Ça va mieux depuis cet été et l’annulation de certaines dates de votre tournée pour des raisons de santé ?
Oui, ça va mieux merci. J’ai fait plein de choses en même temps. Mon corps m’a un peu dit stop, mais je l’ai respecté un mois et puis on est reparti.
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Pourquoi ce rapport légèrement conflictuel avec Paris au début de votre spectacle ?
Je commence avec ça parce que je parle du Retour aux sources et de la campagne. J’ai adopté un comportement et des habitudes parisiennes qui sont complètement incompréhensibles pour mes comparses de province parce qu’eux ne vivent pas du tout comme ça. Ils sont plus terre à terre. Le sujet du spectacle, c’est ça, c’est Retour aux sources. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, on se crée des problèmes qu’on n’avait pas avant et on essaye de soigner des plaies inexistantes, parce que tout le monde est en introspection, tout le monde a des failles, tout le monde est malheureux. Levez-vous le matin et trouvez-vous un truc cool et puis rentrez chez vous en étant heureux. Je pense que c’est très facile de l’être : heureux. J’essaye de me moquer un petit peu de tous ces trucs à la con où il faut boire du thé de maïs, manger du boulgour, brûler de la sauge et du palo santo dans son salon parce que ça va tout apaiser. Moi, je crois que ce qui va apaiser, c’est une bonne nuit d’amour avec sa femme ou sa famille, des câlins, faire des repas, des dîners, se voir. Je pense que c’est ça qui apaise les maux.
Vous tapez sur les bobos et ça fait plutôt rire à votre public. Qu’est-ce que vous leur reprochez au juste ?
On ne leur reproche rien. Si vous voulez, moi, je viens de la campagne où quand on arrive dans des grandes villes comme Paris surtout, on est montré du doigt parce que pour eux, on est des paysans, des provinciaux. On arrive en essayant d’avoir une posture et des codes nouveaux pour être parisiens et finalement, on se rend compte que les mecs, ils mettent des bottes, ils mettent des sandales et ils vont acheter des légumes du marché plein de terre. Donc, ils vivent comme nous, mais à la ville. Ce qu’on leur reproche, c’est de dire de nous qu’on est des paysans en vivant de la même manière que nous, mais avec du goudron et des trottoirs. On leur reproche de faire aucun bilan de la façon dont ils vivent, parce qu’ils vivent avec… Moi, je rencontre des Parisiens qui ont fait HEC ou des écoles de droit et finalement, ils deviennent fromagers affineurs dans le Marais. Il y a un problème là. Voilà ce qu’on leur reproche.
Vous évoquez votre retour aux sources lors du confinement. Pourquoi ne pas être resté sur Paris ?
Je n’ai jamais fait le choix et je pense que n’importe qui qui a le choix aurait fait le trajet pour aller dans un endroit où on respire, où il y a de l’espace. Moi, je sais que mes amis qui n’ont pas eu le choix et qui n’ont pas non plus passé un mois solitaires à faire des dépressions ont été quand même assez malheureux dans un 30 mètres carrés… Je ne vis plus à Paris, mais à l’époque, je vivais dans un studio tout petit et j’ai eu la chance vraiment de me dire "Mes parents peuvent m’accueillir, il est encore temps de partir", ils n’avaient pas bloqué les trains. Et en plus, c’est fou parce que le fait d’avoir fait ça m’a fait écrire un nouveau spectacle. J’ai eu la double cadeau, j’ai pris plein de gens sur Instagram parce que mon sujet était en plein dans ce qui se passait. J’ai pu passer du temps avec mes parents que j’aime par-dessus tout et j’ai créé un nouveau spectacle qui les concerne.
Comment avez-vous vécu cette période du confinement qui a été plutôt difficile pour bon nombre de Français ?
