Anne Frank, journal d’une adolescente (France 2) – “Elle incarne cette adolescence universelle”,  Alexandre Moix revient sur la genèse de son projet

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 14:45
©Anne Frank Fonds - Basel
Ce mardi 4 mars, France 2 diffuse à 21h10 le documentaire d'Alexandre Moix baptisé "Anne Frank, journal d’une adolescente". C'est à cette occasion que Télé 7 jours s'est entretenu avec le réalisateur afin d'échanger autour de ce projet nécessaire. 

Pourriez-vous vous présenter brièvement et nous parler des sujets sur lesquels vous avez travaillé auparavant ?

Alexandre Moix : Je suis quelqu’un qui travaille beaucoup sur l’émotion. J’ai réalisé plusieurs documentaires sur des personnalités marquantes comme Truffaut, Jean Renoir, Jeanne d’Arc, ainsi que sur les Russes blancs à Paris, ces exilés de 1917. J’ai également consacré un film à Patrick Dewaere, un acteur que j’adore, avec sa fille Lola Dewaere, présenté au Festival de Cannes. Ce que j’aime avant tout, c’est gratter sous la surface des personnages et explorer leur dimension psychologique et émotionnelle.

Comment est né le projet sur Anne Frank ? Est-ce une commande de France Télévisions à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition ou était-ce une initiative personnelle ?

C’est un projet que j’ai porté moi-même. Après le succès de mon film sur Patrick Dewaere sur France Télévisions, ils m’ont demandé si j’avais d’autres projets. J’ai tout de suite pensé à Anne Frank, qui fait partie de mes panthéons de jeunesse. J’ai lu son journal pour la première fois à 13 ans, c’était mon premier livre entier. Il m’a initié à la littérature et, depuis, j’ai beaucoup lu. En le relisant, il y a deux ans, je me suis dit qu’avec les 80 ans de sa disparition, c’était le moment de proposer un projet innovant sur elle.

C’est donc la première fois que vous travaillez sur Anne Frank ?

Oui, absolument. C’était un projet rêvé depuis longtemps, mais que je n’avais pas encore concrétisé.

Un film qui parle aux jeunes générations

Son histoire a été maintes fois racontée, comment avez-vous cherché à vous distinguer des autres adaptations ?

Mon objectif était de faire un film qui parle aux jeunes. Je ne voulais pas d’un documentaire classique avec des interventions d’historiens. Je voulais être en immersion totale dans la tête d’Anne Frank, la laisser s’exprimer à travers son journal. J’ai appelé le documentaire "Journal d’une adolescente", car elle incarne cette adolescence universelle, intemporelle. Je voulais que ce soit accessible aux jeunes, qu’ils puissent s’identifier à elle.

Vous avez créé un dialogue entre Anne Frank et des adolescentes contemporaines. Comment cette idée vous est-elle venue ?

En relisant son journal, je me suis demandé comment faire en sorte qu’il parle aux jeunes d’aujourd’hui. Anne Frank écrivait à Kitty, son amie imaginaire, mais Kitty, c’est nous tous, ses lecteurs. J’ai donc choisi cinq adolescentes représentant différentes facettes d’Anne Frank, comme si elles étaient ses projections dans le présent. Elles illustrent ce qu’Anne Frank aurait aimé : vivre en liberté.

Certains passages du journal abordent des thèmes comme la sexualité et le féminisme. Comment avez-vous sélectionné les angles à traiter dans votre documentaire ?

J’ai voulu tisser un récit qui montre l’évolution de sa personnalité. Dans la nouvelle édition de son journal, des passages que son père avait supprimés ont été réintégrés, notamment sur le passage à l’âge adulte. Anne Frank était très en avance sur son temps, très moderne dans sa manière d’aborder le féminisme, la place de la femme, et c’était essentiel de mettre cela en avant.

Y a-t-il eu des défis particuliers dans la réalisation de ce film ?

Oui, notamment sur la fin… Je ne voulais pas montrer les camps de concentration ou la mort d’Anne Frank. Je voulais que l’histoire s’arrête à son arrestation et que son père prenne le relais, montrant qu’elle a finalement réussi son rêve de devenir écrivain. Son journal est une victoire contre sa disparition.

L’accès à des archives inédites 

Avez-vous eu accès à des documents inédits pour ce projet ?

Le Fonds Anne Frank en Suisse m’a accordé les droits exclusifs de son journal et l’accès à plus de 500 photos rarement exploitées. Nous avons également utilisé des archives inédites de l’occupation nazie à Amsterdam. De plus, nous avons tourné dans la vraie annexe où elle était cachée.

Comment espérez-vous que ce documentaire contribue à la mémoire d’Anne Frank ?

J’espère que ce film servira de rappel sur l’histoire, mais aussi de message d’espoir. Anne Frank représente une victoire contre l’oubli. Le documentaire sera projeté dans des écoles, afin d’encourager les jeunes à découvrir son journal et à comprendre son histoire.

Envisagez-vous un autre projet sur Anne Frank ou la Shoah ?

Non, ce film résume ce que je voulais exprimer. Mais j’espère qu’il inspirera d’autres projets de transmission. L’objectif est que l’histoire d’Anne Frank continue à être racontée aux générations futures.

Anne Frank, journal d’une adolescente, d’Alexandre Moix, mardi 4 mars à 21h10 sur France 2, suivi à 22h45 de Quand tu écouteras cette chanson, un documentaire de Mona Achache

Par
Kahina Boudjidj