L’école des femmes
À l’aube de la loi sur la séparation des Églises et de l’État (1905), les religieuses se voient de plus en plus dépossédées de leur mission d’accompagnement des malades. La première école d’infirmières municipale et gratuite apparaît en 1878, à l’hôpital de la Salpêtrière (Paris). Pour son fondateur, le docteur Désiré-Magloire Bourneville, l’infirmière idéale doit être laïque et suffisamment instruite pour assurer correctement les soins aux patients. Pas trop non plus pour éviter de faire de l’ombre aux médecins. Sur ce dernier point, pas sûr que les choses aient beaucoup évolué depuis.
Les “Anges blancs”
En raison de leur tenue immaculée, c’est ainsi que furent surnommées les 200 000 infirmières de métier ou bénévoles envoyées au chevet des soldats, pendant la Première Guerre mondiale. Dans son journal du front, Léonie Bellot raconte : « Maintenant, je pourrais faire n’importe quel métier. Je n’aurais peur de rien. Je n’ai plus peur des morts. Et puis, je suis dure à la fatigue. » Anges blancs et mères Courage, telle Julie Crémieux, infirmière major de la Croix-Rouge, décorée de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur.
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Un sacerdoce
« Je crois que, pour pouvoir tenir dans ce métier, il faut être une sainte ou une folle. » Tout est dit dans ce témoignage d’infirmière, recueilli au milieu du XXe siècle. Celui de l’une de ses contemporaines interpelle également : « Je suis à la tête d’une salle de trente-trois malades en chirurgie, avec une aide-soignante. C’est très difficile parce que l’on est surmenées, surchargées et que cela n’améliore pas les conditions du malade. Est-ce que dans dix ans, je serai capable de faire ce que je fais actuellement ? » Six décennies plus tard, la parole d’une autre jeune soignante fait frémir : « Pendant le Covid, nous étions deux pour trente patients, sachant que j’en avais deux avec un pronostic vital engagé, pour lesquels je n’avais pas d’instructions… J’ai passé la nuit la plus horrible de ma vie. » De quoi mériter les applaudissements de la population, en plein confinement.
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Un salaire de misère
Souvent moins bien payée qu’une employée de bureau, une infirmière sur deux envisage de quitter l’hôpital. Déjà, lors de leur première grève générale, en 1988, ces héroïnes du quotidien réclamaient 2 000 francs par mois d’augmentation, soit à peine 300 euros. Elles en obtiendront dix fois moins. Trente-cinq ans plus tard, leurs revendications (pas uniquement salariales) ne sont toujours pas entendues. Sans ces femmes, et leurs collègues masculins, minoritaires, notre système de santé serait pourtant bien menacé.
Infirmières, notre histoire, mercredi 29 novembre à 21h10 sur France 3