Moi, je l’ai considérée aussi dure que tout le monde, si vous voulez. Les privilégiés étaient ceux qui avaient de l’espace dans ce tunnel-là. Maintenant, mon métier, c’est d’unir. Comme je pouvais plus unir dans les salles, j’unissais sur Instagram. On réunissait des millions de gens qui s’éclataient sur les conneries que je faisais. Si ça pouvait faire du bien à certains qui étaient dans des endroits très précaires ou complètement retirés, solitaires et malheureux, qui avaient quand même une connexion Internet… Je sais qu’on avait une audience 24/24, 7 sur 7, parce que les gens n’avaient plus que ça à faire. Ils faisaient autre chose, des jeux de société, ils dînaient, ils parlaient à leur famille mais c’est vrai que les réseaux sociaux ont explosé, parce que les gens cherchaient une présence. Moi, à ma petite échelle, parce que je ne suis pas l’Abbé Pierre, j’ai fait ce que je savais faire et j’ai dû bien le faire, parce qu’il y a eu un avant et un après. Les gens m’en parlent encore. Je suis très touché de voir encore des gens dans la rue qui sont contents de me rencontrer et qui me reparlent du confinement. Ça veut dire que j’ai fait mon boulot.
À quel moment du confinement vous avez décidé que vous alliez écrire un spectacle sur cette période ?
Ça m’est venu après mais on y pensait. Dans le premier spectacle, je parle un petit peu de mon père et il est partie prenante de ma vie, ma mère aussi. Il n’y a pas de comparaison. Je les aime autant mais mon père, c’est un rapport à l’homme. Il y a un truc qui est né, une sorte de fierté, parce que mon père est très marrant, et il aurait sûrement voulu faire ça. Il ne m’avait même pas parlé de ça, mais je sais qu’il y a quelque chose de témoin, de talent humoristique chez lui que j’ai pris. Donc déjà, j’en avais l’idée. Le confinement est passé. En ayant passé du temps avec eux, j’ai compris aussi leur amour, leur union, pourquoi ils ont eu des enfants, ce que je représentais pour eux, ce qu’ils étaient pour moi. Et en partant sur les routes pour terminer le premier spectacle, parce qu’il me restait des dates, on s’est parlé avec mon équipe et on s’est dit le deuxième sera sur mon père, en tout cas ma famille. On a commencé à l’écrire quatre mois après tout ça. Le premier mot qui a été écrit sur une feuille, c’était "papa" et de là, on a édité plein de thèmes autour et ça.
Votre papa, c’est un peu notre papa à tous avec cette difficulté avec la technologie, sa vision un peu has been des choses, non ?
Il y a 150 000 spectateurs qui sont venus depuis que ce spectacle existe et on a ce retour sur les réseaux en sortie de salle, donc on est très touchés. Moi, pour tout vous dire, quand j’ai écrit le spectacle, mes parents, vous ne les connaissez pas personnellement, mais ils sont tarés et pour moi, ils sont uniques. Quand on a écrit ça, on s’est dit "En plus de parler de mes parents, ce qui est touchant pour moi, ça va faire rire le public parce que c’est des gens assez originaux". Ce qui nous a énormément touchés, c’est qu’on s’est dit "Pu*ain, Thierry et Antonia, ils sont dans les foyers français partout". Peu importe la religion, d’où tu viens, de quelle région. On parle là juste de deux humains et je n’ai aucun jugement sur le reste. Et là, on unissait des familles, donc des parents et des enfants. Et on s’est dit "Mes parents ne sont pas si originaux que ça puisqu’ils sont partout". Et les gens sont morts de rire à chaque thème abordé autour de la parentalité ou de nous, leurs enfants. Et c’était hyper fort. Dès les premières dates de rodage, on s’est rendu compte qu’on avait fait un show universel, ça nous a énormément touchés parce qu’on a joué aussi en Belgique, en Suisse et c’est les mêmes retours. C’est assez surprenant et très flatteur.
Ils sont fiers aujourd’hui ?
