Quel genre de femme est Marianne Kacem, votre personnage ?
Nadia Farès : Une flic d’excellence, une femme forte, qui s’est construit une carapace pour se préserver. L’enquête sur la disparition de Lila Rivière (Ludmilla Makowski), une jeune blogueuse qui dénonce le harcèlement sexuel, va la ramener à sa propre histoire. Peu à peu, son armure va voler en éclats. Quoi que l’on fasse, on finit toujours par être rattrapé par son passé…
Le fait qu’elle s’habille en homme a-t-il un lien avec cette carapace ?
Certainement. Marianne Kacem a totalement mis de côté sa féminité, pour des raisons que l’on découvrira un peu plus tard.
Cette capitaine de police a une attitude surprenante, assez rétrograde par rapport au harcèlement de rue… Pourquoi ?
C’est vrai. Au début, quand Marianne croise Lila, venue porter plainte au commissariat, elle a cette réflexion : « Elle ferait mieux de porter des robes moins courtes ! » C’est un homme, l’inspecteur Laurent Tardi (Stéphane Monpetit), son jeune adjoint, qui lui fait remarquer l’incongruité et le machisme de ses propos. Au cours de l’enquête, sa confrontation avec la jeune génération va faire sauter ce carcan mental dans lequel elle était enfermée et l’aider à surmonter ses traumatismes.
Comment avez-vous appréhendé ce personnage ?
Marianne est absorbée par son enquête, au détriment de sa vie de couple. Elle est peu loquace, dévorée par une colère intérieure. C’est comme une Cocotte-Minute en ébullition, qui va finir par exploser. D’où la richesse de ce rôle.
Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce projet ?
On y aborde des sujets de société comme le harcèlement, qu’il soit de rue ou sur les réseaux sociaux, ainsi que les violences faites aux femmes. C’est traité sans dogmatisme et de manière originale. Et puis, il y a ce personnage de femme flic, une espèce de Lino Ventura au féminin, que j’ai pris beaucoup de plaisir à interpréter.
Avez-vous, vous aussi, connu le harcèlement, dans votre carrière ?
On a toutes été, un jour ou l’autre, confrontées à ce problème. Avec mes copines du métier, nous en avons souvent parlé. Du genre : « Ah, toi aussi ? » En ce qui me concerne, c’était monnaie courante. J’ai même dû, dans des situations cocasses, riposter physiquement. C’est malheureusement ce à quoi sont exposées les comédiennes, quand elles sont jeunes et jolies.
Votre retour sur les plateaux a-t-il été difficile, après une longue absence et dix-huit ans passés à Los Angeles ?
J’ai décidé de reprendre ce métier, qui a beaucoup changé. Mais je considère que l’on peut avoir plusieurs vies en une. Il ne faut jamais perdre confiance et bosser dur, en toute humilité. J’ai tourné, avec Mel Gibson, le film On the Line, de Romuald Boulanger. Il n’est pas sorti en salles, à cause de la crise sanitaire, mais a été diffusé, en janvier dernier, sur Canal+. Entretemps, j’ai reçu d’autres propositions, mais je ne peux pas en parler tant que ce n’est pas signé.
Les siffleurs, mercredi 8 mars à 21h10 sur France 2
INTERVIEW HACÈNE CHOUCHAOUI