Addict (TF1) – Sagamore Stévenin : « J’ai essayé d’être le salaud le plus percutant possible ! »

Publié le 3 novembre 2022 à 15:45
© FRANÇOIS LEFEBVRE / MORGANE PRODUCTION / TF1
Sagamore Stévenin, héros de la série Falco, est de retour sur TF1 dans la peau d’un personnage aussi sympathique qu’inquiétant… Un rôle “jouissif”, pour ce comédien discret.

Bruno, votre personnage, est difficile à cerner… 

Sagamore Stévenin : Dans les scénarios originaux, il y avait des flash-backs qui permettaient de comprendre certaines choses. Ils ont été supprimés, pour des questions de temps et de coût. Je trouvais dommage de s’en priver et j’espère que l’on comprend malgré tout que, derrière sa méchanceté, il y a autre chose. Mais j’ai essayé d’être le salaud le plus percutant possible ! 

Comment avez-vous fait ? 

En me laissant aller ! (Rires) C’est un peu le fils de psy qui parle (sa mère, Jacqueline Monnier, dite Florence Stévenin, était psychanaliste, ndlr), mais nous avons tous des saloperies au fond de nous. La différence, et c’est ce qui est génial dans mon métier, c’est que l’on me paie pour le faire. Jouer un tel personnage, c’est jouissif ! 

C’est pour cette raison que vous avez accepté le rôle ? 

Oui. Lorsque je reçois un scénario, la lumière s’éteint, et le film démarre dans ma tête. Quand elle se rallume, je vois où l’histoire m’a transporté et je me demande si j’ai envie de faire ce voyage. Là, il y avait pour moi des choses intéressantes à vivre. 

Un mot sur Cécile Bois, votre partenaire, qui incarne Élodie ? 

Nos manières de fonctionner sont assez similaires : nous avons besoin de beaucoup travailler en amont, pour qu’il n’y ait pas d’artifices ensuite. Nous sommes donc souvent concentrés, sur le plateau, et n’avons envie ni de parler ni de blaguer. Nous cherchons cette petite étincelle qui va nous échapper et donner de la sincérité au personnage. 

Comment voyez-vous Bruno ? 

Je crois qu’il fait partie de ces gens qui ont besoin de créer un rapport de dépendance avec les autres. Et pour ça, ils s’appuient en grande partie sur des mensonges. Mais pour que cela fonctionne, ils doivent croire à ce qu’ils disent. La schizophrénie n’est donc jamais loin, car il arrive un moment où le tri entre ce qui a été créé et vécu est difficile à faire. Bruno a un côté panthère qui joue avec une souris. Une animalité qui, même si l’on sent sa dangerosité, devient attirante. Dans une famille, l’essoufflement du couple et de la vie peut ouvrir la porte à de telles situations. 

Est-ce par peur de cet essoufflement que vous êtes, ou avez été, ferrailleur, capitaine de péniche… 

Par peur de l’ennui… Je ne vais pas me faire que des amis, mais je trouve hélas que, dans mon métier, qui a beaucoup changé depuis le temps où, enfant, j’allais sur les plateaux de François Truffaut, on est extrêmement sage et pauvre humainement. Il y a une telle course à la notoriété que l’on oublie les raisons pour lesquelles on est devenu comédien. Je trouve paradoxal d’incarner des êtres humains, avec leurs failles et leurs joies, et d’être autocentré. 

Vous êtes plutôt rare au cinéma. Pourquoi ? 

Vous avez remarqué, aussi ? (Rires) J’ai toujours alterné petit et grand écran, mais tout d’un coup, les producteurs m’ont plus identifié comme un acteur de télé. C’est peut-être lié à la série Falco. Aujourd’hui, les seuls à me proposer des rôles au cinéma sont les jeunes réalisateurs qui font leur premier film, et qui ont encore cette naïveté, cette folie. Ils m’envoient leur scénario, rament pendant quatre ans et, bien souvent, le film ne se fait pas. J’espère qu’un jour ça reviendra, mais j’ai arrêté de me poser des questions. 

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