La seule forme de fierté qu’ont mes parents aujourd’hui sur moi, c’est juste que je sois heureux et que je m’éclate dans ce que je fais tous les matins. Si j’avais été plombier ou charpentier comme mon père ou dessinateur ou cuisinier, la seule chose qui importait, c’était que Max trouve son truc et qu’il soit heureux. C’est ce qui les rend fiers et qui les rassure. Donc, ils sont heureux. Après eux, ce n’est pas leur monde, ce n’est pas leur vie. Moi, je ne m’expose pas, donc je fais mon travail et je rentre chez moi. Mais le rapport à mes parents, c’est ça, c’est une fierté et surtout pour mon père. Notre relation n’a pas changé, mais s’est améliorée parce que je grandis et que je deviens un homme. Maintenant, il va passer pas mal de moments avec moi et c’est vrai qu’il est très fier de l’aventure. Mon entourage, nos familles se connaissent, que ce soit mon metteur en scène, mon producteur, mes auteurs, tous mes collaborateurs. On passe une partie de nos vacances ensemble, donc on a formé une famille autour du travail qui est assez belle. Tout le monde est rassuré et très heureux.
Vous parlez beaucoup de la relation entre vos parents. C’est quoi votre vision du couple moderne en 2023 ?
Je me suis ouvert parce que j’ai grandi dans un petit village. Donc pour moi, c’était la norme patriarcale, un homme et une femme, des enfants, un chien, une voiture, une maison. Alors oui, mes parents sont très heureux. Moi, je ai eu ces valeurs de fidélité, d’amour, d’implication. Si je ne me sens pas bien, je m’en vais, mais je ne fais pas du mal aux autres. Maintenant, ce que Paris m’a donné, c’est de l’ouverture d’esprit. C’est-à-dire qu’on peut divorcer, avoir eu trois femmes, les avoir aimées, moins les aimées, mais avoir fait des enfants avec elles et aimer les enfants, avoir un super climat, être homosexuel et être très heureux, avoir des enfants en étant homosexuel, aimer les hommes et les femmes. Moi, c’est ce dont je parle dans le spectacle. L’amour, c’est ce qui nous reste de plus cher, de plus abordable et de plus beau. On peut le toucher du doigt dans la minute, se retourner sur un être et lui dire "Je t’aime" ou "Tu me plais ? Viens, on va boire un verre". On a des sensations et des moments fabuleux. Moi, je ne militerais pas du tout pour ça parce que je ne suis pas militant, mais je lèverai toujours ma voix sur l’amour parce que même dans le climat actuel, on le voit bien, on est entouré de gens qui prolifèrent la méchanceté, la violence, l’horreur… Mais comment on peut passer sa vie, alors qu’on n’en a qu’une, à détruire et faire du mal ? C’est ça que je ne comprends pas. On n’est pas obligé d’aimer tout le monde, mais on peut se respecter et je trouve que ça, c’est le plus important pour moi.
En somme, c’est un message d’amour que vous souhaitez faire passer à travers votre spectacle ?
Moi, si vous voulez, dans le spectacle, je dis que j’ai été témoin de l’amour de mes parents pendant 35 ans. Aujourd’hui, ça va continuer. Mon exemple, il est fabuleux. Moi, j’ai un privilège extraordinaire, c’est que je sais ce que c’est d’aimer quelqu’un. J’ai vu deux personnes s’aimer, me transmettre ça et je vois le résultat que ça procure sur une famille, sur le travail, sur l’ensemble de son quotidien. Oui, ça fait la différence. Bien sûr. Donc oui, ce spectacle, c’est une déclaration d’amour à mes parents et au monde entier.
Vous avez fini de tourner votre premier film. Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle expérience ?
L’envie, elle y est depuis toujours, même quand j’étais petit, le cinéma et l’humour étaient mes deux "objectifs", j’en avais très envie. Et pourquoi ? Parce que je suis entouré d’une super équipe aussi, on a une espèce de famille. On a vécu une expérience telle dans le bien-être et ce film, c’est l’extension de la fin du deuxième spectacle où je parle du bien-être. On est partis tous les trois faire un stage de clairvoyance avec des chamans. Et en rentrant, on était tellement morts de rire sur 14 jours qu’on a écrit ce film. Ça s’appelle justement 14 jours pour aller mieux (rires).
Rendez-vous ce soir à 21h25 sur TMC pour le Retour aux sources de Maxime Gasteuil, son nouveau spectacle événement.