Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire Sur nos chemins à ce moment précis de votre vie ?
Laëtitia Milot : Je voulais d’abord remercier les éditions Robert Lafont de m’avoir fait confiance et d’avoir osé parler de ce sujet qui est très sensible, parce que c’est vrai que des éditeurs, c’est facile à trouver quand on a un sujet lambda, mais avec un sujet aussi sensible qu’est l’endométriose, c’est un peu moins facile… On a créé une équipe, j’ai l’impression vraiment d’avoir été soutenue, d’avoir été accompagnée et on n’a rien lâché. Et c’est vrai que ce livre a mis longtemps à naître, mais on s’est tous battus dans le même sens.
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De quoi parle votre roman ?
C’est un roman qui retrace le destin de deux femmes. Celui de Laëtitia, qui correspond donc à une partie autobiographique, et celui de Rose. A travers ces deux destins, j’ai voulu retracer une histoire de l’enfance à aujourd’hui. Dans la partie autobiographique, il y a plein de choses que vous allez découvrir, parce que l’endométriose m’a fait traverser des épreuves difficiles, très difficiles dans ma vie, mais m’a également montré une certaine lumière. Dans le roman, on passe de la vie de l’une à l’autre et je tiens à préciser que c’est un roman inspiré de faits réels.
C’est très important de le dire, parce que c’est un livre qui sert le cœur et j’espère que cet ouvrage continuera à faire bouger les lignes, et éveillera les consciences, parce qu’à un moment donné, on ne peut pas dire que l’endométriose, ce n’est qu’une maladie chronique. Ce n’est pas que ça. Elle peut avoir des conséquences extrêmement dramatiques, voire tragiques. Et c’est pour ça que je me suis vraiment investie corps et âme avec ce roman, parce que j’y ai mis mes tripes, et que je trouve ça extrêmement important que les gens sachent les conséquences, parfois tragiques, que cette maladie peut avoir sur la vie d’une personne.
"Je parle de la première fois également de l’ablation de l’utérus que j’ai dû vivre"
Avez-vous choisi le titre de votre roman et que symbolise-t-il pour vous ?
Sur nos chemins, ça englobe toutes ces personnes qui vivent l’endométriose dans le silence, dans l’ombre et dans la lumière aussi, pour certaines. Heureusement, aujourd’hui, de plus en plus de personnes en parlent. Et ça, c’est génial, parce que les paroles se libèrent. Pour le titre donc, je souhaitais qu’il parle à toutes ces personnes-là quel que soit leur degré, leur douleur, leur souffrance. Chacune a son endométriose, chacune la vit à sa manière et on n’a pas à juger. J’explique mon endométriose comme je l’ai vécue. Je parle pour la première fois de l’occlusion intestinale que j’ai vécue en urgence. Je parle de la première fois également de l’ablation de l’utérus que j’ai dû vivre. En écrivant ces passages-là, j’ai découvert une autre personne, j’ai connu la renaissance d’une nouvelle Laetitia et vous comprendrez pourquoi.
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L’endométriose est donc au centre de votre livre mais y a-t-il certains détails que vous avez préféré garder pour vous malgré vos témoignages précédents ?
J’ai foncé sur les détails (rires). J’ai vraiment voulu être transparente avec moi-même et avec le public. Franchement, j’incite les personnes qui nous liront à écrire, à lire évidemment, mais à écrire même des passages, même si vous n’avez pas envie de publier un roman ou un livre car écrire, ça fait du bien et c’est déjà une magnifique thérapie ! Mais ce n’est pas que pour moi que j’ai écrit ce livre. Je l’ai fait pour les autres, pour, comme je le disais précédemment faire bouger. Ce roman, c’est comme un coup de gueule pour dire "plus jamais ça".
Qu’est-ce que vous avez envie de transmettre aux femmes qui subissent l’endométriose, mais aussi à leurs proches qui vivent à leurs côtés cette maladie ?
