Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis David Corriveau, je suis originaire de Saint-Boniface-de-Shawinigan, au Canada. J’ai fait le Conservatoire d’art dramatique de Québec, donc je suis comédien à la base, mais je travaille dans un restaurant depuis treize ans sur la Place des Arts. Ça a toujours été mon rêve d’un jour, venir au restaurant en tant qu’artiste, après ou avant mon spectacle à la Place des Arts, parce que j’ai dû être le serveur de tout le bottin de l’Union des artistes du Québec. Je me disais qu’un jour, ce serait à mon tour d’aller au restaurant avant ou après mon spectacle. C’est pas facile de vivre de son art au Québec car on est beaucoup d’artistes pour un petit public.
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Comment vous est venu l’interêt pour l’intelligence artificielle ?
C’est La France a un incroyable talent qui est venue me chercher grâce à ma chaine YouTube, Ils ont des recruteurs eux autres. Ils m’ont demandé de faire plein de vidéo pour montrer mes talents. Puis, ça n’a pas fonctionné l’année passée, mais c’est eux qui sont revenus cette année avec la proposition de matcher mon talent avec l’intelligence artificielle. Eux, ils cherchaient comme la bonne combinaison pour que le talent puisse briller et je pense qu’ils l’ont trouvé (rires).
Lors de votre passage, vous évoquiez le rapport entre l’intelligence artificielle et l’humain. La première peut-elle dépasser le second ?
Moi je pense que l’humain doit toujours garder le contrôle là-dessus et que présentement dans le monde, il commence à y avoir des lois, il commence à y avoir des trucs un peu partout qui émergent parce qu’on se rend compte que c’est quand même puissant l’intelligence artificielle, mais que vraiment quand on fait équipe avec de la bonne façon, c’est comme n’importe quoi. C’est comme le nucléaire, tu peux sauver des vies mais tu peux en détruire aussi… C’est la même chose pour moi. Si on fait attention, on va tous en tirer des bénéfices, il faut juste s’y prendre de la bonne manière.
Pourquoi avoir choisi de cibler Sugar Sammy pour votre passage dans l’émission ?
Parce que lui est méchant et pas gentil avec les gens. Il dit des commentaires méchants, fallait lui rendre la monnaie de sa pièce à un moment donné, ça peut faire du bien. Comme à Shawinigan, il y avait eu un accrochage avec lui, je me suis dit why not. Je pense que j’étais la personne la mieux placée dans le monde pour faire ça. Ça remonte à longtemps, il y a dix ans, quand il commençait à être connu dans l’un de ses spectacles il s’est moqué de Shawinigan. C’est comme une vieille rengaine contre lui. On a réglé nos comptes à Paris, devant les yeux de tous, à la lumière de tous (rires).
Céline Dion n’était-elle pas un choix trop facile ?
Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours chanté Céline Dion. Moi personnellement, je l’aime. J’ai toujours chanté Céline Dion depuis que je suis tout petit et même quand j’étais jeune, j’étais capable de faire All by Myself. Là, c’est sûr qu’en vieillissant, la voix change un peu, je suis encore capable d’imiter des bouts. Céline Dion, ça a toujours été ma première imitation. Les gens faisaient ‘wow’ quand ils m’entendaient.
Et votre voix, c’est fou ! Je pensais au début que ce n’était pas la votre… Vous disiez sur le plateau qu’il y a énormément de travail. C’est-à-dire ?
Depuis que j’ai huit ans, j’imite Céline Dion et tout le monde qui me côtoie le sait je pense. Je travaillais à l’épicerie quand j’étais jeune, je la chantais quand je remplissais le lait dans les frigos. Ça, ça m’a toujours suivi. Quand je travaillais après ça dans des restaurants, on mettait de la musique des fois et je faisais rire mes amis en imitant Céline. C’est le travail d’une vie. Et dans les six derniers mois, là, je me suis pris un coach de voix et mon coach de voix, c’est le meilleur ami de la coach de Céline Dion. Ils ont la même façon d’enseigner, je fais les mêmes échauffements vocaux, par exemple.
Vous avez déjà rencontré Céline Dion ?
Non, mais au restaurant, comme je vous ai dit, je travaille à la Place des Arts et je côtoie tous les artistes quasiment du Québec. J’ai fait un spectacle au Casino de Montréal en décembre dernier avec des chanteurs. C’était des chansons de Noël qu’on faisait et je faisais un petit bout d’imitation de Ginette Reno et le guitariste sur le show est venu jouer au restaurant après un spectacle qu’il avait fait avec une chanteuse connue ici. Il avait fait un spectacle dans le cadre des Francofolies de Montréal et il est venu au resto pour célébrer après. Et quand il m’a vu, il a dit David, j’ai quelqu’un à te présenter. Il m’amène à Elise Duguay , qui est l’une des choristes de Céline Dion depuis 1994 ! Il dit à Élise : "Lui, il chante, il imite Céline Dion". Elle me dit à la fin : "J’aimerais avant de partir, que tu me fasses un petit bout". Puis, avant de partir, j’ai fait un petit bout. Puis, pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment eu une connexion profonde avec elle, parce que je voyais sur ses doigts toutes les modulations que je faisais dans ma voix, dans ma gorge.
Elle vous a proposé son aide pour La France a un incroyable talent ?
