« Une emprise destructrice » : Après Judith Godrèche, l’actrice Isild Le Besco dénonce l’attitude des réalisateurs Jacques Doillon et Benoît Jacquot

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 20:56
Marechal Aurore/ABACA
Tandis que Judith Godrèche a récemment porté plainte contre de Jacques Doillon et Benoît Jacquot pour "viols avec violences sur mineure", l'actrice Isild Le Besco a à son tour dénoncé le comportement problématique des deux réalisateurs.

À quelques heures de la cérémonie des César, le cinéma français fait scandale. Alors que Judith Godrèche a accusé de viols Jacques Doillon et Benoît Jacquot pour des faits qui auraient eu lieu lorsqu’elle était mineure, une autre actrice a tenu à prendre la parole dans Le Parisien ce jeudi 22 février pour dénoncer l’attitude nocive des deux réalisateurs, en la personne d’Isild Le Besco : "En apparence, c’était une relation nourrissant de beaux films et, pour moi, la découverte d’un monde. Mais à l’intérieur, c’était aussi une emprise destructrice, une perte de soi", explique la comédienne au sujet de sa relation avec Benoît Jacquot alors qu’elle n’avait que 16 ans. "Des violences psychologiques, surtout. Benoît Jacquot pensait savoir mieux que moi qui j’étais et ce que je pensais. Par exemple, il me disait perpétuellement que j’étais grosse. Il y a eu aussi des violences physiques, parfois, sous le coup de la colère. Contrairement à Judith, je n’ai pas vécu avec lui et cela m’a peut-être un peu protégée. Ce qui est très grave, c’est que, comme j’ai vécu cette relation à 16 ans, cela a été constitutif de ma personnalité. Une emprise engendre d’autres emprises. Après, j’ai vécu des choses encore plus graves avec d’autres hommes parce que j’étais prête à m’écraser pour quelqu’un. Une grande partie de ma vie a été gâchée."

"J’étais une jeune fille fragile, très malléable", explique Isild Le Besco. "J’ai toujours été très isolée, même à l’école. Probablement que continuer d’aller à l’école après mes 16 ans et poursuivre des études m’aurait aidée à percevoir les choses plus tôt, ou de manière plus lucide. Longtemps, j’ai pensé que sans attention je ne valais rien. Puis, j’ai compris que c’est le regard qu’on avait posé sur moi depuis toute jeune qui avait créé ça : un regard qui ne voit pas la personne, juste la projection. Or, si on ne croit exister que dans le regard de l’autre, on en devient facilement l’objet. Très naturellement, on apprend à accepter des choses qui nous font du mal. À ne pas écouter son corps, à ne plus le sentir même. On s’habitue à se faire également."

Par la suite, Isild Le Besco s’en est pris à Jacques Doillon : "J’avais 17 ans et il m’a demandé de préparer un rôle. Pendant des semaines, j’ai travaillé en improvisant et en codirigeant le script et à partir du jour où j’ai refusé ses avances, il m’a virée du film. Il m’a pillée littéralement, et pas seulement mon travail." Désormais, l’actrice aujourd’hui âgée de 41 ans se réserve le droit de saisir la justice, à l’instar de Judith Godrèche : "Il est probable qu’à un moment donné je le fasse." Surtout, la comédienne souhaiterait que ces différentes affaires fassent changer les choses en profondeur : "Il faut que les instituions évoluent. La police et la justice, comme le gouvernement, sont des instances créées et dirigées par des hommes. C’est le pouvoir en place et ce pouvoir n’a aucun intérêt profond à ce que les choses changent. La brigade des mineurs m’a appelée pour témoigner de ce que j’ai vécu avec Benoît Jacquot et avec Jacques Doillon : ce n’est pas normal qu’il faille un scandale médiatique pour être écoutée par la police et par les tribunaux. Quand j’ai eu de graves problèmes avec des hommes, j’ai été en contact avec la police et avec la justice et je ne garde que choc et humiliation de ces expériences."

Isild Le Besco estime également que le monde du cinéma dans son ensemble a sa part de responsabilité : "Le milieu du cinéma s’est comporté exactement comme se comporte une famille quand l’un de ses membres est maltraité : en se taisant. Mas on ne droit pas essayer de réparer une époque révolue, on doit s’attaquer à celle que nous vivons." Alors que sa carrière a été tronquée à cause de ses affaires, Isild Le Besco compte aller de l’avant et ne pas abandonner son combat : "Comme actrice, je n’ai plus fait que des apparitions depuis que je suis devenue maman il y a 14 ans. Depuis aussi que Benoît Jacquot a promis partout que je ne tournerais plus avec quiconque parce que j’avais mis fin à notre lien. Et le système est tel que l’actrice dépend du désir du réalisateur de la filmer et de la faire exister. Dès lors qu’elle ne suscite plus l’intérêt des réalisateurs, elle perd du même coup celui des médias et des spectateurs, donc son métier. Pendant longtemps, on a choisi quelle image on voulait donner de moi. J’ai été mise à nu, à l’image, dès mon plus jeune âge. Maintenant, c’est à moi de choisir, ce que je livre de moi et comment. Même si le cinéma continue de reposer sur le fantasme des hommes…Ce fantasme de messieurs pour de filles frêles et fragiles qu’ils peuvent utiliser à l’envi, des caricatures de femmes. Les professionnels du cinéma ont évidemment un rôle à jouer dans le maintien de l’ordre établi… ou dans sa révolution. Aujourd’hui, il s’agit de choisir son camp."

Par
Benoît Lesueur