Jeff Bridges, star malgré lui, (Arte) – La trajectoire singulière de l’acteur de The Big Lebowski

Publié le 20 juillet 2025 à 13:44
GEORGE PIMENTEL/GETTY IMAGES
Il aura fallu un peu de temps, quelques décennies, pour que l’acteur devienne une star, notamment grâce à ses rôles dans The Big Lebowski et Crazy Heart. À 75 ans passés, il est sans doute l’une des vedettes les plus cool de Hollywood

"Maman, papa, regardez !" Quand, en 2010, il remporte son Oscar pour Crazy Heart, à 60 ans, pour son interprétation saisissante d’un chanteur de country vieillissant et alcoolique, la première chose que fait Jeff Bridges, c’est de monter sur scène, de brandir la célèbre statuette et de s’adresser à ses parents – acteurs –, dans un geste à la fois enfantin et empli de fierté. Quelques jours plus tôt, en recevant un Golden Globe du Meilleur acteur pour le même film, il avait lancé : « Hey, les gars ! Vous êtes en train de foutre en l’air mon statut d’acteur sous-estimé. » Et que fait-il, après avoir reçu ces deux récompenses ? Il monte un groupe de rock, The Abiders, part en tournée, enregistre un album et vit son rêve de lycéen : devenir une rock star. Il chante même à l’un des concerts de Neil Young. La trajectoire de Jeff est singulière. À son image. Comme le rappelle ce documentaire inédit, il est un pur fils de Hollywood avec deux parents, Lloyd et Dorothy, et un frère aîné, Beau, tous comédiens. Il fait même sa première apparition à l’écran, à six mois, en nourrisson en pleurs dans La Voleuse d’amour, un film en noir et blanc. 

“PINCEZ-LE… ÇA SUFFIRA” 

« Mes parents rendaient visite à un ami sur un tournage, raconte Jeff. Il y avait besoin d’un bébé et ma mère a dit : “Tenez !” J’étais un bébé très souriant et, dans le film, j’étais censé pleurer. Alors, ma mère a lancé : “Pincez-le, ça suffira.” » Ses parents l’encouragent alors à suivre une voie toute tracée, mais Jeff, malgré plusieurs apparitions dans des séries dont son père est l’une des vedettes (Sea Hunt, The Loner) hésite, emprunte des chemins de traverse. Il s’intéresse à la peinture, à la musique, à d’autres formes d’expressions artistiques, comme la photographie (il a reçu un Infinity Award du Centre international de la photographie de New York en 2013 pour ses oeuvres). 

Toutefois, il est vite rattrapé par le cinéma. Repéré dans La Dernière Séance, de Peter Bogdanovich, en 1971, il obtient sa première nomination aux Oscars dans un second rôle, puis une deuxième nomination trois ans plus tard dans Le Canardeur, (diffusé sur Arte à 21 h). Ensuite, il a beau faire profil bas, ne pas jouer le jeu du star-system, partir s’installer loin de Hollywood dans un ranch du Montana avec sa femme et ses filles, il devient l’un de ces comédiens solides, capables d’incarner les héros (Tron), les anti-héros (Starman) et même des personnages qui vont devenir des légendes. C’est le cas avec le rôle emblématique du Duc ou plutôt du « Dude » dans The Big Lebowski des frères Coen, sorti en 1998. Le film ne sera pas un succès à sa sortie, mais, avec le temps, il a acquis un statut de film culte grâce à Jeff, impérial avec ses méduses au pied, sa robe de chambre usée, en célibataire sans emploi et sans ambition, adepte du bowling et grand amateur de fumette. Une religion parodique, le dudéisme, a même été inventée en honneur à ce personnage.   

Jeff Bridges, star malgré lui, dimanche 20 à 22h55 sur Arte

Par
Frédérick Rapilly