec des thématiques comme dernièrement avec une spéciale autour des collectionneurs, ou une autre sur les volcans. Personnellement, j’ai visité 77 pays. Contrairement à Des Trains Pas Comme les Autres, nous avons pu tourner en Chine sans problème. En ce moment, nous avons envie de retourner en Afrique mais il y a des pays comme le Mali, le Niger, où on n’est pas forcément les bienvenus. Une fois, nous avons été comme assignés à résidence dans le désert du Ténéré dans un campement touareg, entouré par la gendarmerie ou la police qui nous encerclait et nous protégeait d’une menace djihadiste car il y avait une prise d’otages de touristes dans la région, au Niger. Ils nous avaient pris nos K7 et nos ordinateurs. On a passé le temps à jouer aux cartes avec les gendarmes en attendant que la diplomatie règle notre sort. Mon pire souvenir, c’est d’avoir égaré à l’aéroport un de nos deux valises remplies de K7 après un tournage en Nouvelle Zélande et en Nouvelle-Calédonie. On a passé une nuit d’enfer à essayer de la retrouver sans succès. C’était une valise bleue, et je me disais que mon sort était scellé à mon retour en France. Et puis, Laurent Bignolas qui présentait l’émission à l’époque a tourné la tête et m’a dit : « Ce ne serait pas la valise bleue, là-bas ? » Et c’était bien, elle. Oubliée dans un coin. Heureusement, sinon vingt-trois ans après, je ne serais pas là pour vous raconter cette histoire."

Par
Frédérick Rapilly