Thierry Beccaro revient sur les “moments terribles” que son père lui a fait vivre

Publié le 13 juillet 2025 à 8:21
Marechal Aurore/ABACA
Sur scène, Thierry Beccaro livre un seul-en-scène bouleversant inspiré de son enfance marquée par les violences paternelles. Après avoir brisé le silence dans un livre puis à la télévision, l’ex-animateur de Motus revient sur les "moments terribles" infligés par son père, entre terreur, injustice et quête de résilience. Un face-à-face intime avec la douleur…

Après le livre, puis le téléfilm, c’est sur scène que Thierry Beccaro poursuit aujourd’hui le récit de son histoire personnelle. Dans L’Amour à la menthe, présenté jusqu’au 26 juillet dans le cadre du Festival Off d’Avignon, l’ex-animateur de Motus s’est livré pour la première fois dans un seul-en-scène inspiré de son vécu d’enfant battu. Une nouvelle étape dans le long processus de mise en mots de ses blessures, amorcé en 2018 avec son livre Je suis né à 17 ans, paru aux éditions Plon, puis poursuivi en 2022 avec son adaptation à la télévision.

Le cri d’un enfant battu

Sur les planches, Thierry Beccaro donne corps à ce passé très douloureux grâce à un texte d’Emmanuel Robert-Espalieu. Plus qu’un témoignage frontal, la pièce est une immersion sensorielle, une traversée sensible de la mémoire et de la résilience. "On s’en sort, il faut se battre", a-t-il confié à nos confrères. La peur s’insinue dès l’entrée du père. Une simple question posée à sa petite sœur : "Pourquoi tu pleures ?" qui devient un grondement. "Je pleure parce que je n’ai rien fait, parce que c’est injuste", a-t-il raconté. Ce spectacle, à 68 ans, résonne comme une évidence pour Thierry Beccaro.

"Le livre, le film et le seul-en-scène, dans l’histoire qui est la mienne, j’aurai l’impression boucler la boucle après ce spectacle. J’aurais fait une grande partie du chemin, pas pour moi, je pense que ça va continuer, mais pour ceux qui en ont besoin, qui ont connu la maltraitance physique, psychologique", a-t-il expliqué à nos confrères du Parisien. Et d’ajouter : "Ma grande joie, c’est de partager ça avec les spectateurs et de leur dire qu’on s’en sort, qu’il faut se battre, être courageux, en parler et ne pas rester avec la colère, parce qu’on s’autodévore sinon"

Le courageux petit Thierry face aux moments terribles 

Pour autant, remonter ainsi le fil du passé ne le fait pas vaciller. "Non, justement, c’est le public qui doit ressentir tout ce que j’évoque, pas moi. Si je m’écroule en scène, il va être gêné pour moi, peut-être même sera-t-il déçu", confie-t-il au Parisien. Puis de préciser : "Si je ne faisais pas abstraction de mon vécu, chaque scène traumatique assez douloureuse que j’évoque me prendrait. Mais là je joue, je prends la place du père, de ma mère… Comme un peintre, je réalise la peinture de ma vie avec du recul".

"J’ai encore mon sac sur les épaules, plus léger mais présent, il faut faire avec et continuer d’avancer. Et faire comme dit Boris Cyrulnik, de ce malheur un merveilleux malheur. La belle histoire de cette vie un peu mouvementée, c’est que paradoxalement elle m’offre des moments incroyables", s’est-il quand même réjoui. Son regard sur l’enfant qu’il était ? "Je pense que j’ai été courageux, ou plutôt que le petit Thierry a été courageux, ce n’était pas facile tous les jours, mais comme je le dis à la fin de la pièce, il faut se dire qu’on est quand même là", a assuré Thierry Beccaro. 

Pour tenir, il s’est appuyé sur l’écriture, "à 17 ans, mes confessions, mes douleurs, mes chagrins d’amour, je les couchais sur le papier", et sur la parole, en choisissant aussi de consulter. Et de conclure au Parisien: "On s’aperçoit qu’on est résilient après, une fois sorti d’une tragédie, quand on est capable de sourire aux autres, de s’ouvrir, de partager. Mon père était aussi un mec formidable, mais il m’a fait vivre des moments terribles"

Par
Kahina Boudjidj