Ce livre s’adresse à toutes les personnes atteintes d’endométriose, mais pas que. Il s’adresse aussi à tous les couples, parce que je parle évidemment du personnage de Rose et de son couple. Encore une fois, ce n’est pas fictif, tout est réel, donc, vous allez découvrir ce qu’elle a été obligée de faire par rapport à son compagnon avec l’endométriose… Comment ils ont réussi à vivre. Les gens se reconnaîtront aussi à travers elle.
Aussi, je tenais à ce que ce livre s’adresse à la jeune génération. J’ai fait une séance dédicaces en avant-première le week-end dernier à Pont. J’ai eu des jeunes garçons qui sont venus me faire signer le livre et ça m’a énormément émue parce que je me suis dit : "C’est grâce à vous que ça va bouger". C’est un livre que j’ai adapté en fonction un petit peu de tout le monde, et j’aimerais que les jeunes générations s’en emparent pour en parler. C’est une lecture très facile et je l’ai écrit de la manière la plus simple possible pour qu’on puisse comprendre tout simplement.
"Il est temps de prendre les choses vraiment au sérieux"
A travers votre livre, vous parlez de la perte, de la maladie, et de la peur aussi… Comment avez-vous géré la charge émotionnelle de cette écriture ?
C’est un combat, c’est notre combat. C’est le combat de Rose, c’est le combat de toutes ces femmes qui traversent cette maladie. Je ne lâcherai rien, et on aura beau essayer de me faire taire, je ne me tairai jamais, en tout cas, jusqu’au bout de ma vie, je me battrai pour cette maladie.
Comment ont réagi vos proches à la lecture de votre roman ? Avez-vous fait lire le manuscrit à certaines personnes ?
Je ne l’ai fait lire qu’à ma mère. A travers cette lecture, elle a découvert aussi des choses sur elle-même, sur mon enfance et c’est vrai qu’elle a réalisé certaines choses. C’est bien, parce qu’elle a pris conscience de beaucoup de choses en lisant ce roman. Et je pense que ça lui a été bénéfique.
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Recevez-vous des messages de personnes qui vous disent "merci" de parler de l’endométriose ?
Tous les jours ! (Rires) Je reçois des messages, des témoignages hyper émouvants, très touchants, tous les jours. Il y en a même qui ont réalisé qu’elles avaient une endométriose grâce à mes ouvrages. Et c’est vrai que ça, c’est, pour moi, un pari gagné parce que je veux faire bouger les lignes justement. Par exemple, avec mon livre Le bébé c’est pour quand ?, j’ai eu beaucoup de retours. Ça a permis de changer pas mal de mentalités. Je suis fière de tout ce travail accompli avec EndoFrance. On avance doucement mais sûrement (rires) ! J’aimerais que ça bouge encore plus et qu’on prenne vraiment conscience du côté dramatique…
Quels sont vos espoirs pour la suite concernant la sensibilisation sur cette maladie ?
Le gouvernement a enfin mis de l’argent dans les dons pour la recherche des maladies de la femme en général, et notamment de l’endométriose. La recherche prend du temps et encore aujourd’hui, l’endométriose ne se guérit pas… Elle se soigne, mais elle ne se guérit pas. Beaucoup de choses ont changé aussi par rapport à l’affection de longue durée notamment concernant les prises en charge, mais il faut encore que ça évolue, que ce soit vraiment dans toutes les régions de France, que tout le monde soit pris en charge à la même échelle, que cette maladie soit prise au sérieux. Des centres experts en endométriose, il y en a de plus en plus qui s’ouvrent un peu partout en France et il faut que ça continue.
Je pense aussi aux infirmières scolaires qui sont de plus en plus formées. Il y a eu un appel à la formation, justement, au niveau des médecins, des médecins généralistes, même des sages-femmes donc c’est vrai qu’aujourd’hui, les paroles se libèrent, et ça, c’est tant mieux. Ça ne peut qu’être bénéfique ! Il est temps d’agir, il est temps de prendre les choses vraiment au sérieux et de prendre l’endométriose vraiment le plus tôt possible pour ne pas que ça ait des conséquences dramatiques par la suite… C’est pour la jeune génération aussi qu’on se bat. Soyons à l’écoute de tout le monde !

Sur nos chemins, de Laëtitia Milot, aux éditions Robert-Laffont, 19,90 euros