En France, près de 10 millions de personnes souffrent d’obésité, soit un Français sur cinq. Longtemps réduite à un manque de volonté, l’obésité est en réalité une maladie complexe et multifactorielle.
Sortir des clichés
« Pour prendre en charge l’obésité, il faut d’abord reconnaître que c’est une maladie à part entière, affirme le Pr François Pattou, chirurgien au CHU de Lille et coordinateur du Centre intégré de l’obésité, parce qu’elle s’accompagne d’une diminution de l’espérance de vie, favorise le diabète, les infarctus ou certains cancers. » Karine Clément, professeure au service nutrition de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, insiste : « Ce n’est pas une maladie de la volonté ! » Hérédité, dérèglements hormonaux, facteurs psychologiques… les causes sont multiples. Pendant des années, la seule réponse a été de faire un régime. Une impasse, rappelle le Dr Antoine Epin. « L’organisme active un mécanisme de survie : il stocke davantage et le poids revient, parfois plus qu’avant. ». C’est le fameux "effet rebond".
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Un facteur héréditaire
Face à l’obésité, nous ne sommes pas tous égaux, car certaines personnes sont plus prédisposées à prendre du poids. C’est ce que révèle l’étude menée par le Pr Claude Bouchard, au début des années 1990. Il a soumis 12 paires de vrais jumeaux à une suralimentation pendant trois mois. Les participants devaient consommer 1000 calories de plus par jour que leur régime alimentaire habituel. Résultat : certaines paires ont pris seulement 4 kg, et d’autres 13 kg.
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La culpabilisation des malades
« Pendant vingt ans, les médecins ne m’ont jamais dit que j’étais malade mais que c’était ma faute, que je mangeais trop et que je ne bougeais pas assez, raconte Quentin. Si on pouvait se libérer de notre poids, on le ferait ! ». Une stigmatisation qui l’a longtemps privé de soins. « Travailler dans le milieu médical ne vaccine pas contre la grossophobie, déplore le Pr François Pattou, les personnes souffrant d’obésité doivent être accueillies avec encore plus d’attention. »
Un espoir coûteux
Depuis 2022, de nouveaux médicaments injectables sont arrivés sur le marché Français et promettent des pertes de poids spectaculaires. Ils imitent une hormone intestinale, le GLP-1 qui diminue l’appétit. Coût : environ 300 euros par mois, non remboursés par la sécurité sociale. « Les personnes atteintes d’obésité nécessitent les mêmes soins que celles souffrant de diabète, explique le Dr Antoine Epin, mais elles ne sont pas remboursées, car l’obésité n’est toujours pas officiellement reconnue comme maladie chronique. » La reconnaître comme telle, c’est changer de regard et sortir du jugement moral. Parce qu’on ne choisit pas d’être gros. Mais on peut choisir d’accompagner, de comprendre et de traiter.
Enquête de santé : On ne choisi pas d’être gros, mardi 17 mars à 21h05 sur France 5