Eye Haïdara cash sur le combat des femmes de ménage de Frotter Frotter : « On ne devrait pas avoir à se battre pour être considéré »

Publié le 19 février 2025 à 10:00
Jean-François Baumard - Cinétévé - France Télévisions
Dans Frotter Frotter, série tirée d’une histoire vraie à voir ce mercredi soir à 21h10 sur France 2, la comédienne Eye Haïdara, vue dans Le Sens de la fête et En thérapie, incarne une femme de ménage qui, avec ses collègues, se lance dans une longue grève pour dénoncer ses conditions de travail. Elle s'est confiée sur cette série lors de sa présentation en avant-première au Festival de la Fiction de La Rochelle 2024.

Marion Vernoux, la réalisatrice, voulait "créer de l’empathie" avec ses personnages. Mais on ressent aussi de la colère face au traitement subi par ces femmes…

Il y a des moments où, effectivement, la colère prend le dessus et ça devient insoutenable. En particulier lorsqu’elles se rendent compte que leurs demandes, même si elles sont importantes, ne sont pas grand-chose pour un tel groupe. Elles veulent juste être respectées et considérées. Ça devrait être un acquis et faire partie des droits basiques. On ne devrait pas avoir à se battre pour ça.

Certaines sont même menacées car elles sont sans-papier…

C’est une réalité et on le montre dans la série. C’est du chantage. Ils les tiennent avec ça et leur disent qu’elles leur doivent au moins la reconnaissance car ils les font travailler même sans papiers.

Solange, votre personnage, est présentée dans certains pitchs comme "la grande gueule". C’est ce qui vous a plu chez elle ?

Ce n’est pas le bon résumé. Elle n’est pas la grande gueule. Solange n’est pas quelqu’un qui s’impose en cheffe mais ce rôle-là lui est donné assez rapidement. Même lors de leur premier rendez-vous avec le syndicaliste, c’est lui qui la désigne porte-parole. Elle se saisit de ce combat car c’est elle qui a insufflé cette idée de grève à ses camarades. Le mot sort comme ça et elle devient leader malgré elle, s’obligeant à prendre certaines responsabilités parce que d’autres personnes comptent sur elle. Il y a bien une grande gueule dans la série, mais ce n’est pas Solange (rires) ! 

"J’ai vraiment croisé ces femmes"

Comme ces femmes, seriez-vous prête à vous mettre en grève aussi longtemps (22 mois) pour défendre vos droits ? 

Non (rires). 

Pourquoi ?

Parce que je suis honnête ! Je n’ai jamais été confrontée à une telle situation. Je ne vais donc pas répondre "oui" pour me la raconter et avoir le beau rôle. Je ne sais pas ce que c’est. Même si je trouve ce combat juste et digne, je n’ai pas la prétention de dire que j’aurais pu faire comme elles. Elles sont trop fortes ! Habitant le quartier des Batignolles à Paris, j’ai vraiment croisé ces femmes et j’ai une folle admiration pour elles. Si j’étais dans le besoin, j’aurais peut-être pu le faire. Mais là, ce serait trop prétentieux de dire oui.

Parmi les actrices de la série, plusieurs sont vraiment femmes de ménage… 

Certaines arrivaient sur le tournage à 9 heures après avoir fait, vers 5 ou 6 heures du matin, le ménage de locations touristiques. D’autres faisaient la même chose le soir ou travaillaient à l’hôtel lorsqu’elles ne tournaient pas. Des femmes comme elles, j’en ai croisé plein. J’en ai soutenu aussi pour essayer de changer leurs conditions. Je me rappelle des remerciements de l’une d’entre elles alors que j’avais l’impression de n’avoir rien fait. Je l’avais juste aidée à faire son CV et une lettre pour obtenir une formation de femme de ménage à l’hôpital alors qu’elle faisait le même travail dans un camping. Même si ça reste un métier dur et répétitif, ce n’est pas la même chose de travailler à l’hôpital que dans un camping. J’ai vu tout ce que ça a changé pour elle. Je me suis inspirée de tout ça pour la série.

Le conseil de son père que suit Eye Haïdara

Ces femmes ont réussi à maintenir la grève grâce à l’entraide. Et vous, quelle est votre méthode pour surmonter les épreuves ?

Tout dépend de la nature de cette dernière. Mais j’analyse à tête reposée car il ne faut pas prendre de décisions hâtives. Être spontanée, c’est bien. Mais les responsabilités et la maternité font qu’on prend désormais un peu plus de temps pour prendre des décisions. J’ai eu mon enfant en pleine promotion du  Sens de la fête qui a été un tournant pour moi. J’ai construit ma carrière en même temps que ma famille.

Vous étiez une adjointe d’organisateur de mariages dans cette comédie. Vous avez aussi joué une nounou dans Les Femmes du Square et là, une femme de ménage dans Frotter Frotter… 

J’aime mettre la lumière sur les gens qui se trouvent dans les coins. Et c’est toujours mieux quand les choix peuvent avoir une résonnance ou un certain engagement. 

Que souhaitez-vous que le public se dise après avoir vu la série ?

J’aimerais que les gens prennent du temps pour se regarder les uns les autres et qu’ils ne se jugent pas trop vite. Mon père me rappelait toujours que les personnes que je n’aime pas sont les enfants de quelqu’un. Elles doivent donc, forcément, avoir quelque chose de bon en elles, il faut juste les regarder par le bon angle. Il me disait aussi de traiter les gens comme on aimerait qu’ils nous traitent.

Frotter Frotter est à voir ce mercredi soir à 21h10 sur France 2

Par
Pauline Hohoadji