Marion 13 ans, Evaëlle, 11 ans, Dinah, 14 ans, Ambre, 11 ans, Lucas 13 ans, Thibaut, 10 ans, Chanel, 12 ans, Marie 15 ans. Pas des faits divers. Des enfants, des adolescents et adolescentes harcelé(e)s que le système n’a pas su protéger. Et il y a Lindsay, une jeune et jolie brune à qui la vie tendait les bras. "Elle chantait tout le temps, c‘était sa passion" raconte ému son parrain et grand frère de cœur, Corentin. Non, ça n’arrive pas qu’aux autres. "Il n’y a pas d’âge, pas de profil type, pas de genre" constate Félix Séger, le réalisateur du documentaire. Lindsay en est la preuve. Cette excellente élève, pleine de joie et de vie, s’est suicidée le 12 mai 2023, dans sa chambre, après un an de harcèlement, de violence et d’intimidation. Ce que raconte le documentaire de Félix Séger, ce n’est pas une version augmentée des articles de journaux de l’époque mais bien le mécanisme d’un fléau dont les enjeux ne se situent plus "que" dans la cour d’école. Un fait de société dont les principaux responsables semblent botter en touche… Lindsay, la mécanique du harcèlement nous emmène d’abord dans la région de Lens, au cœur d’un quartier résidentiel modeste, à cent mètres du collège de l’adolescente. Lors de son passage en 4ème, en septembre 2022, elle est immédiatement prise en grippe par une bande de quatre collégiennes, comme le confie à la caméra Maïlys, sa meilleure amie. Dans cette histoire, personne ne semble avoir le profil type du harceleur et du harcelé. Et pourtant… Lindsay va subir insultes et accès de violence qu’elle va partager avec sa mère, Betty. Malgré les notes qui chutent, les absences, les vidéos des agressions filmées dans la cour d’école et diffusées sur TikTok, l’équipe éducative "peine" à se mobiliser. D’abord, parce que les "gamineries" et autres "rites de passage" entre élèves font partie de l’inconscient collectif. Tout le monde est passé "par-là". Le secrétaire général du syndicat des proviseurs UNSA, Bruno Bobkiewicz, explique d’ailleurs qu’il est difficile de faire la différence entre "harcèlement" et "chamaillerie". Trop de prudence, trop d’excuses : oui, le harcèlement a toujours existé mais il est enfin pris en compte depuis 2011 et puni par la loi depuis 2022. Malgré les tentatives d’alerte, la mère de Lindsay, elle, se sent impuissante. Les agressions continuent. Au collège, dans la rue, sur les réseaux sociaux, à coup de messages comme "tu mérites de mourir". L’eau monte… Lindsay laisse une première lettre d’adieu, découverte par son beau-père sous son matelas. Malgré le soutien de ses proches, les combats menés par sa mère, Lindsay se suicidera le 12 mai 2023. Il aura fallu un an, beaucoup de rencontres et d’écoute à Félix Séger pour recueillir ces témoignages, tant la plaie reste ouverte. "Ce sont des gens qui ont perdu quelqu’un, ils ne comprennent pas…"
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Une lueur au bout du tunnel ?
Au gré du documentaire, Félix Séger recueille aussi d’autres témoignages importants. Il y a Charlie, ancienne victime de harcèlement scolaire, qui s’était livré en 99 devant les caméras de Mireille Dumas. Il y racontait son calvaire et nommait les actes subits à l’école. Sa chance à l’époque ? "Pas de caméra, pas de téléphone, pas de réseaux sociaux". Charlie a survécu et rassure. "Il y a une vie après le harcèlement. Une très belle vie même. Dès le lycée, le fait de ne pas être comme les autres devient un atout. Au final, on est content de ne pas être comme les autres. A l’époque ça ne m’avait pas consolé mais les autres, ce ne sera pas toute votre vie et vous aurez l’occasion d’être fière de ce que vous êtes". Tout comme Philippe, membre du GIGN, harcelé pendant des années avant de découvrir la boxe à l’adolescence… "Personne n’a témoigné de bon cœur au départ, mais tout le monde l’a fait pour la cause. Ce n’est jamais évident de donner une part de soi. Ils sont tous contents de l’avoir fait mais ça a remué des choses. Même s’ils vont mieux aujourd’hui, témoigner les remet dans une position de victime qui est assez traumatisante". A travers les différentes histoires, Félix Séger laisse également émerger la problématique en puissance des téléphones portables et surtout, des réseaux sociaux. "Une bombe dans la poche d’un enfant". D’ailleurs, les filles subissent la double peine du harcèlement et du cyber-sexisme : elles sont souvent exposées dans leur intimité par des ex-petits amis. "Tu ne verras jamais un garçon se faire harceler pour ce genre de vidéo. Au contraire il sera acclamé" se désole Lina, 16 ans, ancienne victime.
Betty, la maman de Lindsay : "Je me battrai pour elle jusqu’à mon dernier souffle"
Le documentaire rappelle enfin la nécessité de parler, de faire de la prévention scolaire à base de jeux de rôles, de mises en situation et d’éduquer parents et enfants aux réseaux sociaux bien difficile à éviter aujourd’hui. Il évoque aussi le numéro de téléphone 3018 où des bénévoles accueillent la parole des harcelés (400 appels par jour) et peuvent aussi demander des suppressions de comptes et de contenus sur internet. Aujourd’hui en France, un élève sur 3 est concerné par le harcèlement. "Ces cas-là doivent servir à faire avancer les choses. Il y a une prise de conscience, les choses bougent mais doucement parce que c’est l’Éducation nationale…" A l’image, les vidéos d’une Lindsay radieuse rappellent une dernière fois l’immense gâchis derrière sa disparition. "Je me battrai pour elle jusqu’à mon dernier souffle" conclue Betty, sa maman, qui a fondé l’association Les ailes de Lindsay pour venir en aide aux enfants harcelés. Son avocat, lui, a porté plainte contre TikTok, Facebook, Instagram, mais aussi l’Académie du Pas-de-Calais et le commissariat de Lens pour mise en danger de la vie d’autrui et complicité de harcèlement. Quatre adolescents sont mis en examen. L’instruction est toujours en cours.