“ALIEN”, UN SUCCÈS MONSTRUEUX
“Dans l’espace, personne ne vous entend crier…" C’était le slogan, intrigant, effrayant et bien trouvé, qui annonçait la sortie d’un (petit) film qui allait devenir culte, Alien, le huitième passager, de Ridley Scott. Comme le rappelle avec précision ce documentaire d’Anne Cutaia et Sophie Peyrard, l’arrivée le 25 mai 1979 de ce long-métrage, mêlant science-fiction et horreur, avec des inconnus à l’affiche, n’avait pas grand-chose à voir avec le hasard.
Quelques années plus tôt, le succès de films de genre, comme Massacre à la tronçonneuse (1974), Les Dents de la mer (1975) et Star Wars (1977), avait mis Hollywood sens dessus dessous. Après tout, si, d’un côté, l’horreur, et de l’autre, la science-fiction fonctionnaient auprès des spectateurs dans les salles obscures, pourquoi ne pas mélanger les deux ? Le cinéma est une machine à rêves (ou à cauchemars), mais d’abord une industrie. Le scénariste Dan O’Bannon rédige un premier script, long de 29 pages, baptisé Memory et contenant les premières scènes de ce qui allait devenir Alien, le huitième passager. Une équipe d’astronautes se réveille dans l’espace, son périple ayant été interrompu par un message en provenance d’un planétoïde mystérieux. Il n’est pas encore question d’une créature.
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LE MONSTRE DE GIGER
Dan accepte ensuite d’aller travailler à Paris pendant six mois sur un projet d’adaptation au cinéma du roman de science-fiction Dune, avec le cinéaste d’avant-garde Alejandro Jodorowsky. Cela n’aboutira pas, mais Dan fait la connaissance d’un artiste suisse, Hans Ruedi Giger, dont les oeuvres étranges et torturées font partie des visuels intéressant le cinéaste. "Ses peintures ont eu un profond impact sur moi, explique O’Bannon. Je n’avais rien vu d’aussi horrible et, en même temps, d’aussi beau. J’ai fini par reprendre mon script en y intégrant le monstre de Giger."
De retour à Los Angeles, Dan retravaille son scénario. Le triomphe de Star Wars a donné des idées à la 20th Century Fox. « Le seul truc qu’ils avaient sous le coude avec un vaisseau spatial, c’était Alien », raconte le scénariste. Le feu vert est donné avec un budget initial de 4,2 millions de dollars. Plusieurs réalisateurs sont envisagés, dont Steven Spielberg. C’est le Britannique Ridley Scott, venu de la publicité et remarqué pour Les Duellistes (1977), un film en costumes d’époque, se passant en France pendant les guerres napoléoniennes, qui décroche le job.
Le documentaire rappelle que dans le scénario original, les rôles de l’équipage du Nostromo n’étaient pas genrés. Pour jouer Ripley, Scott décide de faire confiance à une inconnue, Sigourney Weaver, dont le seul titre de gloire au cinéma consistait en une panouille de quelques secondes, en silhouette, dans Annie Hall, de Woody Allen. Bingo ! L’actrice deviendra, grâce au succès mondial d’Alien (187 millions de dollars au box-office, pour un budget de 11 millions), l’héroïne symbole – avec le monstre – de la franchise. Neuf films au compteur, dont le dernier, Alien : Romulus, est sorti en 2024. Aux dernières nouvelles, Ridley Scott a confirmé qu’il travaillait sur un nouveau projet Alien. Avec ou sans Sigourney ?
Alien : terreur sur grand écran, vendredi é8 février à 22h30 sur Arte