"Ce discours doit fédérer et susciter un changement", expliquait Judith Godrèche quelques heures après être montée sur la scène des César 2024 pour dénoncer, notamment, le silence qui entoure les nombreux cas d’agressions sexuelles dans le milieu du cinéma – et ailleurs – et pour inciter à la libération de la parole des victimes.
Le message de Judith Godrèche a bien été entendu par Karin Viard. Invitée lundi de La Bande originale, l’émission présentée par Nagui et Leïla Kaddour-Boudadi sur France Inter, la comédienne a révélé avoir elle aussi été victime d’attouchements sur un tournage. Et son agresseur n’est pas un inconnu puisqu’il s’agirait de Gérard Depardieu qui fait déjà l’objet d’une mise en examen pour viols et de plusieurs plaintes pour agressions sexuelles. "Sur Potiche, je me suis fait peloter par Gérard Depardieu. À qui j’ai dit : « Oh, mais ça ne va pas ! » Et qui a arrêté immédiatement. Mais moi dans mon organisation psychique, je n’ai jamais pensé que la société devait me défendre, j’ai toujours pensé que moi, je devais me défendre, a-t-elle ainsi confié.
Ces comportements anormaux qu’acceptait Karin Viard
"Il est nécessaire que la honte change de camp, que les victimes ne se sentent plus honteuses, mais que ça soit l’agresseur, le harceleur, qui se sente victime. C’est très, très important. Dans ce sens, elle a bien fait de parler", a aussi confié Karin Viard en expliquant que pour elle, le "monde du cinéma n’est pas complice de ce silence". Revenant sur ses débuts dans le monde du cinéma, la comédienne a avoué que comme de nombreuses personnes à l’époque, elle a "trouvé normal des comportements" qu’elle trouve "effectivement aujourd’hui parfaitement anormaux".
"Moi, je peux en parler en tant que victime parce que j’ai été victime de comportements totalement abusifs et totalement inappropriés. Mais de la part de ceux qui produisent ses comportements inappropriés, il y avait aussi une forme de normalité. Je ne veux pas les excuser. Il faut quand même poser ce contexte de l’époque qui rend tolérable un nombre de trucs qui ne le sont pas du tout", a-t-elle expliqué en soulignant avoir trouvé normal, à l’époque, que les hommes soient payés plus qu’elle et "qu’on parle des femmes devant elle de manière complètement misogyne". "Qu’on me pelote, qu’on me moleste un peu physiquement (…) au fond je trouvais ça lourd. (…) Des fois, ça allait plus loin et je me suis défendue. C’est ça qui est très ambivalent", a-t-elle affirmé.