Cette expérience dans Un si grand soleil a-t-elle changé la vision que vous aviez de votre métier et votre manière de travailler ?
Oui, ça a changé des choses étant donné qu’avant, je savais travailler mais comme un enfant scolaire qui sortait du conservatoire ou d’une école de théâtre. Je ne savais pas jouer sans me détacher d’un regard professoral. Je ne travaillais pas pour moi mais pour montrer que j’avais bien appris les leçons, que je savais timbrer, réciter du Molière ou du Corneille ou encore projeter ma voix. Mais le travail, ce n’est pas ça. Sur Un si grand soleil, j’ai appris que ça va très vite parce qu’on n’a pas le temps. Les metteurs en scène ne prennent pas tous le temps de nous diriger. Certains ont besoin de parler à l’acteur tandis que d’autres sont derrière leur caméra… Ce n’est pas qu’ils s’en foutent car si on est naze, ils nous font tout refaire. Mais ils ne s’approprient pas la direction d’acteurs comme une branche de leur travail.
Qu’est-ce que ça implique pour vous ?
Si nous, en tant que gamins entre 20 et 22 ans, on n’est pas capables de se mettre une rigueur et une exigence ou encore d’avoir un regard assez lucide sur nous-mêmes, on est cuits ! Certains réalisateurs sont beaucoup avec nous, d’autres nous calculent moins. Certains ne veulent pas se départir des propositions qu’ils ont dans la tête et on se soumet tandis que d’autres nous laissent très libres et prennent nos idées. La pluralité des réalisateurs, des réalisatrices et des manières de travailler oblige absolument à être aux aguets.
Qu’avez-vous appris d’autres ?
Qu’il vaut mieux être poli, courtois, souriant et à l’heure ! C’est con, mais ce sont les bases. Quand tu arrives à 22 ans, que tu gagnes un peu d’oseille et que tu fais trois selfies dans la rue, tu as l’impression d’avoir réussi et tu parles mal aux gens. Mais tu ne te rends pas compte que dans 10 ans, ils ne t’auront pas oublié à cause de ça.
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Avez-vous, vous-même, eu du mal à garder les pieds sur terre ?
Non car 90% des amis que je fréquente au quotidien ne font pas ce métier. Ils font partie de ma vie depuis l’école primaire. Et on ne va pas se mentir : je ne suis pas assez connu pour perdre pied. Ce serait triste qu’à mon stade, je perde pied. Ce serait con pour moi alors que des acteurs qui sont au cinéma arrivent à garder la tête froide. Il ne faut pas avoir le melon. Comme je l’ai dit à Toma de Matteis, le producteur d’Un si grand soleil, je pense que le feuilleton est plus fort que ses personnages. Celui qui pense le contraire parce qu’il a plus de "j’aime" et toutes ces conneries superficielles, il n’a rien compris. Le public aime la marque. On fera peut-être autre chose à côté et les fans de la série nous aimeront moins. S’ils nous apprécient autant, c’est parce que l’alchimie entre l’artistique, la musique, les images, la réalisation, les costumes et le casting marche. Nous contribuons modestement à une énorme machine. C’est comme pour un club de football. Les supporters ont leurs chouchous mais les joueurs vont et viennent. Si Kylian Mbappé part du PSG, je l’aimerais encore mais un peu moins (rires).
Quel est votre meilleur souvenir de la série ?
C’est être sur le plateau et prendre conscience que je suis en train de faire le métier que j’aime. On me paye pour ça et on me fait confiance. C’est quelque chose de très puissant. Ils ont développé mon personnage et m’ont fait confiance sur les couleurs de jeu. Ils m’ont confié des partenaires récurrents… Ils m’ont donné un rôle dans le commissariat où j’étais le plus jeune. J’ai commencé à 22 ans et ils m’ont tout de suite fait tourner avec des acteurs plus âgés. J’ai dû me mettre au niveau. Je ne dis pas que l’on est moins bon quand on est jeune – il y a d’excellents jeunes acteurs dans la série d’ailleurs. Mais on ressent une confiance en soi et une légitimité en jouant avec des acteurs qui ont 10 ou 15 ans de plus que soi et qui te racontent des anecdotes sur leurs tournages avec untel ou dans tel film. Ils font ce métier depuis tant d’années et ils connaissent le plateau. Toi tu n’as rien fait mais ils ont hyper confiance en toi… Bam, on y va et yalla !