L’album "Sentiments" n’était à l’origine pas prévu, mais avec une tournée et deux rééditions, il vous emmène plus loin que prévu, justement…
C’est vrai que cet album n’était pas censé exister. C’est venu de la "boite aux sentiments" que j’avais mis en place sur la tournée d’avant. Puis d’un "jeu" sur les réseaux sociaux où je demandais à mes fans de partager leurs histoires et j’en faisais des chansons. Ça a donné un album à moitié composé de mes histoires, et à moitié de celles que j’ai reçues. Je ne pensais pas du tout qu’il allait avoir cette destinée car à sa sortie, je n’ai pas fait de promo, je voulais qu’il vive tout seul. Pour ces rééditions (Sentiments heureux et Sentiments heureux (non, j’déconne), ndlr), il ne s’agit que de textes inspirés par ma vie à moi. J’ai ressenti le besoin de beaucoup écrire cette année.
La chanson "Secret", écrite pour votre fille, est single de diamant avec 50 millions d’équivalents streams. Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Pas du tout ! Là encore, cette chanson n’avait pas vocation à exister. Je l’avais écrite pour un spectacle organisé par la chanteuse Laurie Darmon, "Corps à cœur", dont le thème était comment chacun se sent dans son corps. Et moi j’ai écrit cette chanson sur le fait que plus jeune, jusqu’à très récemment, je ne m’aimais pas du tout et que c’était très difficile de vivre avec cette image de moi. Tout ça, exacerbé par mon métier. Et que j’espérais que ça n’arriverait pas à ma fille de se sentir comme ça. Je l’ai chantée sur scène avec la trouille de ma vie, et j’ai ensuite décidé qu’elle n’existerait pas ailleurs. Sauf qu’elle est devenue virale et qu’on me l’a beaucoup demandée… je voyais des enfants la chanter, et des parents leur faire écouter. Ça m’a hyper touchée. Je l’ai donc enregistrée.
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Votre fille l’a-t-elle écoutée ?
Oui ! Et elle l’aime bien. Elle ne comprend absolument pas les paroles mais elle l’aime bien. Et sa partie préférée c’est quand je chante "et si les filles". Du coup, elle chante ça en boucle (elle rit).
Elle sait que c’est vous qui chantez ?
Bien sûr ! Une fois, elle était dans un taxi avec Flo, son papa et le chauffeur lui demande si elle veut écouter de la musique, des comptines. Et elle répond : "Moi, je veux écouter Maman". Alors il demande : "C’est qui Maman ?". Elle dit : "C’est Louane". Et ce qui est drôle, c’est qu’elle sait que ce n’est pas moi pour de vrai. Elle a compris que Louane existe que lorsque je chante. C’est un peu bizarre mais elle l’a acté dans sa tête. En revanche, elle ne comprend pas du tout le concept de la notoriété. Elle me voit à la télé mais elle ne sait pas pourquoi et je tiens à la préserver énormément. Je ne fais jamais de photos devant elle. Si je suis toute seule avec elle, malheureusement je refuse et si je suis avec Flo, je lui demande de l’emmener un peu plus loin et je fais la photo. C’est très important.
Dans le clip de "Pardonne-moi", dès le début s’affichent quatre lettres : TDAH. Pouvez-vous expliquer ce que c’est pour ceux qui ne connaissent pas ?
Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité. Ça se caractérise par un gros manque de concentration pour les choses auxquelles on n’aspire pas et ce n’est pas un choix, c’est très difficile. Les gens extérieurs te disent : "Ah mais en fait tu as une très bonne concentration pour les choses qui te plaisent, pourquoi tu n’y arrives pas ?". Mais on ne peut pas le contrôler, c’est un manque d’attention aussi bien de ce point de vue-là que du point de vue émotionnel. Ça crée une instabilité. On a un besoin d’attention qui est vraiment énorme. Et ce qui me concerne, il s’accompagne d’hyperactivité, ça se traduit par énormément d’agitation. Ça impacte ma vie de tous les jours. Mais j’ai énormément de chance parce qu’aujourd’hui je ne le cache plus et je suis entourée de gens qui le comprennent. Donc par exemple, on va être en pleine réunion, je vais décrocher complètement. Aujourd’hui, les gens autour de moi savent, ils le voient, ils l’identifient et ils sont en mode : "ok on fait une pause et on reparle après". Ils m’aident beaucoup.
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A quel âge avez-vous été diagnostiquée ?
A 8 ans. Assez tôt finalement, mais un peu tard pour expliquer ce qui se passait à l’école. Au-delà de ça, c’est surtout qu’à l’époque, on ne comprenait pas. Quand on parlait d’hyperactivité, on voulait me scotcher à une chaise. Et ça, c’est vraiment une idée de merde ! Après, j’ai eu un peu de médicamentation et puis j’ai arrêté assez jeune, par chance. Enfin, par chance pour moi parce qu’il y a des enfants sur lesquels ça marche très bien. Ce n’était pas mon cas, ça m’enlevait plus que ça me calmait. Donc on a arrêté. Ça n’a pas toujours été facile, notamment au collège et au lycée. Aujourd’hui, il y a encore des gens qui me trouvent hyper chiante. Je réponds : "Tant pis, vous n’êtes pas obligé d’être pote avec moi. Ce n’est pas grave". C’est ok tout ça, je sais, je suis intense. Je le vois aujourd’hui comme un super pouvoir. Comme l’hypersensibilité.