Quand j’imitais Céline Dion, j’étais comme "Wow ! On se comprend parfaitement". J’étais honoré. Puis, je faisais la vaisselle avec mon ami et il m’a dit : "David. Elle, elle pourrait te coacher pour la France a un incroyable talent". J’avais pas pensé à ça ! J’ai couru comme dans un film dans la place pour essayer de la chercher. Là, je l’ai vue. Elle allait descendre dans l’escalier roulant pour aller dans le stationnement souterrain, puis à ce moment là, moi je l’aurais perdue parce que j’aurais pas su dans quel endroit elle est partie. Je lui explique que je participe à l’émission et que je vais imiter Céline Dion et qu’elle serait la mieux placer pour me donner des petits trucs. Et finalement, elle est venue 1 h et demie de temps chez moi, dans ma maison. Je l’ai payée et elle m’a coaché. Et j’ai jamais travaillé aussi dur de ma vie pour imiter Céline Dion. Et on a trouvé des petits trucs, des mots, des prononciations, des trucs qui ont résonné ensemble. Je me suis rapproché un peu plus de la voix de Céline, puis des musiciens grâce à elle. C’était vraiment juste pour ça. C’était une très belle rencontre, c’était incroyable.
Quels étaient vos objectifs en participant à l’émission ?
Mes objectifs premiers, c’est de montrer que même un gars ça peut chanter Céline Dion, c’est bien correct puis c’est bien normal. Puis, le respect fait qu’on va toujours pouvoir découvrir des petites perles et des trucs. Moi je me dis toujours qu’il faut faire attention à la personne qui est en face de nous parce qu’on sait jamais c’est qui et on sait jamais c’est quoi le talent ou la belle chose qui dort en elle. Il faut faire attention à tout le monde. Il y a un côté de tolérance, de respect vraiment envers les autres, parce que c’est en respectant les autres qu’on les aide à s’épanouir. Puis, c’est quand eux sont épanouis qu’on fait ressortir le plus beau de nous même. Ça a toujours été mon leitmotiv dans toute la vie et c’est bien. Je suis un gars, j’ai de la barbe, j’ai pas l’air trop féminin, mais quand je me mets à chanter, les gens ne s’attendent pas à ça. J’ai la voix quand même bien posée comme un comédien, c’est parce qu’on apprend ça au conservatoire. Ce que je veux dure, c’est soyez gentil avec les gens parce que vous ne savez jamais.
Pensiez-vous rencontrer un tel succès en entrant sur scène ?
Non, du tout. Parce que c’est quelque chose. C’est un "one shot, one day" comme on dit. Parce que ça, c’est tellement mystique… Même pour moi ! J’ai jamais vraiment travaillé avec l’intelligence artificielle. Dans nos têtes, au début, on trouve ça bien drôle mais c’est le public qui va nous dire si vraiment ça marche ou pas, parce qu’on ne le sait pas. Tout est fait sur mesure pour l’émission et c’est très stressant parce qu’on sait jamais comment ça va être perçu, puis si ça va marcher ou pas vraiment. On sait pas si la sauce va prendre.
C’était prévisible pour vous le Golden Buzzer de Sugar Sammy vu que votre prestation lui était adressée ?
Je ne pensais qu’il aimerait pas ça. Je pensais qu’il serait fâché un peu parce qu’on le fait chanter du Céline Dion. Quand ils ont placé la caméra en face de moi, puis j’ai vu tout le monde debout, j’ai fait : "Ah mon Dieu !". J’étais pas sûr… Puis, je me suis dit peut-être qu’il sera pas content parce que justement on s’est foutu de sa gueule. Puis, c’est lui d’habitude qui se fout de la gueule des gens, non ? Donc je ne m’attendais pas à ça du tout. Je me suis dit "Aïe, là, il va me démolir, c’est sûr, et dire ‘Hé, toi tu viens de Shawinigan, puis là tu me fais chanter Céline Dion puis t’es un gars, t’as pas la même voix’". Je pensais à me faire ramasser. J’étais préparé mentalement. Quand il y a eu tous ces beaux commentaires, j’ai tellement été surpris que c’est pour ça que je suis venu ému parce qu’on a travaillé fort. Puis, je m’attendais pas à ça du tout, du tout.
Effectivement, vous sembliez ému. Ça représente quoi pour vous ce Golden Buzzer ?
En fait, des fois tu doutes tellement quand t’es un artiste, tu dis je m’accroche trop à quelque chose. Tu te dis, "Je ne suis pas à la bonne place". Je suis autodidacte, j’ai toujours chanté en faisant mon travail et mes trucs, en faisant ma vie, même en me levant, je chantais tout le temps, en faisant la vaisselle (rires). Il y a des gens, des fois qui me disent "ferme ta gue*le" parce qu’ils sont énervés. Là, c’est comme si c’était pour tous les "Ferme ta gue*le" que j’ai entendus dans ma vie. Je me suis senti accepté en tant qu’artiste. Pour moi, ça signifiait beaucoup, parce que mon rêve, ce serait de faire un spectacle solo d’imitation.
Peut-on dire que Shawinigan a pris sa revanche ?
Clairement et tout le monde est heureux (rires). Je suis sûr que toute ma région est très contente et satisfaite. J’ai hâte qu’ils voient que j’ai sauvé l’honneur de Shawinigan (rires). Je ne suis pas rentré au Québec la tête basse. Je suis très content. Je suis satisfait et la mission est accomplie.