Judith Godrèche : « Par peur du qu’en-dira-t-on, je me suis mis beaucoup d’empêchements dans ma vie d’actrice »

Publié le 28 décembre 2023 à 10:03
© David Koskas
Loin du cinéma français depuis plus d’une décennie, l’actrice fait un brillant come-back avec cette série autobiographique. Une mise en abyme réjouissante et gonflée, qui évoque justement… son retour.

Comme l’indique cette drôle de série miroir, on devine que vous allez très bien… 

Judith Godrèche : C’est vrai ! Vous voulez dire que je suis une personne équilibrée ou que je vais bien ? 

Les deux, puisque vous affichez une telle sincérité, vous êtes frontale, sans complaisance, visiblement en paix… 

(Elle éclate de rire) J’aime bien votre analyse de la situation. On peut dire ça, je crois ! C’est en tous cas la série de quelqu’un qui assume. 

Quelle est la genèse de ce projet casse-gueule ? 

Je suis partie vivre aux États-Unis il y a plus de dix ans, et quand j’ai commencé à écrire en anglais, j’étais affranchie de la question du qu’en-dira-t-on, puisque je n’étais plus ancrée dans ma vie française. Surtout, je ne savais pas si la série verrait le jour… Cela donne beaucoup de liberté. Le stress, c’est aujourd’hui qu’il existe.

Vous évitez l’écueil de l’ego trip, grâce à une autodérision délicieuse et un humour constant… 

L’autodérision m’est tellement naturelle que je n’avais jamais formulé que c’en était. Je la pratique au quotidien, c’est la meilleure manière de négocier avec la douleur. 

Vous révélez un talent de clown insoupçonné avec votre costume de hamster ! 

C’est vraiment moi. Cet épisode souligne le côté positif de mon double. Plutôt que d’être dans la dramatisation de ce qu’elle vit, un retour compliqué dans le métier, elle voit toujours le positif. 

Côté face, votre série est très drôle, côté pile, elle questionne le consentement et l’emprise… 

Cette drôlerie, c’est cette part d’enfance qui résiste. Je suis passée très jeune à l’âge adulte en me retrouvant, à 14 ans, entourée d’artistes et en couple avec un cinéaste qui avait vingt-cinq ans de plus que moi. 

À quel moment avez-vous pris conscience de ce que vous aviez vécu au début de votre carrière ? 

Le désir de raconter mes débuts est très récent. C’est parce que j’ai une fille de 15 ans qu’il m’a semblé important de le faire. Je n’ai pas envie de régler des comptes, en revanche, il fallait que je raconte cette histoire pour toutes les jeunes filles. Là où je peux en vouloir à certains hommes, c’est qu’ils se sont présentés comme des protecteurs, alors qu’ils étaient des abuseurs. 

Judith, vous ne vous épargnez pas non plus… 

C’était essentiel. On parle quand même d’une actrice et d’un milieu ultra privilégié. Si elle ne travaille plus, elle vit dans un appart bobo avec une employée de maison ! On a envie de se dire : c’est quoi, ces problèmes de petite fille riche ! Mais bon, c’est sa réalité. Je n’allais pas créer un personnage bidon. J’assume que cette femme, parfois perchée, se dise fauchée alors qu’elle vit très bien. La sincérité était primordiale. 

Tess Barthélemy, votre fille, y joue son propre rôle… 

J’ai écrit le rôle en pensant à elle. Mais il a fallu qu’elle joue juste, au-delà d’avoir l’avantage d’être ma fille. 

Et votre fils, Noé Boon, a composé la musique… 

Oui, avec son binôme du groupe Faux Amis. Ils travaillent à New York et viennent du jazz. Mes enfants n’ont jamais vu mes films, je ne veux pas. Eux non plus, d’ailleurs. 

Plus qu’un come-back, cette série est-elle une renaissance ? 

Qui vivra verra ! Je pense que ce n’est pas un sujet facile. J’ai quand même le sentiment de faire un croche-pied à mon passé, tout en cherchant une reconnaissance. Par peur du qu’en-dira-t-on, je me suis mis beaucoup d’empêchements dans ma vie d’actrice, aujourd’hui j’assume ma liberté !

Icon of French Cinema, jeudi 28 décembre à 20h55 sur Arte

Par
Julien Barcilon