Cet album vous a permis d’aborder ce thème, mais aussi celui de la dépression, de l’anxiété, des troubles alimentaires. Vous sentez-vous libérée d’un poids ?
Je ne sais pas. Mais avant, j’avais peur d’en parler. Parce que plus jeune, quand j’ai expliqué certaines situations de ma vie, ça a été détournée, par la presse notamment. Du coup, c’était très difficile pour moi de m’ouvrir. Et puis un jour je me suis réveillé en me disant que je ne sauvais pas des vies, et que si un gros titre moche sortait et bien… je m’en foutais parce que je sais qui je suis. Puis j’ai réussi à dire que beaucoup de choses que j’avais vécues dans mon passé étaient graves. Je l’ai fait parce que je me suis rappelée que petite, j’avais l’impression d’être un alien et que personne n’était comme moi. Et je me suis dit pour les enfants TDAH et pour leurs parents, ce serait peut-être cool qu’il y ait quelqu’un qui soit en mode : "Salut, je suis neuro-atypique, ce n’est pas la fin du monde et on peut très bien s’en sortir".

Tout part du TDAH en fait ?
Oui, tout vient peut-être de là. De se sentir différent. Ça commence par le TDAH, qui fait que je suis un peu étonnante on va dire. Ça, ça ne passe pas trop à l’école et encore moins avec les camarades. Donc ça crée du rejet. Qui s’accentue et qui devient clairement du harcèlement. Petit à petit, ça touche à tout : troubles alimentaires, anxiété. J’ai fait beaucoup de crises d’angoisses toute ma vie. Aujourd’hui, j’en fais moins. Je ne me souviens pas à quand remonte la dernière donc c’est très positif ! (Elle sourit)
Et quand arrive la célébrité quand on est ado ?
C’est le choc. Le chaud qui rencontre le froid. C’est dingue parce que j’ai commencé à recevoir de l’amour de plein de gens que je ne connaissais pas. Et quand je retournais en cours, j’étais détestée par les autres. Mais j’ai une bonne psy. Je suis suivie depuis mes 8 ans, pour le TDAH à la base. Et c’est important aussi de le dire. Il faut aller chercher de l’aide. J’ai fait beaucoup de choses, j’ai vu évidemment un pédopsychiatre dès le début, j’ai fait de la psychothérapie, j’ai vu un psychologue. Aujourd’hui, c’est plus intense, je fais une psychanalyse. Ça a longtemps été tabou, certains pensaient que c’était pour les fous. Alors qu’en fait, c’est la meilleure chose au monde qu’on puisse faire pour soi. Même si vous n’êtes pas en détresse. Il n’y a rien de mieux que d’aller voir un psy, une personne neutre extérieure à votre situation, sans jugement, qui permet de vous décharger de ce que ce que vous ressentez. Je le fais aussi pour ma fille. C’est pour elle que j’ai entamé la psychanalyse. Je ne veux pas que ce que je ressens, mes névroses, ma tristesse, mes maux, mes douleurs, ce que j’ai vécu… atterrissent sur ses épaules.
Vous pensez avoir changé entre la sortie de Sentiments en décembre dernier et celle de Sentiments heureux aujourd’hui ?
Je grandis. Est-ce que ça y est, je peux dire que je commence à vieillir ou pas ? Je suis un peu jeune, à presque 27 ans pour dire ça, mais… j’avance.
Le fait d’avancer est d’ailleurs un thème que l’on retrouve dans vos nouvelles chansons comme "Les excuses", "Nuages", "Capitaine"…
C’est vrai ! Je n’avais même pas remarqué. Je suis vraiment dans cette dynamique d’avancer, d’accepter complètement qui je suis. Je réfléchis déjà à mon cinquième album et je veux parler de ça, mais je n’ai pas encore trouvé la façon de le faire.
Subsiste une forme de dualité chez vous. Dans "Les excuses" toujours, vous chantez "J’écoute trop mon passé". Il vous dit quoi ?
De la merde ! (Elle rit) C’est ça la vérité. J’ai un rapport au passé qui est vraiment compliqué. Pas parce que je suis particulièrement nostalgique. Je suis mélancolique c’est sûr, mais quand je vais dans mon passé ce n’est jamais pour les bonnes raisons. Je fais partie des personnes qui gardent les mauvais souvenirs en tête trop longtemps et ils ne me disent jamais des trucs cool. D’où cette phrase-là, "j’écoute trop mon passé". Et c’est un problème en fait. Parce qu’il y a des jolies choses, qui sont bel et bien là, je le sais.