“On m’avait dit que je ne serais qu’une hit wonder (la chanteuse d’un seul tube, ndlr). Moi, je savais qu’il y aurait plus." En 1979, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la France tout entière se déhanche sur une comptine electro-pop, Le Banana Split, emmenée par une toute jeune fille baptisée Lio. Âgée d’à peine 17 ans, la chanteuse scande ces paroles sur les plateaux des émissions télé : « C’est le dessert que sert / L’abominable homme des neiges / À l’abominable enfant teenage / Un amour de dessert… » Le single se vend à 700 000 exemplaires et se classe numéro un des ventes.
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Comme Les Sucettes, écrite par Gainsbourg pour France Gall, la chanson a un double sens érotique. Le texte n’est pas de Lio. Il est d’un parolier belge, Jacques Duvall, qui signe sous le nom d’Hagen Dierks. « Toute ma vie a changé avec ce premier single, se souvient-elle. Je jouais à la chanteuse, mais ce n’était pas comme si je jouais à la dînette, il y avait un vrai studio. » Si les images de l’époque donnent à voir une toute jeune fille apprêtée, maquillée, souriante et sexy, parfois en nuisette et petite culotte, Lio explique que, tout en ayant conscience de ce qu’elle chantait, de l’allusion à peine déguisée à une fellation, « pour moi, c’était une fable érotique, ce n’était pas le fantasme d’une fille de 16 ans ». Elle précise : « J’avais le sentiment que je jouais à la Lolita, mais je n’étais pas une Lolita, donc ça m’a stupéfaite que l’on veuille que ça perdure… Oui, il y avait de l’abus tout le temps. »
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“L’ENVIE DE MUSIQUE, ELLE RESTE LÀ. TOUJOURS”
Le réalisateur Tristan Le Guillou l’a suivie jusqu’au Portugal, son pays natal, mais aussi lors des galas avec d’autres artistes has-been (selon l’expression même de Lio), qui lui permettent aujourd’hui de gagner sa vie. La chanteuse se raconte, se dévoile, s’enflamme parfois, revient sur son amitié avec la comédienne Marie Trintignant, et livre des choses douloureuses sur son passé, marqué par l’exil et une agression sexuelle alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. L’auteur n’a jamais été poursuivi : « Je n’ai mis le mot viol dessus que depuis deux ans. »
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Alors qu’elle travaille sur un nouvel album où les femmes sont mises à l’honneur (avec Jennifer Ayache, du groupe Superbus, et avec Louane), Vanda Maria, alias Lio, évoque les violences physiques qu’elle a subies et qui ont mené à la condamnation d’un ancien compagnon. Elle dénonce aussi sa mise à l’écart, à la suite de ses prises de parole sur les plateaux télé pour défendre la mémoire de Marie Trintignant, morte en 2003 sous les coups du chanteur de Noir Désir, Bertrand Cantat. À 63 ans, Lio chante et se produit dans toute la France. « L’envie de musique, elle reste là. Toujours. » Avec une certaine amertume, elle lâche pourtant cette phrase, terrible : « Dans la société dans laquelle je vis, la place d’une femme mûre est à la poubelle. »
Lio, lundi 13 octobre à 21h05 sur France 4