La série a été présentée en avant-première en avril dernier à Canneséries 2025. Aviez-vous pu la voir avant ?
Raphaël Acloque : Oui, nous avions eu les liens un ou deux mois avant. Mais le premier visionnage est toujours un peu difficile pour un acteur. C’est marrant car on parlait justement de ça avec certains de mes amis. Lorsqu’on regarde pour la première fois (un projet dans lequel on est, ndlr), on ne regarde que soi. Il y a une attitude très nombriliste. Et on ne voit que les défauts. Il faut donc visionner de nouveau pour avoir une vision plus objective.
Est-ce difficile de dire non à une série lorsque son créateur et réalisateur est un des artisans du succès de Mafiosa ?
Lina El Arabi : A l’époque de Mafiosa, j’étais un peu passée à côté de la série que Pierre Leccia avait rejoint en cours de route. Mais c’était évidemment bon signe. Moi, je ne crois qu’aux rencontres avec les gens, c’est concret. En lisant le scénario, c’était tellement bien écrit… J’étais très heureuse car ça n’arrive pas si souvent d’en avoir d’aussi bons. Canal+ est aussi un gage de qualité pour une série. C’était un peu un rêve de gosse de faire une série pour eux.
Raphaël, vous disiez dans une récente interview pour France 3, que Reda était le plus beau rôle de votre carrière. Pourquoi ?
Raphaël Acloque : Forcément de par mon métissage (il est moitié corse et moitié arabe, comme son personnage, ndlr). Mais aussi parce que c’est un premier rôle. Le personnage de Reda est également extrêmement complexe. Pour l’instant, c’est le rôle qui m’a le plus apporté en tant qu’artiste et personne.
Le retour en Corse de Raphaël Acloque
Qu’avez-vous ressenti en retournant en Corse pour ce tournage ?
Raphaël Acloque : Je vais tout le temps en Corse, donc ce n’était pas un retour aux sources pour moi, même si je n’y passe pas, en général, six mois de l’année. J’ai dû, au maximum, y séjourner trois mois car j’allais tous les étés dans mon village avec ma grand-mère. Tourner Plaine orientale m’a fait chaud au cœur car Bastia est la ville de mon père. C’est là qu’il a grandi même si ma famille vient d’une autre région de Corse. J’ai ainsi pu redécouvrir sa ville et la voir à travers un autre regard. J’ai donné quelques interviews là-bas lorsque j’étais à Bastia. Tout le monde me parlait du racisme et me demandait si la Corse était raciste. Je me disais que je devais faire attention à ne pas tomber dans ce genre d’écueil car le racisme, c’est universel. Et même si je ne serai jamais totalement Corse pour certaines personnes, retourner là-bas et voir l’enthousiasme des personnes pour le tournage m’a fait du bien.
Vous parliez de votre dualité d’identité, notamment lors de la présentation de la série à Canneséries. Mais n’est-ce pas lassant qu’on vous ramène tout le temps à vos origines ?
Lina El Arabi : C’est un long débat… On ira boire un verre après pour en parler, car c’est difficile d’être concis à ce sujet (rires). Mais ça veut dire que c’est une très bonne question. Il n’y a pas de oui ou de non. Moi, en plus, je suis une jeune femme racisée. Il y a une sorte de combo où même dans les plus belles peintures, des filles qui me ressemblent sont ultrasexualisées. C’est donc un sujet un peu compliqué… Si on dit qu’on en a marre, on nous ramène à ça car ça veut peut-être dire qu’on a honte de ce qu’on est, alors que pas du tout. Moi, j’adore mon nom de famille et mes origines. J’en suis très fière ! Mais j’ai conscience, en même temps, que je suis française. Je n’ai pas la même dualité que Raphaël. Je suis née en France et je suis d’origine marocaine car mes deux parents le sont. Lorsque je vais au Maroc, je suis française. Mais dans mon pays, après la question sur mon prénom, on me demande souvent d’où je viens. Et après ils ajoutent qu’ils sont allés à Marrakech… Ce n’est jamais méchant en soi, mais je ne sais que penser de tout ça.
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La France plurielle de Plaine orientale
Raphaël Acloque : C’est un peu compliqué… Pour Plaine orientale, je mentirais si je disais que ce n’était pas aussi un plaisir de parler de tout ça. Ce sujet est au cœur de l’histoire et des thématiques qui sont chères à Pierre Leccia dans cette série. C’est d’ailleurs pour ça que je ne parle pas de la série Mafiosa que j’ai beaucoup aimée. Dans Plaine orientale, il y a des jeunes personnages qui sont d’origine arabe. Ils font partie d’une France plurielle. Parler de mes origines ne me gêne pas. Après, acteur est un métier d’image. Si vous discutez avec des comédiens noirs ou arabes, ils vous diront que parfois, ils aimeraient juste être flics ou médecins sans qu’on rajoute des répliques comme "Tu vas toujours manger un couscous chez ta mère ?". Dans la vie, ça ne se passe pas comme ça. Lorsque je présente Lina à des gens, je ne dis pas : "Voici mon amie d’origine marocaine".
Lina El Arabi : Et moi quand je me réveille, je ne me dis pas que je vais passer une "bonne journée d’Arabe". C’est une telle richesse la mixité, notamment chez Raphaël. Il parle énormément de langues, il est très travailleur, curieux, intelligent… Il lit beaucoup. Tu pourrais être une Marianne (rires) !
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