Arrêt de C8 et NRJ12 par l’Arcom : y’a-t-il eu d’autres cas dans l’histoire en France ?

Publié le 21 février 2025 à 12:46
C8/Benjamin Decoin
C8 et NRJ12, qui fermeront leurs portes dans quelques jours après la décision de l’Arcom de les retirer de la TNT gratuite, ne sont pas les premières chaînes à disparaître du paysage audiovisuel français. Explications.

L’été 2024 restera dans les annales du PAF français. Il faut dire que la saison estivale, d’habitude plus calme pour le petit écran, a été marquée par l’annonce d’une décision bouleversant la TNT gratuite.

Les raisons de l’éviction de NRJ12 et C8 de la TNT gratuite 

Après une série de consultations pour renouveler les autorisations d’usage des fréquences de la TNT gratuite, l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numériqu) a décidé de rejeter les candidatures de C8 et NRJ12, préférant sélectionner deux nouvelles chaînes : OFTV présentée par Ouest France et ReelsTV, devenue depuis T18, imaginée par CMI France (propriétaire de Télé 7 Jours). Si la candidature de NRJ12 a été écartée à cause de sa "viabilité financière", comme le rappelle Le Club des juristes, C8 a, elle, aussi été pointée du doigt par l’Arcom pour sa rentabilité. Mais pas seulement… La chaîne a été éjectée de la TNT gratuite car elle ne respectait pas ses obligations prévues dans son cahier des charges (diversité des programmes, limitations des rediffusions…). Les nombreuses sanctions prises contre la chaîne (52 en 12 ans pour C8 et CNews), notamment pour les dérapages de Cyril Hanouna et Touche pas à mon poste, ont aussi pesé dans la balance.

Ces chaînes qui ont déjà quitté la TNT

NRJ12 et C8, qui fermeront leurs portes à fin février, ne sont pas les premières à disparaitre. Avant même la création de l’Arcom en 2022, en remplacement du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), deux chaînes avaient déjà fait leurs adieux à la TNT : Canal J et AB1. Mais contrairement à NRJ12 et C8, leurs propriétaires respectifs ont, eux, décidé de les maintenir en vie et de les basculer dans les programmes disponibles via le câble ou encore le satellite. Appartenant à l’époque à Lagardère Active, Canal J a décroché sa fréquence sur la TNT payante en mai 2003 avant de l’abandonner 6 ans plus tard pour des raisons financières, la chaîne devant verser entre 4 et 5 millions d’euros par an pour être retransmise. "Cette facture est devenue insupportable pour Canal J. A l’en croire, la chaîne parvient "tout juste à l’équilibre". Son chiffre d’affaires annuel se situe entre 15 millions et 20 millions d’euros. La chaîne, explique encore Emmanuelle Guilbart (alors présidente du pôle jeunesse de Lagardère Active) "ne peut se permettre de dépenser 5 à 6 millions d’euros par an sans perspective", peut-on lire dans un article du Monde publié en mai 2009. Ces mêmes raisons financières ont été mises en avant par AB1 fin 2008 en renonçant à son autorisation d’émettre sur la TNT payante. "La diffusion d’AB1 sur la TNT coûte près de 4 millions d’euros par an à AB Groupe. A terme, quand la TNT couvrira la quasi-totalité du territoire français, la facture sera plus élevée : 5 millions à 6 millions d’euros annuels", précisait Le Monde cette année-là en soulignant que le faible nombre d’abonnements ne permettait pas de compenser ce coût.

Le cas France Ô

Diffusée à partir de 2010 sur la TNT, la chaîne consacrée à l’Outre-mer France Ô (France Télévisions) a, elle, quitté la TNT en 2020. Sa suppression était ainsi prévue dans la loi de la réforme de l’Audiovisuel de 2018. "On était arrivé à une sorte de confinement de l’outre-mer dans le service public audiovisuel et l’outre-mer doit participer à l’ensemble de l’audiovisuel", affirmait en 2020 Roselyne Bachelot, alors ministre de la Culture, en évoquant ce clap de fin motivé par les faibles audiences de la chaîne et la nécessité, pour France Télévisions, de réaliser des économies exigées par le gouvernement.

Les fins difficiles de TV6 et La Cinq

Avant même l’émergence de la TNT, les téléspectateurs français avaient déjà fait face à deux suppressions marquantes de chaînes. Lancée en mars 1986, la chaîne musicale TV6 a été contrainte de fermer un an plus tard avant d’être remplacée, sur le canal 6, par M6. Première chaîne de l’histoire du PAF à avoir subi un tel sort, TV6 a fait les frais d’une décision politique, comme l’a rappelé il y a quelques mois Le Parisien/Aujourd’hui en France. "TV6 n’a pas un mois que les Français sont appelés aux urnes pour les élections législatives. Un vote qui se solde par l’échec du gouvernement de Laurent Fabius et la victoire de l’opposition portée par Jacques Chirac. Aussitôt aux manettes, le nouveau Premier ministre s’attelle au dossier TV6 qu’il confie à son ministre de la Communication, François Léotard. Objectif : enterrer TV6, officiellement car toutes les procédures juridiques n’ont pas été respectées lors de l’attribution de sa fréquence, officieusement pour confier la fréquence à des proches du nouveau gouvernement, assurent certaines sources", ont écrit nos confrères.

Diffusée de son côté entre février 1986 et avril 1992, La Cinq, appartenant à Silvio Berlusconi, a perdu son autorisation de diffusion sur le petit écran après avoir fait faillite. Un coup dur pour la chaîne qui a marqué l’histoire du petit écran. "A l’époque, l’arrivée de cette cinquième chaîne était un événement, car c’était la première chaîne gratuite à faire son apparition depuis l’ORTF (Canal + était arrivée en 1984, mais c’était une chaîne payante), et la première chaîne commerciale, avant M6 en 1987", soulignait France Inter en avril 2022.

Par
Clara Kolodny