Connaissiez-vous le roman de Goliarda Sapienza (1924-1996), publié après sa mort, avant d’accepter le rôle ?
Valeria Bruni-Tedeschi : Oui… Une amie me l’avait offert voilà quinze ans, en m’expliquant que, grâce à l’immense succès qu’il avait eu en France, il avait pu être publié en Italie, mais je ne l’avais pas lu. Le livre était en français et je préfère lire en italien (sa langue natale, ndlr). L’Art de la joie a été tourné comme un film. Au cinéma, il a eu un immense succès en Italie (en 2024), puis à la télé italienne, découpé sous forme d’une minisérie en prime time, sur Sky Atlantic Italia. Bizarrement, en France, cela a été compliqué de trouver un diffuseur. Comme s’il y avait une réticence, une forme de puritanisme à regarder aujourd’hui la complexité du monde et de l’être humain. Heureusement, la chaîne T18 s’est proposée.
À lire également
Et comment êtes-vous arrivée au casting ?
Valeria (Golino, actrice et réalisatrice), l’une de mes grandes amies, m’a prévenue qu’elle l’adaptait. Un jour, elle m’a dit : « Écoute, il y aurait un rôle qui aurait pu être pour toi si tu étais plus âgée. » J’ai dit que je voulais bien faire plus âgée. Mais la productrice était réticente. J’ai insisté. J’ai passé des essais. Pour mon grand bonheur, mais aussi, je l’admets, un tout petit peu vexée… (Sourire) La productrice a fini par dire que j’étais très bien pour le rôle. En vrai, j’étais très heureuse d’être choisie, car tourner des choses de qualité avec des amis, c’est quand même très bien. D’un côté, j’avais un beau personnage, « miam miam », comme je dis souvent, et de l’autre, une grande metteuse en scène et amie, qui me regardait et me filmait. Il n’y a rien de mieux pour moi.
À lire également
Dans une déclaration, vous avez dit que pour une actrice, c’était un acte de courage de jouer un personnage plus âgé. Quel défi cela représentait pour vous d’incarner cette princesse Gaia Brandiforti ?
De courage, il ne faut pas exagérer ! (Sourire) Mais c’est vrai que pour moi, incarner quelqu’un de plus âgé (elle vient d’avoir 61 ans), c’est libératoire. J’aimerais aussi jouer une petite fille de 4 ans, une femme de 100 ans, une autre de 30 ans et être amoureuse, incarner madame Bovary… Ce que je veux dire, c’est que quand on est acteur, actrice, on joue d’abord avec soi-même. Je trouve aussi, mais je pèse quand même mes mots, que c’est un peu un geste politique et féministe. On n’a pas à avoir cette obligation d’être jeune et belle pour « exister ». On peut exister à n’importe quel âge, et on peut être belle à n’importe quel âge. Et puissante. Cette princesse Brandiforti est une femme puissante, très puissante.
Qu’est-ce qui vous plaisait dans ce personnage ?
Eh bien, d’abord, cette puissance… Mais aussi la possibilité d’être méchante. Moi, je me sens méchante ! (Rires) Mais toute ma vie, j’essaie d’être gentille. Je vais voir la psy, je vais à l’église pour me confesser. Mais cette princesse, elle est vraiment méchante, gaiement méchante. Et ça, c’était très libératoire et très amusant.
L’Art de la joie, lundi 22 décembre à 21h10 sur T18