Karine Silla, ancienne compagne de Gérard Depardieu, sort du silence : « On se permet des choses avec lui… »

Publié le 25 janvier 2024 à 6:07
ABACA
Ancienne compagne de Gérard Depardieu avec qui elle a eu une fille, Roxane en 1992, la comédienne Karine Silla a pris la parole pour s'exprimer sur la polémique autour de l'acteur.

Après avoir hésité, Karine Silla a décidé de sortir du silence. L’ancienne compagne de Gérard Depardieu a choisi Paris Match pour prendre la parole ce jeudi 25 janvier sur la polémique entourant l’acteur de 75 ans : "J’ai longuement réfléchi avant de m’exprimer parce que, comme on sait, il est difficile pour un chirurgien d’opérer son propre enfant ou pour un juge de mener un procès équitable si l’accusé est un membre de sa famille. Gérard Depardieu est un homme que j’aime depuis trente-cinq ans et avant tout le père de ma fille (Roxane, née en 1992, ndlr). Alors est-il possible de séparer l’artiste de son œuvre, l’écrivain de ses sentiments ? Je ne pense pas, mais je vais quand même essayer de rester le plus lucide possible tant les sujets évoqués me tiennent à cœur", prévient en préambule la comédienne.

Karine Silla a d’abord regretté la tournure médiatique prise par les événements : "Le danger d’un sujet brûlant commenté par les médias, c’est que tout le monde y va bon train. Tout le monde parle, signe, crie. Mais qui, parmi ces milliers de gens, le connaît, l’a même juste rencontré ? Pas grave, c’est un homme public, il n’a plus le droit à sa vie privée, tant pis pour ses enfants, ils seront les dommages collatéraux ! Les amalgames sont tels qu’on ne sait plus si on parle de Depardieu, de Weinstein, de Cantat, de Matzneff ou d’un tueur en série. Mais même Guy Georges, le violeur de l’Est parisien, a eu droit à un procès équitable !"

Alors que Gérard Depardieu est notamment mis en examen pour viols à la suite d’une plainte de Charlotte Arnould déposée en 2020, Karine Silla prône le principe de la présomption d’innocence : "C’est à la justice de le décider et, même si certains pensent que la justice n’est pas juste, elle a le mérite de travailler et de connaître ses dossiers. Ce dont je peux témoigner, c’est que toutes les femmes qui ont partagé son intimité amoureuse s’accordent à dire une chose essentielle : Gérard n’est pas un prédateur sexuel. Gérard est un homme délicat dans l’intimité amoureuse avec une femme. L’intimité lui inspire le respect et une certaine timidité, il préfère parler de poésie. Dans ses 200 films, il a tourné de nombreuses scènes d’amour. Les actrices diront qu’il a toujours été respectueux, et ce n’est pas parce qu’elles avaient un statut mais parce qu’il y avait une proximité plus intime entre Gérard et elles. Il n’a pas la volonté ni le fantasme de dominer les femmes, il a eu pour amies des femmes libres, celles qui ne sont pas sous l’emprise d’un homme, d’un patriarcat ou d’un parti politique, qui osent parler et agir à contre-courant : Marguerite Duras, Barbara, Fanny Ardant, mais pas seulement, il défend également la veuve et l’orphelin."

"Son humour grivois et grossier est avancé comme preuve de ses déviancesMais depuis quand les paroles sont-elles synonymes d’actes ?", poursuit Karine Silla au sujet des critiques au sujet du comportement de Gérard Depardieu lors de certains tournages. "Les plaignantes de ses comportements déplacés racontent presque toutes la même chose : ça se passait devant l’équipe et les gens ne disaient rien, à part : ‘C’est Gérard.’ Mais il manque la suite de la phrase : ‘… et c’est eux’, ceux qui l’encourageaient en riant à gorge déployée. Lui faisait du spectacle pour amuser la galerie, tournant sa tête de gauche à droite pour voir si on riait, et les autres riaient et applaudissaient."

Pour Karine Silla, Gérard Depardieu s’est aussi retrouvé au cœur de la polémique notamment pour ce qu’il représente et l’image qu’il renvoie : "On se permet des choses avec lui que l’on ne s’autoriserait pas avec d’autres. On s’en prend à son physique. L’actrice Anouk Grinberg parle d’un air dégoûté de son corps de cachalot, de son ‘gros doigt de pute’. Notre fille, Roxane, adore les mains de son père, qui l’ont toujours protégée. Peut-être qu’une certaine gauche intellectuelle, qui a grandi dans les beaux quartiers, ne supporte pas ce "prolo". Elle veut l’effacer de son champ visuel. Gérard n’est pas un homme qui méprise le peuple, c’est un homme du peuple. Il le revendique haut et fort, il se révolte contre l’idée de la famille qu’il n’a pas eue, d’une certaine bourgeoisie de Châteauroux qui allait à l’église le dimanche et commettait des incestes la semaine. Il a horreur des adultes qui s’en prennent aux enfants."

Le 7 décembre dernier, dans le Complément d’enquête consacré à Gérard Depardieu intitulé La chute de l’ogre, sur France 2, les téléspectateurs ont pu voir des images d’un voyage de l’acteur en Corée du Nord, à l’occasion des 70 ans du pays, en marge du tournage d’un film de Yann Moix. Une séquence a particulièrement suscité la polémique, lorsque Gérard Depardieu observe une séance d’équitation. Ce dernier aperçoit une fillette sur un cheval et déclare : "Si jamais elle galope, elle jouit. C’est bien ma fifille, continue ! Tu vois elle se gratte là." Pour Karine Silla, son ancien compagnon a été victime du montage proposé par le magazine de France Télévisions : "Avec les enfants, il est toujours respectueux, il reste à distance quand il s’adresse à eux pour ne pas les envahir. Jamais, comme cette émission à charge a essayé de le mettre en scène, il ne sexualiserait un enfant. Ils ont gravement insisté sur ce passage, se justifiant à coups d’huissier. Je ne sais pas comment, en 24 heures, un juge peut ordonner la livraison des rushes, qu’ils soient livrés, visionnés et qu’un huissier puisse confirmer que le montage respecte la réalité de la situation. Et il aurait fallu également que le juge ait le temps de convoquer et d’interroger les témoins pour donner foi à cette expertise."

Par
Benoît Lesueur