Le remplaçant (TF1) – JoeyStarr : « Jouer, c’est surtout une façon d’envoyer un message subliminal à mon père »

Publié le 10 juin 2024 à 11:22
CLOE HARENT /
INTERVIEW. Le rappeur confirme son talent de comédien dans ce rôle de professeur atypique, aux méthodes peu académiques.

Comme s’est passé le tournage de cette deuxième saison ? 

JoeyStarr : Ça m’a revigoré de remettre le pied à l’étrier, d’avoir Clémentine Célarié comme partenaire et Stéphanie Murat à la réalisation. 

Vous connaissiez Clémentine ? 

Non, avec Stéphanie, nous étions allés lui rendre visite au Festival d’Avignon, où elle présentait son seule-en-scène Je suis la maman du bourreau. Une manière de la rassurer… 

Quel genre de prof est Nicolas Valeyre, votre personnage ? 

Il est plus intéressé par la transmission des valeurs humaines que par l’enseignement tel qu’il doit être dispensé selon les programmes. Il n’a pas de méthode, il s’adapte aux situations et aux élèves qu’il a en face de lui. 

En quoi vous ressemble-t-il ? 

Je me reconnais bien dans sa posture. C’est un peu le saumon qui va à contre-courant. 

Vous jouez un prof de français. Quel rapport Joey Starr le rappeur entretient-il avec la langue ? 

J’ai quitté l’école, le temple du savoir, très tôt, mais les mots m’ont rattrapé, et je dirais même qu’ils m’ont sauvé. 

Vous êtes l’heureux papa de trois enfants. Quel genre de parent d’élèves êtes-vous ? 

La mère de mes deux premiers enfants, Matisse et Khalil (18 et 16 ans, ndlr), m’a demandé un jour de ne plus venir aux réunions de parents-enseignants parce que, m’a-t-elle expliqué : « Dès que tu es là, les profs sont relous, ce ne sont plus les mêmes personnes. Ils entendent la moitié de ce que tu dis. » Du coup, je me suis mis en retrait. Quant à la scolarité de mes enfants, je suis incapable de les aider à faire leurs devoirs. En revanche, je suis toujours là à les encourager et à leur expliquer le bénéfice qu’il y a à étudier. 

Pourquoi avoir choisi de situer l’action de la série dans un lycée professionnel ? 

Je trouve bien que les élèves acquièrent de plus en plus de connaissances, mais j’aimerais qu’ils apprennent aussi le savoir-faire. Beaucoup de jeunes, quand ils arrivent dans la vie active, sont assez démunis sur ce plan. Quand j’étais jeune, les filières mécanique, cuisine, ou encore coiffure étaient méprisées, on appelait cela des « voies de garage ». Aujourd’hui, avec un diplôme professionnel dans ces branches-là en poche, un jeune peut voyager dans le monde entier et trouver du boulot. 

N’avez-vous jamais été tenté par la réalisation ? 

J’ai joué, pendant trois semaines, en avril, un spectacle, Black Label, sur le racisme, que j’ai mis en scène avec David Bobée. J’ai aussi monté, voilà deux ans, une pièce avec la comédienne Clarisse Fontaine, Cette petite musique que personne n’entend, sur les violences faites aux femmes. En revanche, je serais incapable de réaliser un téléfilm, et encore moins une série. Je suis trop inconstant. Je peux tout juste réaliser des clips ! 

Jouer un prof humaniste, n’est-ce pas une façon d’effacer cette image de bad boy que l’on vous a collée ? 

Jouer, c’est surtout une façon d’envoyer un message subliminal à mon père, qui me disait souvent que je n’arriverais à rien. Eh bien, aujourd’hui, je suis prof, peintre, chanteur, électricien… Je jouerai peut-être un jour Napoléon. Je me fiche des personnages, je pourrais incarner un flic borgne et transsexuel, je m’en cogne. Ce qui m’intéresse, c’est que l’on me propose une bonne histoire. 

Le remplaçant, lundi 10 juin à 21h10 sur TF1

Par
Hacène Chouchaoui