De l’écrit à l’écran
Ex-plume du Président Lyndon B. Johnson, Peter Benchley était, depuis tout gamin, passionné par les requins. Lorsque son patron quitte la politique, il se décide enfin à écrire, en guise de reconversion, un roman sur un monstre marin mangeur d’hommes. "Une très mauvaises idée", selon son épouse ! Les droits de Jaws (Mâchoires, en français) sont aussitôt achetés à Hollywood. À 28 ans, le quasi inconnu Steven Spielberg, auteur du très remarqué téléfilm Duel et du pilote de la série Columbo, est chargé de l’adapter sous la forme d’une petite série B estivale. Rien ne se passera comme prévu. Et Spielberg de réinventer l’industrie du cinéma !
Un sous-texte politique
Contrairement à ses pairs du Nouvel Hollywood (Scorsese, Coppola, De Palma…), Spielberg n’est pas un contestataire. Jaws recèle pourtant une critique de l’Amérique et du capitalisme, incarnée par le personnage du maire d’Amity : plus cynique et cupide, tu meurs ! Fidel Castro, notamment, valide cette lecture !
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Au bord du naufrage
Prévu pour durer 65 jours, pour un budget de 3 millions de dollars, le tournage s’étalera sur 159 jours… et coûtera 12 millions. Les caprices de la météo ne sont pas seuls responsables. Le jeune réalisateur, inconscient, veut tourner en mer. Construits dans l’urgence, les trois requins géants animatroniques prennent l’eau et sont inutilisables. L’ambiance est tendue entre les comédiens, las d’attendre. Faute de squale, Spielberg trouve sa bouée de sauvetage en se demandant ce que Hitchcock aurait fait. Fan du maître du suspense, il décide de suggérer le monstre, sans le montrer. L’effet terrifiant est décuplé : le danger est partout ! Un coup de génie, né de l’adversité. Idem pour les personnages qui, pour pallier le manque de squale, sont largement plus fouillés que dans le scénario : bien vu, on s’attache à eux. Un temps au bord de la mutinerie, l’équipe, d’abord moqueuse face à ce jeunot à la dérive, est finalement bluffée.
Une révolution
Le 20 juin 1975, le film (on a tous l’affiche à l’esprit) sort aux États-Unis (en 1976 en France) et s’impose comme le plus gros succès de tous les temps, avant d’être détrôné par Star Wars. Jaws change radicalement la manière de consommer du cinéma : le blockbuster estival est né ! Et, avec lui, les cinémas multiplex, les produits dérivés et la première franchise, synonyme de cash machine.
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Psychose on the Beach !
Assurément, dans l’esprit des baigneurs, il y a un avant et un après Les Dents de la mer. En 1975, les plagistes prennent cher. Par millions, les vacanciers, en plein choc post-traumatique, ne se jettent plus à l’eau. Plus grave, de véritables massacres de requins sont organisés ! "Je voulais effrayer les autres avec mes phobies", disait Spielberg avec humour. Mission accomplie, vers l’infini et au-delà.
Naissance d’un géant
Avec ce triomphe planétaire, à 28 ans, le cinéaste s’impose à Hollywood comme le nouveau roi du divertissement. Il a gagné son indépendance et une liberté artistique totale. On connaît la suite de sa success story.