“J’aurais affabulé ?” : Maïwenn sort à son tour du silence après son éviction de la présidence du jury du Festival de Deauville

Publié le 2 septembre 2024 à 12:37
Marechal Aurore/ABACA
Après l'éviction du trompettiste Ibrahim Maalouf, c'est celle de Maïwenn qui a fait réagir. La réalisatrice a décidé de prendre la parole afin de "rétablir un peu les faits et que chacun assume ses responsabilités". 

C’est Le Point qui a annoncé la nouvelle de l’éviction de la réalisatrice Maïwenn. Cette dernière avait été sollicitée dès le 5 juin dernier par l’ex-directeur du festival Bruno Barde afin qu’elle soit la présidente du jury. Ce choix aurait été approuvé en interne mais "a finalement été remis en question peu après l’éviction de Bruno Barde et son remplacement par Aude Hesbert", indiquent nos confrères. Pour rappel, Bruno Barde est visé par des accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles de sept collaboratrices, d’après les révélations de Mediapart. Comme pour Ibrahim Maalouf, qui avait été choisi par Bruno Barde, Aude Hesbert, nouvelle directrice du Festival, aurait décidé de revenir sur la décision de son prédécesseur en proposant à la place de la réalisatrice de Jeanne du Barry, l’acteur Benoît Magimel. 

Maïwenn a accepté d’être présidente du jury pour sortir du chagrin

"La réalisatrice avait cependant commencé à composer son jury et contacté l’actrice Anamaria Vartolomei, qui n’y figure finalement pas. Le choix de faire venir Ibrahim Maalouf avait été fait avant la nomination de Maïwenn. La réalisatrice a appris son éviction le 18 juin, par le biais de son agent et quelques jours après la nomination d’Aude Hesbert", a détaillé Le Point. Dans une déclaration officielle de Public Système Cinéma, on a pu lire que "Maïwenn avait été invitée par Bruno Barde, hâtivement, de façon informelle et sans concertation avec les équipes quelques jours avant la publication de l’enquête de Mediapart le concernant""Maïwenn n’a pas été écartée par Aude Hesbert, qui n’avait pas encore été désignée comme directrice générale. Sa nomination a été actée par communiqué de presse le 22 juillet", était précisé dans le communiqué.

Dans une interview accordée au Point, Maïwenn a décidé de sortir du silence pour apporter sa version des faits et demander à ce que chacun assume ses responsabilités. "J’ai été contactée début juin par Bruno Barde, qui m’a proposé la présidence du jury. Cela faisait deux mois que j’avais enterré mon mari, j’étais dans une situation de chagrin terrible, (…) donc j’ai hésité car je me demandais si je parviendrais à être émotionnellement capable de regarder des films, de les défendre, et de porter un jury", a-t-elle commencé par expliquer. Et de préciser : "J’ai accepté au bout de plusieurs jours car je me suis dit qu’il fallait que je me remette dans la vie. (…) C’est la création qui me tient en vie. Les livres et les films. J’ai fini par accepter la proposition de Bruno Barde pour tenter de m’extraire du chagrin".

La réalisatrice traitée comme un Kleenex ?

La réalisatrice a confié qu’elle avait même déjà constitué son jury : "À l’exception d’Ibrahim Maalouf, qui avait déjà été choisi. Je lui ai envoyé ma liste de jury ‘idéal’ : Anamaria Vartolomei, Neige Sinno, Djanis Bouzyani, Ramzy, Jean-Pascal Zadi, Damien Bonnard, Jean-Bernard Marlin, Marjane Satrapi et IAM". Comment a-t-elle appris son éviction ? "J’échangeais de temps en temps avec Bruno Barde pour la composition du jury (…) Puis, un jour, il m’apprend qu’il est viré et que sa remplaçante ne veut pas de moi. Une heure plus tard, mon agent m’appelle et me le confirme car l’attachée de presse venait de lui annoncer ‘officiellement’ qu’Aude Hesbert voulait tout ‘reprendre à zéro’. Cela m’a vexée, évidemment ; ce n’est jamais agréable d’être rejetée. Mais ça ne m’a pas empêchée de dormir non plus. J’ai des soucis et des sujets de réflexion bien plus graves et plus profonds que ça en ce moment", a-t-elle reconnu.

Pourquoi répondre alors aujourd’hui ? Maïwenn a indiqué que c’est la réaction du festival qui l’a amenée à prendre la parole. "À les lire, Ibrahim Maalouf aurait donc été choisi puis évincé, mais moi je n’aurais pas vraiment été validée par ‘l’équipe’. J’aurais donc ‘imaginé’ ma nomination ? J’aurais rêvé tous mes échanges avec la précédente direction ? J’aurais affabulé lorsque j’ai fait contacter l’agent d’Anamaria Vartolomei pour qu’elle rejoigne le jury ?", a-t-elle questionné avec ironie. Puis de conclure : "Je veux donc juste rétablir un peu les faits et que chacun assume ses responsabilités. Je pense avoir le droit de ne pas être traitée comme un Kleenex et de ne pas faire les frais d’histoires auxquelles je suis étrangère".

Par
Kahina Boudjidj