Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?
Stéphane Freiss : Philippe Dajoux, le réalisateur, est comme un frère pour moi. En trente-cinq ans d’amitié, c’est la première fois qu’il me dirige. C’était donc l’occasion de vivre une nouvelle aventure avec une personne qui m’est très chère. Sur le tournage, nous nous comprenions à demi-mot.
Ce n’est pas vous qui incarnez le héros. Avez-vous hésité avant d’accepter un rôle secondaire ?
Avant, j’allais vers des rôles prenant beaucoup d’espace, pour laisser une trace. Je n’aurais pas accepté cette fiction si ce maire n’avait pas été si anguleux. Certaines scènes me donnaient l’impression de pouvoir jouer Dr Jekyll et Mr Hyde, c’était fantastique ! Je préfère apparaître quinze minutes dans un film que je trouve très bien, plutôt qu’une heure et demie dans une réalisation où je ne suis pas sûr du résultat.
Vous êtes aussi au casting de Meurtres à Pont-Aven (diffusé samedi 18 mars sur France 3)…
Je n’avais pas joué depuis longtemps, car j’ai écrit et réalisé mon premier film, Tu choisiras la vie (sorti le 25 janvier). On se demande parfois si le métier ne va pas s’arrêter définitivement, et il y a ensuite des périodes, comme ça, où l’on me propose quatre films en six mois. Avec, à chaque fois, des personnages singuliers et attachants, mais dérangeants. Cette noirceur est présente en nous, mais il n’y a jamais d’occasions, dans la vie, de la faire remonter à la surface. À moins d’être très inquiétant et de faire peur à tout le monde ! (Rires)
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Tu choisiras la vie est un projet que vous avez mis des années à mettre sur pied. Comment se sent-on après une telle aventure ?
Heureux ! Il m’a fallu une dizaine d’années pour que le projet se monte, notamment parce qu’un producteur m’avait abandonné. Mais,après en avoir trouvé un nouveau, je crois avoir écrit tous les dialogues en douze jours, en travaillant jour et nuit. Les spectateurs ont aimé ce film qui les a renvoyés à leurs propres fissures. Bien sûr, le retour du public fait plaisir à l’ego du réalisateur. Mais il correspond aussi au sens que je voulais donner à cette aventure : en me demandant où je me situe dans mon héritage, je me rends compte que j’ai éveillé la même problématique chez d’autres.
Était-ce une évidence de le réaliser sans vous mettre en scène ?
J’avais imaginé le scénario pour la réalisation. Je ne voyais pas qui d’autre pouvait le faire, car tout était dans ma tête. J’avais envie de voir vivre cette histoire de l’extérieur, donc jouer ne m’a pas manqué. En réalisant, j’ai appris la solidarité du collectif. Un acteur est très gâté : on nous amène sur le plateau ou dans nos loges, on veille à ce que l’on soit prêt pour la scène suivante, etc. Là, l’urgence était que tout le monde parle la même langue pour que s’expriment les différents talents. J’ai appris à regarder, alors que j’ai toujours, en tant qu’acteur, été observé. Et ça fait un bien fou.
Le Village des endormis, mardi 21 mars à 21h10 sur France 3
INTERVIEW PAULINE HOHOADJI