Parents de deux grands garçons qui ont quitté le nid, Miren (Nagore Aranburu) et Íñigo (Pedro Casablanc) sont mariés depuis trente ans et donnent l’image d’une famille parfaite. Un équilibre qui vole en éclats le jour où Miren s’enfuie du foyer et porte plainte contre Íñigo pour viols conjugaux. Tandis que le fils cadet, Jon (Iván Pellicer), choisit de soutenir sa mère, l’aîné, Aitor (Miguel Bernardeau), prend le parti de son père. Ce n’est pas vraiment un hasard, puisque celui-ci, lui-même marié et père d’un petit garçon, est, sans s’en rendre compte, en train de reproduire la violence sourde inculquée par son père.
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« Les hommes sont au coeur de la série, particulièrement le personnage d’Aitor », confirme Eduard Sola, co scénariste (avec Júlia de Paz et Alauda Ruíz de Azúa) de Querer. « Ce projet avait une profondeur que je n’avais jamais vue auparavant. C’était le meilleur scénario que j’avais lu dans ma vie ! », s’enthousiasme Miguel Bernardeau, révélé en 2018 par la série Élite, sur Netflix. Et de préciser : « À travers mon personnage, et avec l’aide de la réalisatrice, Alauda Ruíz de Azúa, j’ai essayé de raconter une histoire qui ne soit pas radicale. » En effet, la zone grise et les limites du consentement planent en filigrane. D’abord omniprésent, ce flou se veut de plus en plus net au fur et à mesure des quatre épisodes, sans jamais verser, pour autant, dans le manichéisme.
LE POINT DE BASCULE VERS LE QUESTIONNEMENT
« Nous avons pris la décision de consacrer un épisode entier au procès. C’était un risque, car nous pouvions vite tomber dans l’ennui. Mais, finalement, c’est notre plus grande réussite », explique Eduard Sola à propos de l’épisode 3, qui s’impose en effet comme la pierre angulaire de la série. La scène du témoignage d’Aitor, et sa confrontation avec l’avocate de sa mère (Loreto Mauleón), est particulièrement marquante. « Ce moment représente un point de non-retour pour mon personnage, confie son interprète. Je ne suis pas sûr qu’il se rende compte de son erreur, car les choses ne sont pas simples. Mais c’est le début du questionnement pour lui. »
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« Dans les affaires de viols ou de violences domestiques, il est très important de prendre conscience que nous ne sommes pas là pour donner des leçons, rappelle Eduard Sola. Il n’y avait pas d’intention pédagogique derrière cette série, mais je me réjouis de voir qu’elle ouvre les portes à une évolution de la pensée, chez les femmes aussi bien que chez les hommes, qui ont encore du pain sur la planche. »
Cette série met également en exergue une rupture entre deux générations. Celle d’Íñigo, le patriarche, qui se veut et se croit tout-puissant au sein de sa famille, et celle de ses fils, marquée par le mouvement #MeToo. « Le pacte du silence qui existait au sein du mariage est en train de disparaître », analyse Eduard Sola, qui conclut : « Ma grand-mère a toujours raconté que sa nuit de noces avait été une horreur… C’était presque devenu une blague, dans la famille. Aujourd’hui, on appelle ça un viol. Cela dit, il est compliqué de balayer le passé d’un revers de main. Dans la série, quelqu’un demande s’il faut envoyer tous les maris du monde en prison, sachant qu’il n’y a pas assez de place pour tous… Cependant, il y a assez d’écoles. »
Querer, jeudi 12 juin à 20h55 sur Arte