Vous campez le commandant Maulin, un instructeur de l’école de police. Comment décririez-vous cet homme ?
Charles Berling : On peut dire qu’il appartient à une époque où les hommes ne faisaient pas grand cas de la sensibilité féminine. Une génération façonnée par le patriarcat, qui considère qu’une relation sans consentement n’est pas forcément un viol. Maulin ne s’était jamais remis en cause. Il n’a pas pris la mesure de la souffrance et du traumatisme que l’on peut infliger à une femme. Le destin va mettre sur son chemin la capitaine Marianne Kacem (Nadia Farès), et cela va l’obliger à faire un cheminement moral et à reconsidérer son comportement vis-à-vis de la gent féminine.
Il était pourtant dans le collimateur de Lila (Ludmilla Makowski), la jeune blogueuse disparue et amie de sa fille Soso (Marion Delage)…
C’est toute la subtilité de la réalisatrice, Nathalie Marchak. Si elle montre la brutalité et la bêtise machiste, elle relève aussi les travers d’une radicalité féministe surdimensionnée, car trop longtemps contenue. Ce n’est pas parce que Maulin a eu des gestes de tendresse envers la jeune fille qu’il voulait coucher avec elle. Or, elle a pris cela pour une agression, menaçant même de mettre en ligne un selfie ambigu sur son blog.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce scénario ?
La pertinence du propos et la qualité d’écriture. Je pense que c’est aussi notre rôle, à nous, les artistes, de contribuer à faire évoluer les mentalités.
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D’où vous vient votre conscience féministe ?
J’ai été élevé par ma mère et ma grand-mère, qui étaient très féministes. Elles ont lutté pour leur liberté, et m’ont fait comprendre assez tôt que le fait d’être un garçon ne m’exonérait pas de certaines tâches. Les mentalités ne peuvent évoluer que par l’éducation.
Que vous inspire la déclaration de Vincent Cassel, lequel considère que "si les hommes deviennent trop féminins, il va y avoir un problème" ?
Ridicule ! C’est n’importe quoi. J’aime beaucoup Vincent, mais en quoi le fait d’exprimer sa part de féminité serait dégradant ? Je pense aux propos de Poutine, au sujet de Zelensky : "Que ça te plaise ou non, ma jolie, faudra supporter." Voilà la parole atroce du patriarcat, dans sa plus vulgaire expression. Quant à la conscience de genre, elle n’est pas figée. Un individu peut toujours évoluer dans sa vie, et sa sensibilité également.
Justement, au théâtre, vous jouez actuellement la pièce d’un auteur à la sensibilité féminine…
Tout à fait. Il s’agit des Parents terribles, de Jean Cocteau. Ça se joue au Théâtre Hébertot, jusqu’au 30 avril. Voilà une oeuvre qui met les femmes à l’honneur. Je suis entouré de Muriel Mayette-Holtz et de Maria de Medeiros. Et je tourne épisodiquement dans The New Look, une série pour Apple TV, avec Juliette Binoche dans le rôle de Coco Chanel, une créatrice qui, à sa manière, a su libérer les femmes.
Les siffleurs, mercredi 15 mars à 21h10 sur France 2
INTERVIEW HACÈNE CHOUCHAOUI