Tahar Rahim s’impose depuis plusieurs années comme l’un des acteurs français les plus exigeants de sa génération et les plus talentueux. Dans un entretien accordé à Ciné Télé Revue, il est revenu sur sa métamorphose physique et psychologique pour incarner Amin, un toxicomane cloué au lit dans Alpha, le nouveau film de Julia Ducournau. Un rôle extrême qui l’a conduit à perdre pas moins de 16 kilos, mais qu’il a choisi d’aborder avec méthode et prudence.
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Une immersion radicale dans l’univers des toxicomanes
Pour préparer ce rôle, l’acteur s’est plongé au cœur de la réalité de la dépendance. "C’était la porte d’entrée nécessaire pour explorer la psyché du personnage. J’ai aussi fait du bénévolat dans une association d’aide aux toxicomanes. Ça m’a permis de comprendre leur fonctionnement, leur gestuelle, leur façon de préparer leur shoot, par exemple, ce que ça provoque", a-t-il commencé par expliquer. Mais au-delà de l’aspect sombre, Tahar Rahim confie avoir cherché un éclat d’humanité dans ce chaos : "J’avais aussi besoin de trouver une forme de lumière. Amin est une sorte d’ange déchu, un fantôme qui a besoin de repartir. Cette lueur, j’ai pu la voir quand on distribuait du matériel stérile dans la rue. Ce sont des enfants blessés, pour la plupart".
Une transformation physique encadrée
La performance aurait pu l’exposer à des risques, mais l’acteur a tenu à garder des limites claires. "La limite, c’est la santé, et j’étais bien entouré, puis l’équilibre de ma vie personnelle. Et là, j’ai la chance avec Leïla Bekhti d’avoir une femme merveilleuse qui fait le même métier que moi et me soutient. Alors, j’irai aussi loin que mon choix me le permettra", a indiqué Tahar Rahim. S’il s’est inspiré d’autres transformations extrêmes, comme celle de Christian Bale, il a pris soin de ne pas tomber dans les excès.
"Je me suis arrêté pile-poil où il fallait. Christian Bale, j’ai étudié son cas pour ne pas faire les mêmes erreurs. Pour The Machinist, il mangeait une pomme et une boîte de thon par jour. Il y est allé à la barbare, et ça lui a valu des séquelles. Et il l’a fait deux fois ! Moi, recommencer ne m’intéresse pas. À mon âge, je ne peux plus trop déconner. Ça m’a déjà valu des tendinites chroniques qui s’en vont doucement", a avoué le papa de quatre enfants.
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Un “manque” recréé par l’obsession
Refusant toute expérimentation dangereuse, Tahar Rahim explique avoir trouvé une autre façon de se rapprocher de l’état de dépendance. "Iriez-vous jusqu’à vous faire un fix de drogue ?", lui ont demandé nos confrères. Négatif. "Non, jamais. Par contre, la perte de poids m’a permis de ressentir la sensation de manque. Perdre 16 kg suffisait à l’écran, mais j’ai poussé pour éprouver cette espèce de vide que les addicts remplissent par la drogue. J’ai développé une addiction aux tomates cerises et aux pistaches, seul encas auquel j’avais droit après 22 h. Je roulais sur mon scooter la nuit pour trouver une épicerie. J’avais même créé un rituel, comme ça existe avec la drogue. Je mettais la moitié d’une pistache dans la moitié d’une tomate cerise !", a détaillé le comédien.
La prise de conscience de la crise du sida
Le film, qui s’ancre dans la crise du sida, a ravivé des souvenirs chez l’acteur. Enfant dans les années 80-90, il confie : "Je n’ai pris conscience de ce que représentait le sida qu’à la mort de Freddie Mercury. Que même une telle star puisse en mourir m’a fait réaliser à quel point cette maladie était forte. Le film dénonce la façon dont les malades étaient traités. Il ne fallait pas les approcher".
Une image l’a d’ailleurs particulièrement marqué : "Je me souviens quand Lady Di a pris des malades du sida dans ses bras. On savait par les études scientifiques qu’il n’y avait aucun risque, mais tant que quelqu’un ne vous le montre pas…". "J’ai aimé la façon dont, dans le film, le virus transforme les malades en espèce de statues de marbre, comme on peut les voir dans les musées. Julia les ennoblit", a-t-il conclu avec fierté.