Pronostic vital (France 2) : Une immersion bouleversante au coeur d’un service de réanimation

Publié le 12 octobre 2022 à 16:39
© Haut et court
Pendant six mois, le réalisateur Éric Guéret s’est discrètement immiscé au cœur d’un service de réanimation, lieu sacré où patients et soignants luttent chaque jour, menant des combats parfois perdus d’avance. Il le raconte dans Pronostic vital, un documentaire bouleversant.

"Bonjour monsieur. Je suis le docteur. Vous écoutez quoi comme musique ?". Bienvenue à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis. Il aura fallu trois ans de négociations pour que le réalisateur Éric Guéret puisse pousser les portes de ce service de réanimation, seul avec sa caméra. Initialement, il est là pour filmer les urgences pour un long-métrage, Premières urgences, qui sortira le 16 novembre prochain au cinéma. Mais son œil de documentariste est aussi attiré par cette aile si particulière de l’hôpital, la « réa ». Ce qui frappe d’abord, c’est le calme qui règne dans ces salles blanches où l’on sauve des vies, où l’on en accompagne d’autres jusqu’à la mort. "Le personnel est tellement professionnel, tout est méthodique. Il n’y a pas de scène de panique. Personne ne court, c’est impressionnant"». Pas d’images spectaculaires donc et pourtant : c’est un véritable travail d’équilibriste auquel se livre le personnel soignant. Chacun lutte, tous sont à bout de souffle. Comme certains de leurs patients. Covid oblige ?  "Oui et non, raconte le réalisateur. J’ai tourné entre novembre et mai de l’année dernière donc pendant la seconde et troisième vague de l’épidémie. Mais je n’ai pas voulu m’intéresser aux pathologies. Plutôt à l’accompagnement humain. C’est vraiment un film sur l’empathie des équipes, celle dont on parle moins souvent". Du côté des malades, il y a monsieur Asharf, dont la femme est restée au Pakistan, Madame Jouini dont la première requête, une fois hors de danger, sera de réclamer son mari…et son parfum.

Tenir tant qu’on peut 

La caméra s’enfonce lentement, arpente les couloirs vides, le téléspectateur collé à ses baskets. Ici ne sont pas les bruits, les larmes ou les tuyaux reliés aux machines qui frappent mais l’humanité débordante de ceux et celles qui soignent, lavent, caressent, confient, annoncent, souvent prudemment, parfois fermement. "On les applaudit pendant la pandémie mais finalement leur humanité, on ne la voyait pas dans les images dont on nous abreuvait. Ils sont absolument magnifiques, dans leur manière de poser leur voix et leur main quand ils parlent".

Peu d’entre eux savent s’ils "feront ça toute leur vie". Comme Maud, infirmière, qui évoque cette échelle de la tolérance qui les habite tous. "On a un quota de situations difficiles. Quand on a l’épuisé, on s’en va"». Ici, il est question du pronostic vital des patients mais aussi de celui de l’hôpital public. Malgré les échecs, malgré la mort, malgré le manque de reconnaissance et de moyens, médecins, infirmiers et infirmières "s’engagent beaucoup plus qu’ils ne devraient" selon Maud. Des combats, Éric Guéret en a filmé dans sa carrière de documentariste : ceux de Greenpeace, des syndicalistes de la CGT, des salariés de l’aciérie Ascova, des agriculteurs victimes de pesticides, des femmes à la rue ou encore victimes de violences masculines. Celui de l’hôpital public est particulier pour lui. "On a un outil magnifique qui repose essentiellement sur l’engagement des gens qui le font tourner. Et on a les sentiments qu’il y a une logique absolument incompréhensible de le détruire". 

Pronostic vital : mercredi 12 octobre à 23h05 sur France 3

Amandine Scherer 

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