A-t-il été facile de recueillir les confidences de ces championnes ?
Laurie Delhostal : Il a fallu longuement parler avec elles avant qu’elles se sentent en sécurité pour se confier. Le fait que je connaisse bien le football, que je travaille beaucoup sur le sport féminin (elle a réalisé le doc Laure, Laure, Laure ! sur Manaudou, diffusé sur MyCanal, ndlr), et que je le mette en valeur, a aussi joué.
"La vraie force de ce documentaire, c’est de montrer comment ces filles sont devenues championnes"
Que retenez-vous, principalement, de leurs prises de parole ?
Qu’elles ont beaucoup galéré pour en arriver là. Même si, volontairement, on a choisi des profils différents, toutes ont cela en commun. Le témoignage de Pauline Peyraud-Magnin (gardienne de but à la Juventus de Turin) est particulièrement touchant, quand elle me dit avoir vécu une époque où elle ne mangeait qu’une fois par jour, tellement elle n’avait pas les moyens. C’est une chose qu’elle n’avait encore jamais racontée à personne. La vraie force de ce documentaire, c’est de montrer comment ces filles, dont le grand public ne connaît quasiment rien, sont devenues championnes.
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"Elles subissent des critiques, parfois très dures"
Pas mal d’entre elles évoquent les moqueries, le sexisme, dont elles ont été victimes quand elles ont commencé le football…
À propos de moqueries, on a retrouvé des images d’archives sidérantes. Comme celle de cet homme qui explique avoir organisé un match de foot dans une kermesse pour faire rigoler les gens. On aurait voulu écrire une parodie que ça n’aurait pas pu être pire que ça ! Aujourd’hui encore, elles subissent des critiques, parfois très dures, sur leur niveau de jeu, alors qu’elles font partie des meilleures équipes du monde et qu’elles s’investissent à 100 % dans leur sport, comme des garçons. Heureusement, elles sont fortes et prennent désormais cela avec détachement.
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Vous retrouvez-vous un peu en elles, vous qui avez coprésidé le collectif des Femmes journalistes de sport (FJS), de 2021 à 2024 ?
Bien sûr, sinon il n’y aurait plus à se battre pour changer les mentalités, même si l’on ne peut pas nier qu’avec le lancement de cette association et le documentaire de Marie Portolano ( Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, sur MyCanal), le regard a un peu changé, ces trois ou quatre dernières années. Moi-même, je suis devenue vice-présidente de l’Union des journalistes sportifs de France (UJSF), représentant ainsi l’ensemble de la profession.
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En 2023, vous annonciez être en rémission d’un cancer du sein. Côtoyer des sportifs de haut niveau, des personnes au mental hors du commun, vous a-t-il aidée à surmonter cette épreuve ?
Non, j’ai plutôt été portée par l’amour que je voue à mon métier. Ma passion m’a donné l’énergie nécessaire pour continuer de travailler pendant mes traitements.
Vous auriez pu faire vôtre cette phrase de Selma Bacha, défenseure de l’OL, interviewée dans le documentaire : « Un genou à terre, jamais les deux ! »
(Rires) J’adore Selma Bacha, elle a plein de punchlines comme celle-là.
Devenir Bleues, vendredi 21 février à 23h05 sur France 3