« J’aime les prises de risque » : Yannick Choirat dans la peau du meurtrier de Agnès Le Roux (Tout pour Agnès, France 2)

Publié le 8 janvier 2024 à 9:11
©Philippe LEROUX - FTV - LA DAME DE COEUR - Effervescence
Dans Tout pour Agnès, diffusée ce soir sur France 2, il incarne avec brio Maurice Agnelet, avocat sournois condamné en 2014 pour le meurtre de Agnès Le Roux, mystérieusement disparue 37 ans plus tôt.

Vous êtes terrifiant dans ce rôle…

Yannick Choirat : C’est un compliment magnifique ! (Rires). C’était tout le travail… Même si nous avons quand même essayé de lui donner une part d’humanité qui se transforme au fil des épisodes. Au départ, c’est quelqu’un qu’on sent égocentrique, qui aime se faire reluire en société. Il se sert des gens autour de lui pour conserver sa liberté. Puis, il devient terrifiant…

C’est un homme rongé par l’ambition ?

Complètement. Je pense d’ailleurs que c’est tout le chemin que j’ai essayé de faire en travaillant le rôle. J’ai pu avoir accès à une belle matière en regardant des documentaires, en lisant des livres mais aussi des interviews qu’il avait données à son fils entre les deux procès. Je voyais le personnage, je l’appréhendais autrement. C’est un homme qui revient de loin : il avait des parents qui n’aimaient pas leurs enfants. Il n’était pas regardé, il devait se débrouiller tout seul. Petit à petit, on sent que cet homme qui s’est engagé dans beaucoup d’associations, qui militait à la Ligue des droits de l’homme, qui était dans un réseau franc-maçon, avait besoin d’être regardé pour accéder à un statut social qui n’était pas le sien. Donc oui, il y avait une ambition très forte chez lui, à un moment, contrariée par Renée Le Roux qui lui a dit : « Toi, tu restes à ta place ».

Toute cette matière vous l’a rendu plus saisissable ?

Oui car c’est quelqu’un de très mystérieux. Et d’ailleurs, toute la série repose sur cette question : « Est-ce que cet homme-là a vraiment tué ou a-t-il commandité le crime ? Comment cet homme qui n’est pas un tueur en série ou un psychopathe a-t-il pu tenir tant d’années sans craquer et livrer son secret ? ». Je ne sais pas, je n’ai pas la réponse mais c’est ce qu’on cherchait : proposer une vérité parmi d’autres. 

Il y a mille facettes à jouer chez lui…

Oui et c’est jubilatoire parce qu’on oscille sans cesse entre le qu’est-ce que je cache et qu’est-ce que je montre. Il faut être fin, beaucoup de choses se jouent dans les silences, dans les regards. C’est tout ce que j’aime quand je regarde un film ou une série, les non-dits, ces choses qu’on va nous, spectateurs, imaginer, de quelle manière on va combler les vides. C’est aussi une série sur l’héritage : qu’est-ce qu’on laisse à nos enfants ? Qu’est-ce qu’on leur fait subir ? Il est aussi question de l’emprise des hommes. Par loyauté envers son mari, Renée Leroux a voulu à tout prix conservé le Casino, quitte à se mettre à dos la Mafia locale…

La série reconstitue parfaitement la Côte d’Azur des années 70. Un tel travail aide à se plonger dans la peau du personnage ?

Oui. C’était une vraie joie de venir sur le plateau tous les matins. Nous racontions un pan d’Histoire, cette ville de Nice, dirigée à l’époque par Jacques Médecin qui voulait en faire un Las Vegas européen. Il y avait quelque chose de clinquant, de très bling bling, tout n’était qu’ambition. Puis arriva le drame au sein d’une famille, comme dans les tragédies grecques, avec une femme sacrifiée : Agnès Le Roux.

Quel regard portez-vous sur Renée Le Roux et celle qui l’incarne ici, Michèle Laroque ?

Dès la lecture du scénario, je l’ai tout de suite imaginée dans le rôle. Quand on est habitué à faire beaucoup de comédies, on a une grande souplesse. Elle est formidable et bouleversante en Renée Le Roux.

Vous êtes décidément un acteur qui peut tout jouer…Avez-vous besoin de surprendre autant que d’être surpris ?

Ce que j’aime ce sont les prises de risque, ne pas me cantonner à ce que je sais faire. C’est le propre de mon métier. Sinon je m’ennuie. Il faut qu’à chaque fois, le sujet, la manière dont le projet va être réalisé ou le personnage, me permette de me projeter et de me dire que le chemin va être intéressant. Pour me surprendre, apprendre et étayer mon regard sur le monde et sur l’âme humaine.

Tout pour Agnès, lundi 8 janvier à 21h10 sur France 2

Par
Amandine Scherer