Maïa Mazaurette : « On s’est demandé quelle manière représenter le sexe féminin dans le documentaire »

Publié le 23 mai 2023 à 8:39
© Bangumi
Toujours fantasmé, souvent désiré, parfois malmené, le sexe féminin reste, pour beaucoup, un mystère. La journaliste lève le voile dans ce fi lm instructif et nécessaire.

Quels objectifs aviez-vous en écrivant ce film ? 

Maïa Mazaurette : Après mes premiers documentaires sur le plaisir, qui se concentraient sur ce qui se passe dans la tête, je voulais raccrocher les thématiques de la sexualité et du genre au corps, pour parler concrètement du sexe féminin. Et puis, je souhaitais m’adresser à tous les publics, et notamment aux jeunes. J’ai pensé aux mille questions que les jeunes femmes pouvaient se poser, concernant les règles, la pilosité, l’apparence de leur sexe, son odeur… Les hommes peuvent aussi se sentir concernés par ces sujets. 

Aux côtés de spécialistes, témoignent de nombreux hommes et femmes, d’âges, d’origines et de sexualités divers. Comment les avez-vous choisis ? 

Nous avons lancé un appel à témoins. Il a été plus difficile de trouver des hommes. Il y a, chez eux, une autocensure sur les sujets liés au féminin. Ils ne se sentent pas toujours légitimes. Mais il était important de montrer leur point de vue. 

Vous êtes-vous heurtée à des difficultés particulières ? 

La question de la mise en images a été compliquée. Le documentaire, qui est diffusé en prime time, devait être accessible à tous. Il a fallu s’adapter, dans un cadre légal contraignant. On s’est vraiment creusé la tête pour trouver comment tout dire sans rien montrer, en utilisant toutes les métaphores possibles. Les difficultés rencontrées à l’élaboration de ce documentaire ont, finalement, fait l’objet de séquences. On se demandait, par exemple, de quelle manière représenter le sexe féminin ? On a décidé de consacrer une partie du film à ce sujet. Idem sur la question du vocabulaire pour le désigner. 

Le sujet est bien plus délicat qu’il n’y paraît… 

Tout à fait ! Les mots ne sont jamais innocents, ils peuvent viser à dégrader la dignité d’une personne. Ils sont aussi souvent mal utilisés : on parle du vagin pour désigner la vulve, ou inversement. On est face à un paradoxe absolu : celui d’évoluer dans une société où on a l’impression de parler de sexe tout le temps, tout en n’ayant ni les bons mots, ni les images pour décrire précisément le sexe féminin. 

Souhaitiez-vous, au passage, lever quelques tabous ? 

Il s’agissait surtout de s’interroger sur ce que les tabous engendrent. Quand les poils, les règles, les odeurs sont tabous, cela signifie que le jour où il y a un problème, on ne sait pas vers qui se tourner, car on n’ose pas en parler ni à sa famille, ni à ses amis, ni même à des professionnels de santé. On peut aussi se laisser impressionner par des partenaires qui nous affirment que notre sexe n’a pas la bonne apparence ou que l’on ne jouit pas comme il faut. Faire tomber des tabous, c’est un moyen de reprendre le pouvoir, et de trouver des arguments pour faire valoir son bienêtre et ses droits. 

Savez-vous déjà quelle sera la thématique de votre prochain documentaire ? 

Rien n’est encore décidé, mais j’ai très envie de le consacrer au sexe masculin et à toutes ses composantes, comme la prostate. Le plaisir et les complexes des hommes, on en parle peu. J’ai hâte de discuter avec eux de ce que la pornographie entraîne comme complexes liés à la taille, à la dureté, à la performance… 

Désir : au coeur du sexe féminin, mardi 23 mai à 23h25 sur TMC

INTERVIEW KATIA DE LA BALLINA 

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