« Une petite fille que se disputaient des adultes libidineux » : le témoignage poignant de Judith Godrèche devant le Sénat

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 20:54
Abaca/DR
La comédienne était auditionnée ce jeudi matin par les sénateurs membres de la délégation au droit des femmes. Une rencontre, diffusée en direct par Public Sénat, qui lui a permis de tirer la sonnette d’alarme sur la situation des femmes et des enfants dans le cinéma.

Le combat de Judith Godrèche continue. Après son vibrant discours lancé vendredi soir sur la scène des César 2024, la comédienne avait rendez-vous ce jeudi matin au Sénat pour dénoncer le silence entourant les affaires de violences sexuelles sur mineurs mais aussi les changements nécessaires à mettre en place dans le monde du cinéma pour apporter davantage de protection. "Tout le monde sait que dans l’industrie du cinéma, un agresseur déguisé en réalisateur fait pleurer les petites filles pour de vrai. On ne négocie pas avec la vérité. Ferez-vous semblant de ne pas m’avoir entendue comme le fait le cinéma, parfois, sans fanfare, ni trompette ?", a-t-elle lancé émue.

"Camille Kouchner, Adèle Haenel, Vanessa Springora… Tout le monde savait et pourtant à chaque fois, vous perdez nos sacs à dos, ils contenaient autant de journaux intimes avec des verrous dorés", a ajouté la comédienne qui a ensuite rendu hommage au juge Durand, l’ancien président de la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants). "Les plateaux de cinéma sur lesquels j’ai grandi n’avaient aucun juge Durand. Il n’y avait pas de Judith. Juste une petite fille sans prénom que se disputaient des adultes libidineux autour d’adultes passifs. La société m’a enlevé mon prénom".

Les changements demandés par Judith Godrèche pour protéger les mineurs

Judith Godrèche a profité de cette audition avec les sénateurs de la délégation du droit des femmes pour demander aussi bien le retour du juge Durand à la tête de Ciivise que la création d’une commission d’enquête sur les violences sexuelles dans le cinéma mais également le départ de Dominique Boutonnat qui dirige le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée). Pour rappel, ce dernier est accusé par son filleul d’agressions sexuelles.

Evoquant les 4 500 témoignages qu’elle a reçus, Judith Godrèche a aussi milité pour la présence systématique d’un coach d’intimité pour les scènes de sexe et "d’un référent neutre, indépendant de la production, formé en psychologie". Elle propose aussi des contrôles des services sociaux quand les acteurs ont moins de 16 ans. "Combien de petites filles, de petits garçons, de petits pieds dans la porte seront nécessaires avant que cette société réagisse pour toujours ? Afin que nous puissions jouer les rôles de notre vie sans nous faire voler notre enfance, abusés, frappés (…)Je vous demande de m’aider à faire en sorte que les violences sexistes s’arrêtent dans mon milieu. Cette petite société du cinéma n’est que le reflet de notre société. Cette famille incestueuse du cinéma n’est que le reflet de toutes ces familles et de tous ces témoignages que je reçois chaque jours", a affirmé celle qui a vécu une relation d’emprise avec Benoit Jacquot et qui accuse Jacques Doillon de viol. 

Par
Clara Kolodny