“Des âmes de si peu de scrupule” : Guillaume Meurice licencié, il adresse un message sans filtre à France Inter

Publié le 12 juin 2024 à 10:46
Moritz Thibaud/ABACA
Après l'annonce de son licenciement par France Inter, Guillaume Meurice a décidé d'écrire une lettre à son ex-employeur. L'humoriste n'y est pas allé avec le dos de la cuillère et les réactions à son long texte sont déjà (très) nombreuses. 

Après plus d’un mois de suspension d’antenne de France Inter, Guillaume Meurice a appris mardi 11 juin son licenciement. C’est le chroniqueur lui-même qui a annoncé la nouvelle à l’AFP en précisant que son employeur avait choisi l’option de la "rupture anticipée" de son contrat "pour faute grave". La raison évoquée par France Inter ? Une "déloyauté répétée" après qu’il a répété une deuxième fois sa blague, qui a suscité une vive polémique, sur Benyamin Netanyahu, accusé de crimes de guerre, voire de génocide à Gaza. Cette annonce a fait l’effet d’une bombe et Guillaume Meurice a d’ailleurs repris la parole sur le sujet ce mercredi 12 juin sur X, ancien Twitter. L’humoriste a posté une longue lettre destinée à sa "Chère France Inter" et dans laquelle il ne mâche pas ses mots. 

"Aujourd’hui, j’ai le cœur gros"

Il a d’abord rendu hommage à cette radio avec laquelle il a grandi et dont ses parents étaient "passionnés". "Et puis, j’ai découvert tes humoristes, dont je ne ratais aucune intervention. Je les enregistrais sur des cassettes, les écoutais en boucle. C’est toi qui m’as appris la satire, la liberté de ton, l’irrévérence", a-t-il assuré. Puis de revenir sur ses débuts à l’antenne : "Enfin, on s’est rencontré, il y a une douzaine d’années. Je rejoignais alors la bande d’On va tous y passer, une nouvelle émission sur tes ondes, présentée par Frédéric Lopez. Je découvrais tes micros rouges, tes couloirs interminables, tes studios mythiques… Résonnent encore dans ma mémoire mes premières chroniques, les premiers rires déclenchés autour de la table, dans le public, et, je l’espérais, derrière les petits postes posés sur les frigos, les tables, dans les coins de salons".

Il n’a ensuite pas manqué de rendre hommage également à "Charline, Alex, Juliette, Aymeric, Ramzi, et toute une joyeuse troupe" avec lesquels il a vécu "les plus belles pages de [leur] aventure commune" pendant "Dix ans d’une émission qui a changé de nom autant qu’elle a changé [sa] vie". "Dans un espace médiatique rare où l’on pouvait tourner en dérision ceux qui oppressent, tuent, pillent et détruisent chaque jour au nom du pouvoir et au gré de leurs ambitions personnelles. Une petite heure par jour. C’était bien peu. C’était visiblement trop", a regretté le comparse de Charline Vanhoenacker.

Et d’avouer : "Aujourd’hui, j’ai le cœur gros. Pas à cause de notre séparation forcée, ni de la manière dont notre histoire se termine. Si je suis si triste, c’est de te laisser ainsi, dirigée par des âmes de si peu de scrupules. De celles qui ont comme boussole leur soif d’obéir, et un tableur Excel à la place du cerveau. De celles qui s’imaginent que tu leur appartiens mais qui t’oublieront sitôt leur mandat terminé pour gérer une autre boîte, benchmarker une start-up ou un ministre".

"Ainsi sont les personnes de pouvoir quand on ne se soumet pas"

"S’il y a toutefois une vertu à la fin de notre aventure, c’est d’exposer au grand jour leur brutalité. Derrière leur pseudo bienveillance, leurs grands sourires, leurs coups de com’, il y a les coups de mentons, les coups de matraques. Il y a ce pouvoir qui ne permet à rien de lui résister, qui écrase tout", a-t-il enchaîné sans passer par quatre chemins. Cash, il a écrit : "L’Etat de droit comme prétexte à la conservation de leurs privilèges. La Loi uniquement quand ça les arrange. Dans mon cas, comme dans bien d’autres, le code du travail remplace le Moltonel. Ainsi sont les personnes de pouvoir quand on ne se soumet pas, quand on refuse d’obéir à leurs injonctions absurdes. Des enfants capricieux avec des grenades offensives".

Guillaume Meurice ne s’est pas arrêté là puisqu’il a alors proposé une analyse de sa situation qui est en réalité "globale" selon lui. "Bientôt elles diront que tout est ma faute, que je me suis entêté. Faire passer les victimes pour des coupables, les rendre responsables des injustices qu’elles subissent, la stratégie est toujours la même, envers moi comme envers d’autres (coucou Nicole Ferroni, Pierre-Emmanuel Barré, Florence Mendez…etc)", a-t-on pu lire sur X.

Et de renchérir en lançant un clin d’oeil au résultat des récentes élections européennes : "Les ‘libéraux’ sont en train de livrer le pays clés en main à l’extrême-droite, lui offrant, ce jour, une énième victoire idéologique. Décrédibilisant définitivement toute idée d’indépendance d’esprit. Dorénavant, chaque humoriste prétendant qu’il est libre sur ton antenne fera rire à coup sûr. Non pas que l’on ne puisse plus rien dire, mais certaines blagues auront des airs de choix de carrière". L’ex-chroniqueur ra finalement conclu grave : "Sans changement de cap, le rouleau compresseur continuera sa course folle. (…) Leur rêve : te vendre au plus offrant. Leur aphrodisiaque : le fric. Leur projet de société : un champ de ruines. C’est peut-être dans ces moments-là que l’humour est le plus nécessaire".

Par
Kahina Boudjidj