Dans cette saison 2, Romain, votre personnage, se pose la question de l’après-porno. Et vous, savez-vous ce que vous pourriez faire si votre carrière de comédien s’arrêtait ?
Jérémy Gillet : Non, fin de la réponse (rires) ! Je ne peux faire et je ne sais faire que ça. Donc si je ne fais pas ce métier, je meure. Je n’ai pas de Plan B, ce métier, c’est viscéral pour moi et je veux le faire toute ma vie. Je ressors de chaque rôle si pas transformé, a minima enrichi.
On vous a vu en transgenre dans À l’intérieur, en fils à la fluidité de genre dans Mytho ou encore ici en acteur et réalisateur porno… Vous ne faites pas dans la facilité…
C’est vrai. D’ailleurs je pense qu’au tout début de ma carrière, en 2017 ou 2018, je ne me suis pas suffisamment posé la question de ma légitimité pour pouvoir interpréter ces rôles-là. En à peine 7 ans, on voit à quel point le débat a changé et à quel point aujourd’hui on tient, à raison, à donner les rôles de transgenre à des acteurs et actrices qui le sont. C’est très important que ces personnes aient cette visibilité-là. Si on ne leur donne même pas ces rôles-là, que leur donne-t-on ? Ma réflexion est différente, désormais, même si je ne regrette aucun de mes choix de carrière. Ce sont des personnages qui m’ont aussi formé à un âge où je ne savais pas ce que j’étais. A 17 ans, on se pose des questions sur sa sexualité ou son identité de genre, ça fait partie du processus d’adolescence. Ces rôles m’ont aidé en tant que personne cisgenre. Ces rôles sensibilisent à ces questions même si je redis l’importance de les laisser aux acteurs trans. Mais je ne fais pas que ça. Je viens par exemple de jouer Louis XIII dans une série historique (Une amitié dangereuse pour France Télévisions, ndlr)
"Ma soeur m’a transmis sa fibre humaniste"
Qu’est-ce qui guide vos choix de carrière ?
J’aime me retrouver dans des personnages qui ont l’impression d’être guidés par des choses plus grandes qu’eux. Un peu comme Romain, qui entre dans l’industrie pornographique par militantisme. Il est guidé par son envie de changer les choses.
Votre sœur est neuropsychologue. Vous aide-t-elle à comprendre certains personnages ?
On ne parle pas trop métier avec ma famille. Mais elle m’a transmis sa passion pour la psyché humaine. Elle travaille avec des enfants et elle s’est intéressée très jeune à ce domaine. Lorsque j’avais 5 ans et elle 12, je voyais déjà son intérêt pour cette question-là. Elle m’a un peu donné cette fibre-là qui est devenue, en se développant, en la cultivant et en l’enrichissant, une fibre humaniste.
À lire également
La série Des gens bien ordinaires (Canal+) primée aux International Emmy Awards 2023
La saison 1 de Des gens bien ordinaires a remporté l’International Emmy Award 2023 de la meilleure série courte. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Je sais que ça peut paraître très cliché de dire ça, mais en allant à New York pour la cérémonie, nous ne nous attendions pas du tout à avoir le prix. Nous étions face à une série sud-africaine sur Nelson Mandela, une fiction brésilienne évoquant des lynchages publics de personnes LGBT… Il y avait des sujets extrêmement politiques et nous trouvions qu’il était bien de récompenser le progressisme dans une telle cérémonie. Nous avions oublié que nous aussi, nous avions une série politique et que nous avions notre place. Nous étions très, très heureux de recevoir ce prix.
Parlez-nous pour finir de votre pièce Normal de Jane Anderson mise en scène par Julie Delarme.
Nous l’avons jouée cet été au Festival d’Avignon. Elle parle de la transidentité. Je joue le rôle d’un fils qui ne comprend pas ce choix et qui ne parvient pas à l’accepter. C’était intéressant, pour moi, d’avoir un tel personnage qui va à l’inverse des rôles que je défends habituellement, ceux qui pour moi font avancer la société.
Des gens bien ordinaires, Chapitre 2 est à voir ce mardi soir à 23h20 sur Canal+