« Cette course est un mélange de passion et de tradition » : Gérard Holtz partage son amour pour les 24h du Mans

Publié le 6 juin 2023 à 16:12
Pariente Jean-Philippe/ABACA
Présent dans le documentaire "24h du Mans, entrez dans la légende" (la chaîne L'Equipe) et également co-auteur du livre "24 Heures du Mans : 100 Ans de Légendes" sur la mythique compétition, Gérard Holtz s'est confié sur son amour pour ce rendez-vous incontournable du sport automobile.

L’édition 2023 des 24h du Mans aura une saveur particulière. Cette année, la mythique course automobile créée le 1923 souffle ses 100èmes bougies. Pour l’occasion, la chaîne L’Equipe propose ce mercredi 7 juillet à 21h05 le documentaire inédit " 24h du Mans, entrez dans la légende". Pendant une heure et demie, le film retrace les moments les marquants de cet évènement incontournable du sport automobile, qui fait rêver dans le monde entier. Différentes personnalités prennent la parole dans ce documentaire passionnant, à l’image des anciens pilotes Jacky Ickx, Henri Pescarolo mais nous aussi Jean Todd ou encore Gérard Holtz. Le journaliste sportif, tombé amoureux de l’évènement au cours de sa carrière, a récemment co-écrit avec son fils Julien le livre "24 Heures du Mans : 100 Ans de Légendes" (aux éditons Grund). À quelques jours du départ de la course (le samedi 10 juin), Gérard Holtz s’est confié auprès de Télé 7 Jours sur son histoire et sa passion pour l’évènement.

Que représente pour vous les 24h du Mans ?

À titre personnel, c’est un rêve. En étant journaliste, j’ai pu tester pas mal de choses. J’ai eu l’occasion d’échanger quelques balles de tennis avec Bjorn Borg, Ilie Năstase ou Mats Wilander. J’ai également pu jouer au foot avec Nantes ou encore au rugby avec Biarritz. Mais il n’y a qu’un sport que j’aurais voulu faire au plus niveau : être pilote. J’aurais aimé faire les 24h du Mans en tant que tel.

Vous êtes un féru de sport en général, comment est venue cette passion pour le pilotage ?

En fait, je suis venu aux sports mécaniques assez tard. J’ai toujours été passionné de vélo et de deux roues. Mais un jour mes fils m’ont un jour emmené faire du karting. J’ai découvert quelque chose d’extraordinaire : le pilotage. Je devais avoir 50 ans. Ils m’ont battu et je ne supporte pas de perdre ! J’ai pris des cours, et au fil des années, j’ai gagné quelques courses. On m’a invité sur des courses de voitures, et j’ai pu faire deux grandes courses sur le circuit du Mans. Depuis ce moment, faire les 24 Heures est le rêve absolu. Malheureusement aujourd’hui je suis trop vieux, c’est trop compliqué, d’autant qu’il fait faire des courses tout au long de l’année.

Comment expliquer la ferveur et la passion provoquées par les 24h du Mans ?

Ça fait partie des trois plus grandes courses du monde, avec Indianapolis et Monaco. Mais c’est presque plus que ça finalement : ça va au-delà du sport, il s’agit d’un véritable évènement. Il s’agit d’une immense fête. Tous les ans depuis 100 ans, il se passe quelque chose. Tout ce que l’on a pu vivre au cours de ces dernières années, c’est extraordinaire. Les 24 Heures, c’est le mélange d’une immense compétition et d’une grande fête populaire. Cette année, pratiquement 300 000 billets ont été vendus tout de suite, c’est énorme !

Quel moment vous a particulièrement marqué dans l’histoire du Mans ?

Spontanément, je dirais le départ en épis avec Jacky Ickx qui marche en 1969. C’est une image légendaire. Les pilotes avaient des casques à peine bons pour faire du vélo et partaient en courant vers les voitures. Certains ne s’attachaient même pas au premier tour. Et là Jacky Ickx, qui est un mec extraordinaire, un véritable gentleman, décide de dire :  "stop, il faut qu’on s’attache, il y a eu un grave accident l’année dernière". Il marche, s’attache, part dernier et gagne finalement la course. Tout est résumé là-dedans. C’est exceptionnel. Ensuite, j’ai également été très marqué par l’accident d’Allan McNish en 2011. Plusieurs voitures se sont heurtées au virage de la Chapelle et son Audi est partie en l’air. À 50 cm près, la voiture retombe du bon côté du rail. S’il passe de l’autre côté, il peut y avoir 30 victimes. 

