Au moins 37 femmes accusent le défunt milliardaire égyptien Mohamed Al-Fayed de viols et d’agressions sexuelles. L’ancien propriétaire des Grands Magasins Harrods et du Ritz Paris et père de l’amant de Lady Diana, aurait sévi pendant des décennies, profitant de sa position de pouvoir pour agresser de jeunes employées.
Un "monstre" démasqué : le système Al-Fayed mis à nu
"C’était un monstre même si nous n’en avions pas conscience à l’époque", témoigne Natacha, l’une des accusatrices de Mohamed Al-Fayed. L’homme d’affaires égyptien, décédé en 2023 à l’âge de 94 ans, est désormais au centre d’un scandale sexuel d’une ampleur inédite. Pas moins de 37 femmes l’accusent de viols et d’agressions sexuelles, certaines n’ayant que 15 ou 16 ans au moment des faits présumés.
Les avocats des plaignantes dressent un portrait glaçant de celui qui fut longtemps considéré comme un self-made-man charismatique. "Al-Fayed était un monstre, un monstre qui a pu agir grâce à un système mis en place et établi par Harrods", affirme Me Dean Armstrong. L’avocat compare l’affaire à celles impliquant Jeffrey Epstein et Harvey Weinstein, évoquant "un système d’approvisionnement en place pour trouver les femmes" qui allaient ensuite être sexuellement agressées.
Les témoignages recueillis font état d’un mode opératoire bien rodé : examens gynécologiques imposés à l’embauche, tests de dépistage du VIH et des IST dont les résultats n’étaient jamais communiqués, attouchements et baisers forcés, jusqu’aux viols pour au moins cinq des plaignantes. "J’étais si jeune, je ne savais pas quoi faire ni comment réagir", confie Natacha, décrivant les mains d’Al-Fayed "sur [son] visage" et "sur [son] corps".
De Harrods au Ritz : l’onde de choc d’un empire
Les accusations ne se limitent pas à Harrods. Plusieurs femmes rapportent des agressions au Ritz à Paris, autre joyau de l’empire Al-Fayed, ainsi que dans sa résidence parisienne, la Villa Windsor. Ce "quart de siècle de violences sexuelles", selon les termes de l’avocate Gloria Allred, aurait également touché le club de football de Fulham FC, propriété d’Al-Fayed de 1997 à 2013.
Gaute Haugenes, ancien responsable de l’équipe féminine de Fulham, révèle : "Nous savions qu’il aimait les jeunes filles blondes. Nous avons donc veillé à ce que ces situations ne se produisent pas. Nous avons protégé les joueuses". Ces déclarations soulèvent la question de la complicité passive de l’entourage d’Al-Fayed.
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La direction actuelle de Harrods, passée sous pavillon qatarien en 2010, a "fermement condamné" le comportement de son ancien propriétaire et présenté ses excuses pour avoir "laissé tomber les employées qui ont été ses victimes". Le grand magasin a mis en place une procédure d’indemnisation, tandis que le Ritz Paris affirme "condamner fermement toute forme de comportement non conforme aux valeurs de l’établissement".
Justice pour les victimes
L’affaire prend une ampleur considérable. Depuis la diffusion du documentaire de la BBC "Al-Fayed : un prédateur chez Harrods", les avocats des plaignantes ont reçu "plus de 150 nouvelles demandes" de renseignements. Une action en justice contre Harrods est en préparation, visant à établir la responsabilité de l’entreprise dans ce que Me Armstrong qualifie de "schéma répétitif" d’agressions.
"L’heure de la justice est arrivée", déclare Gloria Allred, soulignant que sous "le strass et le glamour" du célèbre grand magasin existait "un environnement toxique, dangereux et violent". Les avocats appellent d’autres éventuelles victimes à se manifester, estimant que des femmes "partout dans le monde" pourraient avoir été ciblées par Al-Fayed.
Le père de Dodi, dernier amant de Lady Diana, qui est mort le même jour qu’elle dans le terrible accident du pont de l’Alma, avait été décrit de manière assez complaisante dans la série "The Crown". L’équipe de la série Netflix va-t-elle réagir suite à ce scandale ?