Raphaël Lenglet (Après la nuit) : « J’avais désespérément envie de jouer autre chose »

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 14:41
© François LEFEBVRE/FTV/Elephant
INTERVIEW. Dans cette histoire centrée sur les victimes d’un violeur en série, l’acteur de Candice Renoir campe un personnage sombre, aux antipodes de ce qu’il est dans la vie.

"Romain est à des années-lumière de ce que je joue habituellement"

Romain est un homme pudique, renfermé. C’est ce qui vous a attiré dans ce personnage ? 

Raphaël Lenglet : J’ai aimé ce côté « cassé par la vie ». J’étais à un moment, sur le plan professionnel, où j’avais désespérément envie de jouer autre chose, d’aller vers un registre différent. Et tout à coup, c’est arrivé ! J’ai adoré travailler avec Indra Siera, le réalisateur. J’ai tout de suite vu son génie créatif et son intelligence, c’est ce qui m’a décidé. Étant donné qu’il n’y avait pas beaucoup d’éléments pour moi dans le texte, on a créé ensemble ce personnage. Romain est à des années-lumière de ce que je joue habituellement. Comme il est taiseux, c’est un jeu beaucoup plus physique et organique. On m’a rarement, voire jamais vu dans un registre aussi obscur. C’est pourquoi il était essentiel pour moi de l’aborder avec toute mon envie. 

Romain enquête sur un violeur en série, dont l’une des victimes est sa soeur, Stéphanie… 

En ce qui concerne Romain, l’enquête est finalement assez accessoire. Certes, il est en empathie avec sa soeur, mais il a surtout besoin du cadre du travail pour ne pas retomber dans l’alcool. Ce sont les seuls moments où il arrive, plus ou moins, à se maîtriser. Pour moi, c’était beaucoup plus intéressant que de jouer devant le tableau d’enquête, comme je le fais depuis vingt ans. Au final, ce n’est pas une série policière, mais une série sur la résilience et sur la gestion des traumas, qu’il s’agisse de Romain ou des victimes. Avec cette question essentielle : comment trouve-t-on la force de se relever après un événement traumatique ?

"On a très vite été rattrapés par la gravité du sujet"

Que retenez-vous de votre collaboration avec l’actrice Charlie Bruneau ? 

On se connaît très bien, elle et moi. D’habitude, on rit beaucoup ensemble. Là, même si, hors scène, on pouvait déconner un peu, on a très vite été rattrapés par la gravité du sujet et par l’investissement d’Indra. Parce que l’on voulait vraiment donner le meilleur de nous et que l’on a tout de suite compris à qui l’on avait à faire. Il n’y avait pas vraiment d’espace pour un fou rire, par exemple. On restait concentrés, et c’était un vrai bonheur de jouer avec elle. C’était fluide. 

Diriez-vous que ce tournage était chargé en émotions ? 

C’était un tournage compliqué, à plein d’égards. Notamment parce que ce sont six épisodes de 52 minutes, et je dirais que le climat n’était pas toujours apaisé. Je n’en révélerai pas plus… Mais au-delà de ça, il y avait évidemment la lourdeur du sujet, et ce souhait collectif de bien faire qui était très touchant. On a dû aussi composer avec un mouvement de grève qui est venu interrompre le tournage en cours de route. 

"Je suis un peu obsessionnel quand je reçois un scénario"

Il y a Raphaël Lenglet comédien, et Raphaël Lenglet réalisateur. Est-ce que l’un nourrit l’autre ? 

Vous êtes la première à donner ma réponse dans la question. C’est exactement cela. Et, en plus, j’ai commencé comme scénariste, donc j’ai une sorte d’approche à trois branches. Par conséquent, je suis un peu obsessionnel quand je reçois un scénario, c’est-à-dire que je vois tout de suite ce qui ne va pas. Maintenant que je suis passé de l’autre côté de la caméra, c’est encore pire. Je pense que je joue mieux parce que je réalise, et je sais que je peux diriger les comédiens parce que j’ai aussi mon étiquette d’acteur. 

Après la nuit, lundi 17 mars à 21h10 sur France 2

Par
Camille Sanson