On ne vous avait pas revu en figure de salaud depuis Le Village des endormis (diffusé le 21 mars 2023, sur France 3). Avez-vous une appétence pour ce genre de personnage ?
Stéphane Freiss : Si je réfléchis, ces dernières années, j’ai beaucoup joué les mecs un peu tordus, voire franchement pas clairs. J’avoue que ça me plaît. Ça me permet de me comporter différemment de ce que je suis dans la vie. Si je ne me sens aucune affinité avec ce PDG sans vergogne qu’est Martial Tackian, il y a quand même une jubilation à incarner des personnages cyniques et inhumains. Tout à coup, on se met dans la peau de tous ces gens que l’on n’aime pas. Et puis, c’est quand même le propre de notre métier.
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Qu’est-ce qui vous a intéressé, chez cet individu infâme ?
Explorer son inhumanité. En règle générale, on essaie de vivre en société avec l’autre, de le comprendre, voire de le soutenir. C’est, pour moi, le premier réflexe d’un humain sain de corps et d’esprit. Mais, hélas, ce monde avance avec des gens qui sont très semblables à ce Martial Tackian.
Aviez-vous un modèle en tête pour interpréter ce personnage ?
Non, pas spécialement, même si j’en ai beaucoup qui me viennent à l’esprit. J’ai fait confiance au metteur en scène, en l’occurrence Philippe Lefebvre, au texte, et je me suis naturellement projeté dans le personnage.
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Votre confrontation avec Vincent Elbaz, tout en condescendance et mépris, est magistrale. Était-ce votre première collaboration ?
On se connaît depuis longtemps, on s’apprécie, mais on n’avait jamais travaillé ensemble. On apprend dans cet épisode que mon personnage est à l’origine de la révocation de Vincent Verner (Vincent Elbaz), trois ans plus tôt, des rangs de la police. Fort de ce passif, il affiche, face à l’ancien flic, beaucoup d’assurance et de mépris. La grande difficulté a été de trouver la note juste entre la comédie que Vincent apporte avec son personnage farfelu et décalé, et moi, qui suis au premier degré du cynisme et de l’inhumanité.
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Si vous vous faites rare au cinéma, vous avez toutefois réalisé, en 2022, votre premier long-métrage, Tu choisiras la vie, salué par la critique. Est-ce un tournant dans votre carrière ?
Je tiens à préciser que mon absence sur grand écran n’est pas une décision personnelle. Quant à mon film, je suis plutôt fier de cette première réalisation. Cela a été une belle aventure collective, qui m’a permis d’avoir une autre approche du métier. Je compte d’ailleurs renouveler l’expérience avec la même équipe. Je suis en ce moment en phase d’écriture.
En attendant, vous triomphez au théâtre dans l’adaptation du film culte Le Cercle des poètes disparus. Six nominations aux Molières, dont celle de Meilleur comédien pour vous. Comment vivez-vous ce succès ?
La plus belle reconnaissance vient du public. Nous sommes tous les soirs complets, et, à chaque fois, nous recevons une standing ovation. Je suis entouré d’une troupe merveilleuse, bienveillante et bourrée de talent. Et c’est l’une des plus belles aventures de mon métier.
Tout le monde ment, mercredi 2 avril à 21.10 sur France 2