"Je suis seul au monde", chantait Corneille au début des années 2000 dans cette chanson très personnelle évoquant le massacre de sa famille, en 1994, lors du génocide rwandais. "Je pense que mon père serait très fier de ma carrière tandis que ma mère le serait de l’homme que je suis devenu, confie le chanteur dans le dernier numéro de Public.
L’inquiétude de Corneille pour la France
De retour sur le devant de la scène, Corneille a publié le 15 mai dernier un livre baptisé La Mélodie du pardon. "Trente ans après la tragédie qui lui a enlevé sa famille, Corneille revient sur les expériences qui lui ont permis de reconstruire sa vie. (…) Avec sa générosité et son extrême sensibilité, Corneille nous emmène sur le chemin de l’amour et du pardon", précise sa maison d’éditions XO Editions. Mais cet ouvrage est aussi une manière pour le chanteur de mettre en lumière une situation qui l’inquiète grandement. "Il y a un côté lanceur d’alerte (…) car je commence à percevoir et à remarquer des choses qui me font penser aux prémices de la tragédie rwandaise. C’est difficile à entendre pour quelqu’un qui vit en Europe, au Canada ou aux Etats-Unis et qui n’a connu que la paix", explique à nos confrères celui qui "est capable d’identifier les premiers signes d’une société qui peut basculer dans la violence" après ce qu’il a vécu au Rwanda. "A l’époque, on ne l’a pas vu venir. On se disait que cela ne nous arriverait jamais".
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"Aujourd’hui, je vois que des gens dont la voix porte opposent les groupes les uns aux autres. Les Arabes contre les Juifs, les Blancs contre les Noirs, les hommes contre les femmes… même sous les traits de l’humour, c’est dangereux car cela met en avant nos différences plus que nos ressemblances", poursuit Corneille avant d’avouer qu’il est effrayé par la "légèreté avec laquelle on politise certains sujets". Corneille aimerait d’ailleurs que les discours des médias, des politiques et des artistes changent pour "tendre vers le vivre ensemble". "Et puis, les réseaux sociaux laissent peu de place à la nuance. Être nuancé, c’est la nouvelle subversion", ajoute Corneille en rappelant que "l’explosion peut arriver très vite". "Je n’ai pas envie que ce que j’ai vu au Rwanda se reproduise", conclut-il.