Nagui et Léa Salamé : ce « projet dangereux » auquel ils s’opposent fermement

Publié le 22 mai 2024 à 15:10
Stephane GRANGIER - FTV / Christophe LARTIGE - FTV
Les deux animateurs du service public ont joint leurs forces pour protester contre un projet "flou et précipité" qui concerne directement leur travail.

Rachida Dati a pris la suite du dossier ressorti par Franck Riester, qui avait été enterré par la pandémie : la ministre de la Culture est déterminée à mettre à bien le projet de fusion de l’audiovisuel public. La fusion de France Télévisions, Radio France et l’INA donnera lieu à la création d’un nouveau poste, celui de PDG de ce nouveau groupe. Ce président-directeur général de cette holding sera nommé pour cinq ans par l’Arcom. Sachant que le président est nommé lui-même par le président de la République, ce projet de fusion est énormément contesté par les trois entités concernées, d’autant plus que l’objectif du gouvernement est de mettre en place cette fusion avant le début de la campagne présidentielle de 2027. À noter que l’Assemblée a refusé que le PDG soit nommé par décret du président de la République.

Un "risque démocratique"

Si France Télévisions, Radio France et l’INA sont destinées à devenir trois filiales distinctes de ce groupe unique et à être dirigées par trois directeurs généraux différents, les salariés refusent formellement d’avoir un président commun. Ce mercredi 22 mai 2024, Le Monde a publié une tribune signée par 1100 employés de Radio France qui s’inquiètent du risque de "placer les radios et télévisions publiques en situation de dépendance directe du pouvoir politique". "Nous craignons pour l’indépendance de vos médias de service public lorsque l’on nommera, pour cette superstructure, un ou une PDG unique, aux pleins pouvoirs", ajoutent les salariés, parmi lesquels se trouvent des journalistes et animateurs célèbres comme Léa Salamé, Nagui, Sonia Devillers ou encore Nicolas Demorand qui prennent officiellement position contre ce projet de fusion de l’audiovisuel public.

Un risque économique

Pour sensibiliser à ce "risque avant tout démocratique", la lettre justifie : "Rappelez-vous, la suppression de la redevance a été votée un été, quasi sans débat. Depuis, le financement de l’audiovisuel public n’est plus sanctuarisé, et donc plus garanti". Quant aux arguments de mesure économique qui peinent à convaincre depuis toujours, les salariés rappellent : "La création d’une entreprise unique coûtera très cher (…) La fusion des régions, en 2016, n’a pas fait baisser le budget de ces collectivités, au contraire". Nos confrères du Parisien écrivent d’ailleurs : "le seul alignement des grilles de salaires de Radio France sur celles, mieux pourvues, de France Télévisions, pourrait, par exemple, coûter « entre 30 et 50 millions d’euros par an".

10 syndicats et 5 ex-ministres de la Culture mobilisés

Un autre risque est souligné, celui de "de voir toujours les mêmes visages, d’entendre toujours les mêmes voix vous délivrer les mêmes contenus recyclés indifféremment à la télé, à la radio et sur le Web. Ajoutez à cela la volonté de déplafonner la publicité sur les antennes de Radio France, et nous verrons les revenus publicitaires dicter nos choix de programmes et nos offres de podcasts". Jugé "démagogique, inefficace et dangereux" ou encore "flou et précipité", ce projet est également contesté par cinq anciens et anciennes ministres de la Culture :  Rima Abdul-MalakRoselyne Bachelot, Renaud Donnedieu de Vabres, Fleur Pellerin et Jacques Toubon. Les syndicats de France Radio (CFDT, CGT, FO, SNJ SUD et UNSA) et de France Télévisions (CFDT, CGT, FO, SNJ) ont déposé un préavis de grève pour les 23 et 24 mai 2024.

Par
Hugo Mallais