Lorsque vous commentiez l’évènement en direct, comment gériez-vous à l’antenne ces moments de tension provoqués par les accidents parfois très spectaculaires ?

La première des choses, c’est de penser au pilote. Peut-être parce que j’ai moi-même été derrière le volant… Comment va le pilote ? Est-ce que les secours vont se précipiter ? On pense aux familles… Les 24h du Mans, c’est aussi l’histoire du risque. Quand on est pilote, on ne pense jamais à l’accident, sinon on ralentit. Un jour, je partais faire une course à Dijon. Ma femme Murielle m’a dit : "Fais attention quand même, ne va pas trop vite" (rires).

En 2017, vous aviez pu participer à la parade. Quel souvenir gardez-vous de ce moment ?

C’est extraordinaire. Voir les gens qui applaudissent les pilotes et les techniciens, c’est une ferveur incroyable. Pour les 24h du Mans, il y a quand même des Anglais qui viennent assister à la course en Bentley ou en Rolls Royce et qui font le barbecue à côté de leur voiture de luxe. J’adore cette ambiance.

Quelle est votre voiture de rêve dans l’histoire des 24h du Mans ?

Je vais avoir du mal à répondre (rires) ! Je dirais déjà la Matra, qui n’était pas forcément très belle mais mes deux amis Gérard Larousse et Henri Pescarolo ont gagné deux fois avec. Des victoires françaises, il n’y en a pas eu des milliards récemment. Mais définitivement, je dirais la Jaguar C en 1950 et 1953. J’adore.

Les 24h du Mans permettent également aux constructeurs de tester les technologies de demain…

C’est un véritable laboratoire. Par exemple, les freins à disque ont été inventés au Mans sur la Jaguar C. Les leds, la récupération de l’énergie électrique, l’hybride… Même la ligne blanche, mettre de la peinture sur la route, ça vient du Mans ! L’année prochaine, il y aura de l’hydrogène. C’est aussi pour ça qu’il y a finalement très peu de critiques vis à vis des 24h du Mans. Il y a un véritable challenge de ce côté là. Il est normal de réfléchir sur la pollution automobile, mais en même temps on ne peut pas tout supprimer au nom du progrès. Les 24h font partie du progrès.

Était-il essentiel de créer un évènement autour de la course automobile, afin d’attirer les nouvelles générations au Mans ?

Il est vrai que contrairement à des sports comme le vélo, qui ont du mal à être intergénérationnel, les 24h sont perçus différemment. Le soir il y a des concerts, comme Mika ou Bob Sinclar cette année. C’est bon pour toute la famille : il y a du spectacle sur la piste mais aussi du côté de la fête foraine. On partage l’engouement avec ses proches. Quand on arrive au Mans, on se prend une bouffée d’enthousiasme et de passion avec le bruit et les odeurs, entre l’huile, la forêt, les merguez… On est pris dans une atmosphère qui vous embarque. C’est un véritable coup de foudre que j’ai eu là-bas.

Le youtubeur Squeezie organise la seconde édition du GP Explorer au Mans, avec plus de 60 000 billets vendus en 30 minutes…

Il s’agit d’une très belle porte d’entrée vers les sports mécaniques pour la jeunesse. C’est également un signe d’évolution et de modernité, avec l’utilisation des réseaux sociaux et de l’impact des influenceurs. Pour peu qu’un jeune montre la voie et hop, on s’embarque. C’est une histoire de passion. D’un coup, il y a un engouement.

24h du Mans, entrez dans la légende, ce mercredi 7 juillet à partir de 21h05 sur la chaîne L’Equipe et dès maintenant pour les abonnés.

24 Heures du Mans : 100 Ans de Légendes, aux éditons Grund, de Gérard Holtz, Julien Holtzn, Basile Davoine et Bernard Denis

Aurélien Gaucher

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