Après la grève des scénaristes et des acteurs à Hollywood, le mouvement serait-il en train d’inspirer la France ? En effet, depuis plusieurs semaines déjà, les opérations se multiplient. Ingénieur·es son, cadreurs et cadreuses, chefs opérateurs et cheffes opératrices, régisseurs et régisseuses, ou encore monteurs et monteuses ont voté la grève, pour quelques heures voire quelques jours, mettant à l’arrêt les tournages de séries comme Marie-Antoinette saison 2 (Canal+), H.P.I (TF1), le très attendu Cat’s Eyes (TF1) ou encore la nouvelle fiction de Dominique Besnehard, Ça c’est Paris !. A nos confrères du Parisien, Emmanuel Elie, le directeur de production, confiait le 23 novembre dernier, "j’aurais dû être à dix jours de tournage vendredi, j’en suis à sept, on passe notre temps à recaser les séquences. On devait faire une trêve à Noël, on va la raccourcir". 27 techniciens au plateau en grève pendant deux jours et c’est tout le planning qui est bouleversé. Certaines émissions d’information ou de divertissement comme Pékin Express, Koh-Lanta, Top Chef, Vendredi tout est permis, Maison à vendre ou encore Sept à Huit ont, elles-aussi, été impactées par le mouvement. Il y a quelques jours, ce sont même les équipes de Star Academy qui ont bien failli se mettre en en grève. "Au dernier moment ça ne s’est pas fait, mais si ça continue, il va y avoir un carton suite à un mouvement social nous ne sommes pas en mesure de diffuser ce programme à l’antenne, comme sur France 3 dans les années 80 !" confie anonymement un technicien. Car la gronde devrait se durcir avec un "janvier noir" historique qui s’annonce et fait déjà trembler les chaines de télé.
Janvier noir
Chaque technicien de l’audiovisuel est en effet appelé à se mettre en indisponibilité pour que producteurs et chaines se voient contraints de négocier, faute de professionnels pour fabriquer les programmes. "Le but de janvier noir étant que rien ne se tourne, rien de se monte" confie Damien Labbé, président de président de l’association UNDIA (Union Nationale de Défense des Intermittents de l’Audiovisuel). Et pour cause, les revendications de ceux et celles qui font la télévision française sont légitimes. Ils demandent une compensation de la perte de leur pouvoir d’achat face à l’inflation (20% depuis 2007), que l’augmentation soit la même pour tous aujourd’hui et à l’avenir(donc pas de "découplage" fiction / documentaire / flux comme suggéré par les syndicats de producteurs) et enfin le respect de la convention collective et du droit du travail et notamment le paiement des heures supplémentaires. "Si cela dure plus longtemps, on pourrait arriver à des retards de livraison ou à ce que certaines émissions ne soient pas à l’antenne. Et le mouvement peut continuer ! Mais les JO arrivent et il va falloir des techniciens intermittents pour les filmer pour le monde entier ! Il vaudrait mieux que le conflit soit réglé d’ici là…" prévient Damien Labbé.
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Tout le monde se renvoie la balle
Les producteurs, eux, accusent les chaines d’avoir baissé drastiquement les budgets des fictions et des émissions. "Les chaînes de télévision ont tendance aujourd’hui à mettre moins d’argent dans les projets, dénonce Thomas Anargyros. Pendant longtemps les producteurs, dont Mediawan, encaissaient ces décisions sans toucher à la qualité des programmes mais il y a un moment donné où on ne peut plus travailler comme ça. Le risque entre cette baisse des investissements par projet et l’inflation très forte, c’est qu’on se retrouve progressivement à être obligé de baisser la valeur de production". "C’est le boulot du syndicat des producteurs d’imposer aux chaines des grilles d’achats de programme cohérentes. Ils ont une énorme force de frappe et un énorme pouvoir d’influence" contre-attaque Damien Labbé. Reste que certaines sociétés de production, très réputées, auraient préféré "blacklister" certains techniciens plutôt que d’entendre leurs revendications…