Dans quel état d’esprit est Sara, votre personnage ?
Alix Poisson : Elle est totalement meurtrie par l’ablation de son sein et a perdu toute connexion avec son corps. Cette opération laisse de profondes séquelles, dont on ne parle pas assez. Sans une partie de la poitrine, la société vous considère moins comme une femme. Sara nie, d’ailleurs, son droit à la sexualité. Sa rencontre avec un jeune homme, cette ascension, et le regard de ses partenaires de marche lui permettent de se reconstruire.
La scène, qui la montre se baignant sans cacher sa poitrine, marque un tournant pour vous ?
Oui ! Elle ne veut pas y aller au départ, mais elle se laisse convaincre par ses amies qui, elles, le font. Lorsque l’on voit sa cicatrice, c’est le moment où elle retourne vers la vie. Sur le tournage, nous avons ressenti cette nature, qui répare. Nous nous sommes vraiment baignées dans cette eau à 8 degrés, entourées par ces falaises incroyables, avec cette cascade derrière nous. C’était galvanisant et purifiant !
Le regard des hommes est important : là, ils ne voient pas des malades, mais des femmes sexy…
… Et pleines de vie ! Bien plus qu’eux, qui restent dans des problématiques narcissiques, alors qu’elles sont amputées psychiquement, socialement ou physiquement.
Fallait-il que la série reste lumineuse, malgré son lourd sujet ?
Être dans le pathos et l’auto-apitoiement n’a pas d’intérêt. Je n’ai aucun problème à aller dans la dureté. La série le fait, car on ne peut pas non plus parler de cancer sans évoquer la mort, les ravages sur le malade et ses proches, l’injustice profonde, car certaines s’en sortent, d’autres pas… Mais on raconte aussi le dépassement de soi.
Ce tournage en montagne était-il difficile ?
Je n’ai pas envie de dire oui, car faire des projets si bien écrits, avec de bons partenaires et dans des décors si beaux est une telle chance… Si tu es fatiguée en fin de journée, ce n’est pas très grave ! Nous avons toutes dû surmonter une peur. Le vertige, comme Joséphine de Meaux, qui a pourtant traversé un pont de cordes. La claustrophobie, ce qui peut être mon cas, car les télécabines étaient le seul moyen d’aller au sommet. Les premières semaines, nous devions passer une heure et demie ensemble, tous les matins, dans ces oeufs ! C’est là que l’on a vu avec qui on allait jouer et que l’on a compris qu’on était dans le même bateau. Celles, inquiètes, ont été rassurées par les autres. On a discuté et ri… Je ne le ferais même pas en rêve, pour aller skier ! J’ai peur de tout dans la vie, mais de presque rien quand je joue.
Comme ces héroïnes, Clémentine Célarié a lutté contre un cancer. Vous êtes-vous nourrie de son parcours pour jouer Sara ?
Pas particulièrement, même si elle en parle très librement. J’ai adoré tourner avec elle et la regarder jouer. Comme moi, elle s’investit pleinement en gardant le même degré d’exigence, peu importe la scène. Travailler avec de telles comédiennes, cela me porte.
Les Randonneuses, lundi 22 mai à 21h10 sur TF1
INTERVIEW PAULINE HOHOADJI